Maroc.- OCP dans la tourmente : départs en cascade, coupes massives et bataille pour la succession de Terrab

L'évolution de la gouvernance d'OCP apparaît d'autant plus stratégique que le groupe, détenu à 95 % par l'État marocain, occupe une place centrale dans l'économie du Maroc. Les prochains mois pourraient ainsi permettre de déterminer si les changements actuellement observés relèvent principalement d'une politique de restructuration ou s'inscrivent dans une transformation plus profonde de la direction du groupe.

Le géant marocain des phosphates traverse une période de turbulences marquée par plusieurs départs de cadres dirigeants, des réductions d’effectifs et des interrogations croissantes sur sa gouvernance. Dans une publication datée du 24 septembre 2026, Africa Intelligence évoque également plusieurs scénarios autour de la succession de son PDG, Mostafa Terrab.

Selon Africa Intelligence, plusieurs dirigeants de premier plan ont récemment quitté le Groupe OCP, alors que le groupe poursuit une politique de réduction des coûts dans un contexte économique et industriel plus difficile.

Parmi les départs les plus récents figure celui de Kenza Margaoui, directrice juridique du Groupe OCP depuis 2012. Elle a quitté ses fonctions à la mi-septembre, dans un contexte où le groupe est confronté à plusieurs dossiers juridiques sensibles. Africa Intelligence rappelle notamment que, le 14 septembre, OCP a fait appel devant la justice fédérale américaine dans l’affaire portant sur les droits compensateurs appliqués aux engrais phosphatés marocains importés aux États-Unis.

Plusieurs départs de cadres dirigeants

Le départ de Kenza Margaoui intervient après celui d’Amine Houssaim, ancien directeur général d’InnovX, filiale de Groupe OCP dédiée à l’innovation et créée par l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). D’après Africa Intelligence, l’ingénieur a quitté son poste au début du mois de septembre pour rejoindre la filiale marocaine du groupe français Nexans.

Un autre départ concerne Iliass Elfali, qui occupait depuis seulement cinq mois la fonction de directeur chargé du pilotage de la performance du Groupe OCP. Selon les informations rapportées par Africa Intelligence, des raisons personnelles auraient été évoquées par le média marocain Le Desk, tandis que des sources internes citées par la publication avancent également l’hypothèse d’une surcharge de travail liée aux difficultés que traverse actuellement le groupe.

Ces départs successifs interviennent alors que le Groupe OCP fait face à plusieurs contraintes sur ses approvisionnements et ses marchés.

Un contexte économique plus tendu

Africa Intelligence souligne notamment la forte dépendance du groupe marocain à l’égard des pays du Golfe pour son approvisionnement en soufre, composant essentiel à la fabrication des engrais phosphatés. La perturbation du trafic maritime autour du détroit d’Ormuz constitue, selon la publication, une difficulté supplémentaire pour le groupe.

Sur le plan financier, le chiffre d’affaires d’OCP aurait reculé de 7 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période de 2025, après une progression de 20,6 % enregistrée au premier semestre 2024.

Face à cette évolution, la direction aurait progressivement suspendu ou ralenti certains grands projets industriels. Africa Intelligence cite notamment le mégaprojet de production d’engrais de Mzinda, tout en faisant état d’une importante politique de réduction des effectifs.

La joint-venture Jesa, détenue par OCP et le groupe australien Worley, serait particulièrement touchée. Selon Africa Intelligence, cette société, qui comptait entre 4 000 et 5 000 employés au début de 2026, aurait supprimé plus de 2 000 postes au cours des derniers mois.

Le groupe OCP comptait, pour sa part, plus de 17 000 employés à la fin de 2025, selon les données citées par la publication.

Des critiques croissantes autour de la gouvernance

Au-delà des questions économiques et sociales, Africa Intelligence met en avant une multiplication des critiques concernant la gouvernance du groupe et la manière dont Mostafa Terrab gère la période actuelle.

