Sahara occidental : le 31 octobre 2026, un tournant décisif pour l’avenir de la MINURSO (Amar Belani)

Pour Amar Belani, trois éléments paraissent d'emblée déterminants. Primo, quel que soit le scénario retenu par le Conseil de sécurité, « le principe de l'autodétermination du peuple sahraoui demeure incontournable », en vertu du statut du Sahara occidental comme territoire non autonome et de la doctrine onusienne en matière de décolonisation. Secundo, tout accord politique devra être « expressément et librement accepté par le Front Polisario », en sa qualité de représentant légitime du peuple sahraoui. Tertio, la responsabilité du Maroc dans l'enlisement du processus politique « ne peut plus être éludée », Rabat multipliant les conditions préalables pour imposer ses propres paramètres.

Dans une analyse publiée sur les réseaux sociaux, l’ancien diplomate algérien Amar Belani décrypte les enjeux du renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Entre manœuvres diplomatiques, lectures divergentes de la résolution 2797 et scénarios d’avenir, l’échéance du 31 octobre s’annonce comme un moment charnière.

Un contexte politique sous tension

À l’approche de l’échéance du 31 octobre 2026, date à laquelle le Conseil de sécurité devra se prononcer sur le renouvellement — et surtout sur l’avenir — de la MINURSO, les regards se tournent vers New York. Dans une note d’analyse diffusée en ligne, Amar Belani, ancien diplomate algérien, livre son interprétation des dynamiques à l’œuvre.

Trois éléments lui paraissent d’emblée déterminants. Primo, quel que soit le scénario retenu par le Conseil de sécurité, « le principe de l’autodétermination du peuple sahraoui demeure incontournable », en vertu du statut du Sahara occidental comme territoire non autonome et de la doctrine onusienne en matière de décolonisation. Secundo, tout accord politique devra être « expressément et librement accepté par le Front Polisario », en sa qualité de représentant légitime du peuple sahraoui. Tertio, la responsabilité du Maroc dans l’enlisement du processus politique « ne peut plus être éludée », Rabat multipliant les conditions préalables pour imposer ses propres paramètres.

La résolution 2797 et son interprétation contestée

Au cœur des débats figure la résolution 2797, qui a prorogé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 et prévu une revue stratégique de la mission avant cette échéance. Pour Amar Belani, l’interprétation qu’en a donnée le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, devant l’Assemblée générale de l’ONU le 22 septembre est « maximaliste et abusive ». Selon lui, cette résolution « ne consacre en rien la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental » : elle fait de la proposition d’autonomie une base de négociation, tout en maintenant l’objectif d’une solution politique mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination.

« Transformer une base de négociation en solution imposée revient à vider le processus de sa substance. Une résolution peut fixer le cadre d’une négociation mais elle ne peut en prédéterminer l’issue », argumente-t-il.

L’ancien diplomate pointe également une « contradiction flagrante » dans le discours de Bourita : insinuer que le Polisario est une « milice séparatiste » tout en affichant une volonté de négocier avec lui. « On ne peut à la fois désigner un interlocuteur et chercher à le délégitimer. Il s’agit là d’un cas d’école de schizophrénie diplomatique », tacle-t-il.

Un Conseil de sécurité globalement acquis à Rabat

Selon l’analyse d’Amar Belani, le Conseil de sécurité est aujourd’hui « globalement acquis à la position marocaine », avec « entre onze et douze de ses membres » soutenant peu ou prou le plan d’autonomie. La Chine et la Russie restent les principales voix discordantes, rejointes par le Pakistan — qui s’était abstenu lors du vote de la résolution 2797 en octobre 2025, en lien direct avec la question du Cachemire.

Pékin et Moscou restent attachés au cadre onusien et au principe d’un accord entre les parties, mais leur position s’inscrit aussi dans leurs propres agendas de grandes puissances. Ils sont « attentifs au précédent que pourrait créer une évolution du dossier du Sahara occidental imposée en dehors d’un véritable compromis entre les parties ». Moscou critique en outre la méthode de négociation « à la hussarde » des résolutions, estimant que ses positions et amendements ne sont pas suffisamment pris en compte par le « penholder ».

L’approche Trump et la question du maintien de la paix

Cette réflexion doit être replacée dans la nouvelle approche américaine des opérations de maintien de la paix. L’administration Trump réclame des missions aux « mandats clairs », assortis de résultats mesurables, plutôt que des renouvellements indéfinis. Elle estime que les missions doivent rester centrées sur les fonctions de sécurité au service d’un plan politique, et que celles qui ne s’adaptent pas doivent pouvoir prendre fin — comme la FINUL au Liban.

C’est dans ce contexte que se pose la question centrale : que faire de la MINURSO ? Créée en 1991 pour organiser un référendum qui n’a jamais eu lieu, la mission s’est progressivement recentrée sur l’observation militaire, la surveillance des tensions, le déminage et l’accompagnement du processus politique. Son mandat originel ne correspond plus à sa fonction réelle sur le terrain.

Cinq scénarios sur la table

Amar Belani identifie plusieurs scénarios pour l’avenir de la mission :

–Un renouvellement d’un an avec un mandat réduit : la MINURSO serait maintenue dans un format resserré, centré sur la surveillance militaire du cessez-le-feu et délesté de ses fonctions civiles, le volet politique passant davantage sous pilotage américain.

–Une prolongation de six mois : cette fenêtre permettrait à Washington de disposer de quelques mois supplémentaires pour tenter d’arracher un accord politique.

Un renouvellement davantage aligné sur la position marocaine : ce scénario risquerait de provoquer les réactions les plus vives de Moscou et Pékin.

–Une transformation profonde du mandat militaire : la MINURSO évoluerait vers une mission essentiellement sécuritaire.

–La disparition de la mission : ce scénario paraît difficile à envisager à court terme, son retrait créant un vide sécuritaire et privant la région du seul dispositif international présent des deux côtés du mur de sable, alors que les hostilités ont repris depuis 2020.

Un scénario transitoire est également envisageable : la mission accompagnerait les négociations pendant une période définie, avant que son mandat ne soit ajusté, voire supprimé en cas d’accord politique. Sa disparition deviendrait alors la conséquence d’un règlement plutôt qu’une décision prise isolément.

L’enjeu véritable du 31 octobre

« L’enjeu du 31 octobre n’est donc pas tant de savoir si la MINURSO survivra, mais plutôt quelle forme de MINURSO le Conseil souhaite préserver », résume Amar Belani. Le Conseil devra déterminer si la mission reste un instrument essentiellement militaire de stabilisation, ou si elle entre dans une phase transitoire liée à la recherche d’un règlement politique, « négocié de bonne foi, sans conditions préalables et à l’abri de toute logique transactionnelle ».

Alors que Rabat cherche à accélérer le calendrier pour imposer sa propre lecture — notamment en normalisant complètement ses relations avec Israël et en élevant sa représentation au rang d’ambassade à la mi-septembre, un signal adressé à Washington —, l’administration Trump demeure confrontée aux priorités et contraintes de son agenda intérieur. La partie diplomatique est loin d’être jouée.

Article basé sur l’analyse d’Amar Belani, ancien diplomate algérien, publiée en ligne.

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