Quelques heures après une déclaration d’Emmanuel Macron à l’Assemblée générale de l’ONU affirmant que le Hamas « n’a jamais sévi en Cisjordanie », une source diplomatique française a invoqué un « contresens » lié à une erreur de traduction. Une explication qui laisse toutefois subsister des interrogations, puisque la phrase avait été prononcée en français.
La séquence diplomatique prend des airs de rétropédalage. Au lendemain du discours d’Emmanuel Macron devant l’Assemblée générale des Nations unies à New York, Paris a tenté de préciser les propos du président français concernant le Hamas et la Cisjordanie.
Lors de son intervention du 22 septembre, Emmanuel Macron avait déclaré, en évoquant la situation en Cisjordanie : « Regardez ce qui se passe en Cisjordanie, où chaque jour des violations sont faites, au nom de quoi ? Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. » La déclaration avait immédiatement suscité de vives réactions en Israël.
Paris invoque une « erreur de traduction »
Face à la polémique, une source diplomatique française a expliqué mercredi à i24NEWS et au Jerusalem Post que les propos du président auraient fait l’objet d’une mauvaise interprétation lors de leur traduction. Selon cette version, Emmanuel Macron aurait voulu dire que le Hamas n’a jamais gouverné la Cisjordanie, et non que le mouvement palestinien n’y aurait jamais été actif.
La nuance est importante. Le Hamas contrôle la bande de Gaza depuis 2007, tandis que l’Autorité palestinienne exerce une administration partielle en Cisjordanie. Le mouvement islamiste dispose toutefois depuis longtemps de réseaux et d’une présence dans ce territoire et a été impliqué dans des attaques contre des Israéliens, selon plusieurs sources.
Mais l’explication française soulève elle-même une question évidente : Emmanuel Macron s’exprimait en français devant l’ONU. La phrase litigieuse n’était donc pas, dans sa formulation originale, le résultat d’une traduction de ses propres propos.
Une formulation qui a déjà disparu de la vidéo officielle ?
La controverse est également alimentée par le traitement ultérieur de la séquence vidéo. Selon les éléments rapportés autour de cette polémique, la phrase controversée aurait disparu du montage vidéo du discours diffusé sur le compte X du président français.
Ce point est particulièrement sensible dans la mesure où la formulation prononcée à la tribune de l’ONU est précisément celle qui a déclenché les réactions israéliennes. Le bureau de Benjamin Netanyahu a notamment qualifié la déclaration de Macron d’« absurdité grotesque », en rappelant que le Hamas avait mené des attaques en Cisjordanie.
Une polémique qui dépasse la simple question sémantique
Au-delà du choix du verbe « sévir », la controverse intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu. Dans son discours, Emmanuel Macron a vivement critiqué la situation à Gaza et en Cisjordanie, dénonçant les violences et appelant au respect des droits du peuple palestinien. Il a également réaffirmé son soutien à la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël.
La correction apportée par une source diplomatique française cherche donc à établir que le président ne niait pas la présence ou les activités du Hamas en Cisjordanie, mais faisait référence à son absence de contrôle politique sur ce territoire.
Reste que la formulation originale était sans ambiguïté sur le plan littéral : « Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie ». La tentative de clarification de Paris transforme ainsi une phrase prononcée publiquement en une question d’interprétation, alors même que le discours avait été délivré en français.
La séquence illustre surtout les risques liés à une formulation aussi catégorique sur un dossier israélo-palestinien où chaque mot prononcé par un dirigeant est scruté, contesté et immédiatement exploité sur le terrain diplomatique.
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