Maroc : Témoignage d’Ali Bouabid sur le défunt journaliste Hamid Barrada

Comme Jeune Afrique était alors le magazine francophone le plus lu, Barrada sut en user pour accéder à toutes les élites politiques du Maroc de l’époque.

Très jeune président de l’UNEM dans les années 1960, il était un proche de Mehdi Benbarka, alors même que son père, Abdelkader Barrada, ancien « chouri », avait été malmené à l’indépendance par l’Istiqlal.

Avant sa condamnation à mort par contumace, il quitta clandestinement le Maroc, déguisé en femme, en compagnie de Moulay Abdeslam Jebli, par la frontière algérienne. C’est alors que, par l’entremise d’Abderrahim Bouabid auprès de Béchir Ben Yahmed, commença sa carrière de journaliste à Jeune Afrique.

Depuis cette date, il se défendra d’être un militant, pour n’aspirer qu’à être un journaliste professionnel en quête de vérité. Nombre de ses anciens camarades ne le lui pardonneront pas. Comme Jeune Afrique était alors le magazine francophone le plus lu, il sut en user pour accéder à toutes les élites politiques du Maroc de l’époque.

Personnage cultivé, toujours alerte, stimulant par ses questionnements permanents, passionné de poésie comme les grands éditorialistes parisiens qu’il fréquentait alors —très curieux et souvent un brin provocateur, il fit les beaux jours de l’aventure de Jeune Afrique par des papiers et des interviews fouillés, qui ne laissaient pas le temps de respirer. Parmi ceux-ci, la célèbre interview que lui accorda Hassan II en 1985, pour l’obtention et la non-censure de laquelle il dut ferrailler avec Basri.

Mais il faut bien dire que si cette interview fait évidemment date dans son parcours, c’est aussi parce qu’elle marque le début de sa réaclimatation au Maroc. Profondément honnête, il perdit cependant, non en acuité mais en liberté, ce qu’il gagna en proximité avec certains milieux. Paix à son âme.

Source : Ali Bouabid

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