Algérie : Amar Belani démonte les « six principes » du MAE marocain Nasser Bourita à l’ONU sur le Sahara Occidental

Dans son analyse, Belani souligne que la résolution 2797 appelle les parties à engager des discussions afin de parvenir à une solution politique finale et mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Il en déduit que la proposition du Maroc peut constituer une base de discussion sans que son contenu ou son issue soient nécessairement acceptés par avance.

L’ancien diplomate algérien Amar Belani livre une sévère réplique au discours prononcé le 22 septembre par le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, devant l’Assemblée générale des Nations unies. Il conteste notamment l’interprétation marocaine de la résolution 2797 et estime que les « six principes » avancés par Rabat reviendraient à fixer à l’avance les contours, les interlocuteurs et l’issue du processus de négociation sur le Sahara occidental.

Dans une publication consacrée au discours de Nasser Bourita devant l’Assemblée générale de l’ONU, l’ancien ambassadeur algérien Amar Belani s’attaque frontalement à ce qu’il considère comme une lecture sélective de l’histoire et du processus diplomatique relatif au Sahara occidental.

Pour Amar Belani, les six principes présentés par le chef de la diplomatie marocaine traduisent une contradiction fondamentale : Rabat réclamerait la reprise des négociations tout en cherchant à déterminer préalablement leur cadre et leur résultat.

L’ancien diplomate algérien concentre notamment sa critique sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Selon lui, le fait que le texte onusien mentionne la proposition marocaine d’autonomie comme base des discussions ne signifie pas que cette proposition soit automatiquement acceptée comme solution définitive.

Une négociation dont le résultat serait fixé à l’avance ?

Le premier principe défendu par Nasser Bourita — selon lequel il n’existerait pas de solution en dehors de l’autonomie sous souveraineté marocaine — est précisément celui que conteste Amar Belani. L’ancien diplomate estime qu’une telle formulation reviendrait à transformer une proposition de négociation en résultat prédéterminé.

Dans son analyse, Belani souligne que la résolution 2797 appelle les parties à engager des discussions afin de parvenir à une solution politique finale et mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Il en déduit que la proposition marocaine peut constituer une base de discussion sans que son contenu ou son issue soient nécessairement acceptés par avance.

Le rôle de l’ONU au cœur de la controverse

Le deuxième principe marocain, qui préconise des négociations sous l’égide exclusive de l’ONU et fondées sur l’initiative d’autonomie, fait également l’objet des critiques de l’ancien ambassadeur. Amar Belani considère qu’une négociation placée sous l’égide des Nations unies mais reposant exclusivement sur la proposition d’une seule partie poserait une difficulté de méthode. Selon lui, le cadre onusien doit précisément permettre aux différentes parties concernées de présenter leurs idées et suggestions afin de rechercher une solution mutuellement acceptable.

Cette lecture constitue toutefois l’analyse de l’ancien diplomate algérien de la portée de la résolution et de ses implications pour le processus politique.

La question de la responsabilité de l’Algérie

Amar Belani rejette également le principe marocain selon lequel il ne devrait y avoir « aucune discussion ni contestation » concernant la responsabilité des différentes parties.Il conteste particulièrement la manière dont Rabat présente le rôle de l’Algérie. Selon l’ancien ambassadeur, Alger participe au processus en tant que pays voisin, et non en qualité de partie au conflit. Il considère donc que la présentation de l’Algérie comme partie au conflit constitue un amalgame diplomatique. Cette question demeure l’un des points de divergence majeurs entre Rabat et Alger dans l’interprétation du processus onusien.

Le cessez-le-feu de 1991 et l’épisode de Guerguerat

Le quatrième et le cinquième principes de Bourita portent notamment sur le rejet du statu quo et sur la crédibilité des acteurs qui violeraient le cessez-le-feu. Sur ce terrain, Amar Belani revient sur la rupture du cessez-le-feu de 1991 en novembre 2020. Il attribue à l’intervention marocaine à Guerguerat le déclenchement de cette nouvelle phase de confrontation armée. L’ancien diplomate affirme que le Secrétaire général de l’ONU avait alors appelé au retour au statu quo ante. Il reproche donc au discours marocain de mettre en avant la nécessité de respecter le cessez-le-feu sans, selon lui, rappeler les circonstances ayant conduit à son effondrement en 2020.

Les camps des réfugiés au centre de la bataille des récits

Le sixième principe présenté par Bourita concerne les populations des camps de Tindouf, que le ministre marocain accuse, selon Belani, d’être maintenues « en otage ». L’ancien ambassadeur algérien rejette cette qualification et replace l’existence des camps dans le contexte historique du conflit du Sahara occidental. Il affirme que les réfugiés sahraouis se sont installés dans la région de Tindouf après avoir fui les combats et l’avancée des forces marocaines au Sahara occidental.

Belani évoque également des récits historiques faisant état de bombardements contre des concentrations de réfugiés à Guelta Zemmour et Oum Dreiga en février 1976, avec l’utilisation alléguée de napalm. Ces affirmations historiques font partie de son argumentaire et sont présentées par lui pour contester la qualification de « prise en otage » appliquée aux populations des camps.

Le Polisario, autre ligne de fracture

La qualification du Front Polisario constitue un autre volet de la réponse d’Amar Belani. L’ancien diplomate accuse Nasser Bourita de chercher, à travers l’emploi de l’expression « milices séparatistes » et son rapprochement avec les organisations terroristes, les réseaux criminels transfrontaliers et les mercenaires, à établir un amalgame entre des catégories juridiquement et politiquement différentes.

Belani affirme que cette présentation s’inscrit dans une campagne visant à délégitimer le Front Polisario.Il relève parallèlement une contradiction qu’il juge majeure : Rabat chercherait à contester la légitimité du mouvement tout en continuant à inscrire le règlement du dossier dans le cadre des négociations onusiennes impliquant les acteurs concernés.

Une confrontation diplomatique qui se poursuit

Au-delà de la polémique entre les deux diplomaties, le texte d’Amar Belani illustre la persistance d’interprétations profondément divergentes du processus de règlement du Sahara occidental. Pour l’ancien ambassadeur algérien, les « six principes » de Nasser Bourita traduisent surtout une volonté marocaine de définir à l’avance les paramètres essentiels du processus : la nature de la solution, la base des négociations, la responsabilité des acteurs, le cessez-le-feu et la question des réfugiés. Son analyse revient ainsi à une interrogation centrale : peut-on parler de négociations sans conditions préalables lorsque l’une des parties considère déjà une option comme l’unique issue possible ? Le débat reste au cœur de la confrontation diplomatique entre Rabat et Alger autour du Sahara occidental, alors que le processus conduit sous l’égide des Nations unies demeure soumis à des interprétations radicalement différentes de la part des protagonistes et de leurs soutiens.

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