Maroc-Israël : le pari stratégique de Rabat (média iranien)

Pour le Maroc comme pour Israël, cette évolution confirme en tout cas que la relation établie en 2020 ne se limite plus à une simple reprise des contacts diplomatiques. Elle tend désormais vers un partenariat plus large, mêlant diplomatie, économie, technologie, sécurité et coopération régionale.

Le Maroc et Israël ont annoncé leur intention de porter leurs relations diplomatiques au niveau des ambassades. Une évolution qui intervient près de six ans après la reprise de leurs relations dans le cadre des accords d’Abraham et qui pourrait approfondir leur coopération dans plusieurs secteurs.

Les relations entre le Maroc et Israël connaissent une nouvelle évolution. Lors d’une rencontre organisée le 16 septembre à New York entre les ministres des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, et israélien, Gideon Sa’ar, les deux pays ont convenu d’élever leur représentation diplomatique au niveau des ambassades et de procéder à un échange d’ambassadeurs. La réunion s’est tenue en présence de l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz.

Cette décision marque une nouvelle étape depuis la reprise officielle des relations maroco-israéliennes en décembre 2020, dans le cadre des accords d’Abraham soutenus par les États-Unis. Depuis lors, les deux pays ont développé leurs échanges dans plusieurs domaines, notamment le commerce, l’investissement, le tourisme, l’agriculture, l’eau, les technologies et la coopération sécuritaire.

Une relation progressivement renforcée

Les contacts entre le Maroc et Israël ne datent toutefois pas de 2020. Des relations informelles existaient depuis plusieurs décennies et les deux pays avaient établi des liens diplomatiques dans les années 1990, avant leur suspension au début des années 2000.

La reprise de 2020 a permis la réouverture de bureaux de liaison et l’intensification des contacts officiels. La coopération s’est également développée dans les domaines militaire et sécuritaire, ainsi que dans les technologies et l’agriculture.

Le rapprochement a également été facilité par la décision prise en décembre 2020 par l’administration américaine de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. La question du Sahara demeure l’un des principaux enjeux stratégiques de la diplomatie marocaine.

Des accords économiques en préparation

L’élévation des relations diplomatiques devrait s’accompagner d’un approfondissement des liens économiques. Selon les informations rapportées à la suite de la rencontre de New York, Rabat et Tel-Aviv prévoient notamment de finaliser des accords portant sur la protection des investissements et la prévention de la double imposition. Les deux parties souhaitent également développer leurs échanges dans les secteurs du commerce, de la finance, des technologies, du tourisme, de l’eau, de l’agriculture et de l’énergie.

Le développement de liaisons aériennes directes et la préparation de visites de haut niveau figurent également parmi les dossiers associés à cette nouvelle phase des relations bilatérales.

Une dimension sécuritaire et militaire

La coopération maroco-israélienne comporte par ailleurs une importante dimension sécuritaire. Depuis 2020, les deux pays ont renforcé leurs échanges dans les domaines de la défense, de la cybersécurité et des technologies militaires.

Pour Rabat, cette coopération s’inscrit notamment dans une volonté de moderniser ses capacités militaires et technologiques. Elle suscite cependant des interrogations au Maroc et dans la région concernant l’utilisation de technologies de surveillance et les conséquences d’une coopération sécuritaire plus étroite.

Le facteur africain

Le rapprochement possède également une dimension africaine. Le Maroc, qui a réintégré l’Union africaine en 2017, a considérablement renforcé ses relations économiques et diplomatiques avec plusieurs pays du continent.

Israël cherche lui aussi à développer ses relations avec les États africains. Une coopération maroco-israélienne pourrait ainsi ouvrir la voie à des projets associant les deux pays dans des secteurs tels que l’agriculture, la gestion de l’eau, la santé, les investissements et les technologies.

Cette perspective reste toutefois soumise aux réalités politiques du continent. Les positions des États africains divergent notamment sur la question palestinienne et sur le Sahara occidental.

La question palestinienne au cœur des débats

Le renforcement des relations avec Israël intervient alors que la question palestinienne demeure un sujet particulièrement sensible dans l’opinion publique marocaine.

Le Maroc continue officiellement d’affirmer son soutien aux droits des Palestiniens tout en développant ses relations avec Israël. Cette position crée un équilibre diplomatique délicat entre les intérêts stratégiques et économiques du royaume et les positions traditionnellement exprimées sur la question palestinienne.

Le Tehran Times, dans une analyse publiée le 27 septembre, insiste précisément sur cette contradiction et présente le rapprochement sous un angle critique. Le journal iranien estime notamment que l’approfondissement de la coopération sécuritaire et militaire pourrait susciter des inquiétudes au Maroc et dans plusieurs pays de la région. Ces appréciations relèvent de l’analyse éditoriale du média et ne constituent pas, en elles-mêmes, des faits établis.

Des répercussions régionales

L’évolution des relations maroco-israéliennes est également observée par les autres puissances régionales, notamment l’Algérie. Les relations entre Rabat et Alger sont déjà marquées par de fortes tensions politiques et diplomatiques.

L’approfondissement de la coopération militaire entre le Maroc et Israël pourrait donc être interprété à Alger comme un élément supplémentaire dans l’évolution de l’équilibre stratégique au Maghreb. Le Tehran Times va jusqu’à évoquer le risque d’une aggravation de la rivalité maroco-algérienne, mais cette lecture doit être distinguée des faits directement établis concernant l’accord diplomatique.

Une nouvelle étape, mais pas encore un aboutissement

L’annonce de septembre constitue une étape importante, mais elle ne signifie pas nécessairement que l’échange d’ambassadeurs est déjà réalisé. Le Tehran Times souligne lui-même que l’accord politique visant à ouvrir des ambassades doit être distingué de leur mise en place effective.

La prochaine étape consistera donc à transformer l’accord annoncé en structures diplomatiques opérationnelles et à concrétiser les différents accords économiques et sectoriels prévus.

Pour Rabat comme pour Tel-Aviv, cette évolution confirme en tout cas que la relation établie en 2020 ne se limite plus à une simple reprise des contacts diplomatiques. Elle tend désormais vers un partenariat plus large, mêlant diplomatie, économie, technologie, sécurité et coopération régionale.

La question centrale sera désormais de savoir jusqu’où cette relation pourra se développer tout en tenant compte des contraintes de la politique intérieure marocaine, de la question palestinienne et des équilibres géopolitiques du Maghreb et du continent africain.

#média #iranien #Maroc #Israël #ambassades #accords_Abraham #normalisation #relations_bilatérales #MarocIsraël #Maroc_normalisation #Maroc_accords_Abraham #MarocIran

Visited 248 times, 1 visit(s) today

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*