Maghreb : la rivalité Maroc-Algérie déborde désormais vers le Sahel et l’Espagne (Le Monde)

Dans son analyse, Le Monde estime ainsi que le Maghreb se retrouve confronté à une combinaison particulièrement préoccupante de rivalités militaires, de compétition d'influence et de contentieux territoriaux entre le Maroc et l'Algérie. La multiplication des fronts — du Sahara occidental au Sahel, jusqu'au détroit de Gibraltar — témoigne d'une recomposition profonde des rapports de force régionaux.

La rivalité entre Rabat et Alger atteint un nouveau niveau de tension, sur fond de réarmement, de recomposition des alliances au Sahel et de crispations entre le Maroc et l’Espagne autour de Ceuta et Melilla. Une triple fracture qui fragilise davantage un Maghreb déjà privé de véritables mécanismes régionaux de régulation.

Le Maghreb traverse une période de fortes tensions géopolitiques. Dans une analyse publiée par Le Monde, le journaliste Frédéric Bobin décrit un environnement régional marqué par trois foyers de crise : l’affrontement croissant entre le Maroc et l’Algérie, la compétition d’influences au Sahel et la détérioration des relations entre Rabat et Madrid autour de Ceuta et Melilla.

Selon Le Monde, ces tensions ne relèvent pas uniquement de crises conjoncturelles. Elles s’inscrivent également dans des contentieux historiques non réglés, des rivalités territoriales, la pression migratoire et la transformation des corridors énergétiques. L’absence d’une véritable structure régionale de dialogue accentue encore les risques. L’Union du Maghreb arabe, créée en 1989, reste en effet largement paralysée.

Maroc-Algérie : une confrontation devenue structurelle

Le principal foyer de tension demeure le face-à-face entre Alger et Rabat. Le conflit autour du Sahara occidental a repris une dimension particulièrement aiguë à partir de 2020, après plusieurs décennies durant lesquelles les relations entre les deux voisins avaient connu des phases d’accalmie.

Le Monde rappelle que cette rivalité plonge ses racines dans la guerre des Sables de 1963 et dans les conséquences du retrait espagnol du Sahara occidental en 1975. L’Algérie a historiquement soutenu le Front Polisario, tandis que le Maroc a consolidé son contrôle sur une grande partie du territoire.

La normalisation des relations entre le Maroc et Israël, intervenue en 2020 dans le cadre des accords d’Abraham, a ensuite profondément modifié les équilibres régionaux. Cette évolution s’est accompagnée d’un renforcement de la coopération sécuritaire et militaire entre Rabat et Tel-Aviv.

Dans son analyse, Le Monde estime que cette évolution a contribué à accélérer la réaction algérienne. Alger a rompu ses relations diplomatiques avec Rabat en août 2021 et augmenté sensiblement ses dépenses militaires. Selon les données citées par le quotidien français, celles-ci auraient doublé entre 2015 et 2025.

Alger élargit son affrontement au Sahel

La crise ne se limite désormais plus à la frontière maroco-algérienne. L’Algérie cherche également à renforcer sa présence stratégique dans son environnement sahélien.

Le 31 août, Alger a ainsi déployé au Niger quatre avions de combat Soukhoï ainsi que deux appareils Iliouchine, au lendemain d’une tentative de mutinerie contre la junte au pouvoir à Niamey. Pour Le Monde, ce déploiement constitue une évolution majeure de la doctrine algérienne, longtemps caractérisée par une réticence à engager directement des forces militaires au-delà des frontières.

Cette présence répond notamment à des intérêts sécuritaires et énergétiques. L’Algérie cherche à préserver son influence au Sahel tout en poursuivant son projet de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Europe. La stabilité du Niger apparaît donc comme un élément important de cette stratégie.

Le rapprochement entre Alger et Niamey intervient parallèlement à une recomposition plus large du Sahel, dans laquelle la Russie occupe une place croissante. Le Mali demeure également un terrain de compétition stratégique, tandis que le Maroc et les Emirats arabes unis disposent de leurs propres réseaux d’influence dans la région.

La rupture avec les Emirats ajoute une nouvelle dimension

Cette recomposition s’est encore compliquée avec la décision de l’Algérie, le 10 septembre, de rompre ses relations diplomatiques avec les Emirats arabes unis.

Selon Le Monde, Alger accuse Abou Dhabi de participer, aux côtés du Maroc et d’Israël, à des initiatives considérées comme hostiles à ses intérêts nationaux. La crise algéro-émiratie ajoute ainsi une nouvelle dimension à une rivalité qui dépasse désormais largement les frontières du Maghreb.

Le Sahel devient dès lors un espace où se croisent plusieurs agendas : sécurité, énergie, influence diplomatique et rivalités entre puissances régionales et internationales.

Ceuta : la crise migratoire ravive les tensions avec Madrid

À cette confrontation s’ajoute le contentieux entre le Maroc et l’Espagne.

La crise migratoire de la fin juillet à Ceuta a constitué un nouvel épisode particulièrement sensible. Près de 70 000 migrants, majoritairement marocains selon Le Monde, ont réussi à pénétrer dans l’enclave espagnole en quelques heures. L’ampleur et la rapidité du phénomène ont alimenté en Espagne des soupçons concernant le rôle éventuel des autorités marocaines.

Madrid a officiellement adopté une attitude prudente. Le gouvernement de Pedro Sánchez a privilégié la retenue, alors que le Parti populaire et Vox ont multiplié les critiques contre Rabat.

La crise a également remis au premier plan la question de Ceuta et Melilla, deux territoires espagnols situés sur la côte nord-africaine et revendiqués par le Maroc. Le Monde souligne que cette revendication a retrouvé une visibilité accrue à la faveur de la crise migratoire de juillet, y compris dans les déclarations de responsables marocains.

Un Maghreb sans mécanisme régional de désescalade

Pour Frédéric Bobin, l’une des principales vulnérabilités de la région réside dans l’absence d’une architecture régionale capable de contenir ces rivalités.

L’Union du Maghreb arabe, créée en 1989, ne joue plus véritablement ce rôle. Les relations entre ses principaux membres sont marquées par des crises diplomatiques, des frontières fermées, des divergences stratégiques et des alliances extérieures concurrentes.

La rivalité entre Rabat et Alger se projette désormais au-delà du Sahara occidental : elle touche le Sahel, les relations avec les Emirats, les partenariats militaires et énergétiques, ainsi que les équilibres en Méditerranée occidentale.

À cela s’ajoutent les tensions migratoires entre le Maroc et l’Espagne et la question persistante de Ceuta et Melilla.

Le résultat est un espace régional où plusieurs crises s’emboîtent sans véritable mécanisme collectif permettant d’en limiter les conséquences.

Dans son analyse, Le Monde estime ainsi que le Maghreb se retrouve confronté à une combinaison particulièrement préoccupante de rivalités militaires, de compétition d’influence et de contentieux territoriaux. La multiplication des fronts — du Sahara occidental au Sahel, jusqu’au détroit de Gibraltar — témoigne d’une recomposition profonde des rapports de force régionaux.

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