La publication revient notamment sur le cas de Nadia Fassi Fehri, ancienne dirigeante d’Inwi, qui aurait été réaffectée en mai au pool de conseillers du président. Elle dirigeait depuis 2024 le département Rock Solutions, consacré à la valorisation de la roche phosphatée.

Le même dispositif concerne Youssef el-Bari, ancien responsable de Nutricrops, autre cadre de premier plan du groupe, lui aussi désormais conseiller du chairman.

Pour Africa Intelligence, les tensions auraient également été visibles lors de la réunion du conseil d’administration du 12 mars. Abdellatif Zaghnoun, directeur général de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE) et ancien responsable du pôle mines d’OCP, aurait alors exprimé des réserves concernant certains dysfonctionnements attribués à la gouvernance de Mostafa Terrab.

Zaghnoun et Terrab au cœur des spéculations

La publication spécialisée dans les milieux politiques et économiques africains évoque ainsi une rivalité croissante entre Mostafa Terrab et Abdellatif Zaghnoun.

Africa Intelligence rapporte que cette rivalité alimente des spéculations sur une éventuelle volonté de Zaghnoun de prendre la succession de Terrab. Il s’agit toutefois, précise implicitement le tableau dressé par la publication, d’un scénario encore incertain.

À la tête du Groupe OCP depuis 2006, Mostafa Terrab reste néanmoins l’actuel dirigeant du géant phosphatier. Âgé de près de 71 ans, il aurait parallèlement fait monter en puissance Hicham el-Habti, présenté depuis plusieurs mois comme l’un des principaux noms susceptibles d’incarner l’après-Terrab.

Hicham el-Habti, une figure centrale du scénario de succession

Âgé de 48 ans, diplômé de l’École polytechnique et de l’École nationale des ponts et chaussées, Hicham el-Habti dirige l’UM6P depuis 2020.

Son nom circule depuis plusieurs mois dans différents scénarios concernant l’avenir du Groupe OCP. Africa Intelligence rappelle notamment qu’il a été évoqué comme possible futur chef de cabinet du prince héritier, mais également comme potentiel successeur de Mostafa Terrab à la tête du groupe.

Un élément nouveau est intervenu à la mi-septembre : Hicham el-Habti a été officiellement nommé secrétaire général du Groupe OCP, renforçant ainsi son poids dans l’organisation.

Ilham Kadri, une autre hypothèse

Africa Intelligence cite enfin une autre personnalité dans les scénarios possibles autour de la succession : Ilham Kadri, dirigeante franco-marocaine issue du secteur de la chimie.

Née à Casablanca, l’ancienne dirigeante de Syensqo a rejoint en janvier le conseil d’administration du Groupe OCP en qualité d’administratrice indépendante. Elle avait quitté quelques jours auparavant la direction générale de Syensqo, société issue de la scission de Solvay.

Selon Africa Intelligence, Ilham Kadri n’a, depuis son départ de Syensqo, annoncé aucune nouvelle fonction opérationnelle dans le secteur privé.

Une période charnière pour le géant phosphatier

Le tableau dressé par Africa Intelligence est donc celui d’un Groupe OCP confronté simultanément à une baisse de son activité au premier semestre, à des contraintes d’approvisionnement, à une politique d’austérité et à plusieurs départs de cadres dirigeants.

À ces difficultés s’ajoutent des tensions autour de la gouvernance et des interrogations sur la succession de Mostafa Terrab. Africa Intelligence souligne cependant que plusieurs scénarios circulent actuellement et qu’aucune succession n’est arrêtée à ce stade.

L’évolution de la gouvernance d’OCP apparaît d’autant plus stratégique que le groupe, détenu à 95 % par l’État marocain, occupe une place centrale dans l’économie du royaume. Les prochains mois pourraient ainsi permettre de déterminer si les changements actuellement observés relèvent principalement d’une politique de restructuration ou s’inscrivent dans une transformation plus profonde de la direction du groupe.

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