Après plus de vingt ans consacrés à la mécanique, l’Algérien Yacine Benziada affirme avoir développé un système hydromécanique permettant d’actionner les soupapes d’un moteur à combustion interne sans recourir à un arbre à cames. Un prototype aurait déjà été monté sur un moteur diesel Peugeot Partner. L’inventeur cherche désormais à faire breveter son dispositif et à convaincre les autorités algériennes de l’accompagner.
Et si l’Algérie pouvait un jour fabriquer son propre moteur automobile ? C’est l’ambition affichée par Yacine Benziada, inventeur et mécanicien originaire de Jijel, qui affirme avoir mis au point un dispositif destiné à remplacer l’arbre à cames traditionnel des moteurs à combustion interne.
Âgé de 45 ans, Benziada explique avoir consacré plus de deux décennies à la mécanique et à la recherche. Son invention repose, selon lui, sur un « système hydromécanique pour moteur à combustion interne sans arbre à cames ».
Un premier prototype aurait déjà été installé sur un moteur diesel de Peugeot Partner. D’après l’inventeur, les essais réalisés auraient été concluants et une nouvelle expérimentation devait être effectuée sur un véhicule Mercedes.
Une pompe hydromécanique à la place de l’arbre à cames
Le principe présenté par Yacine Benziada consiste à remplacer le traditionnel système mécanique de commande des soupapes par une pompe hydromécanique conçue par ses soins.
Selon ses explications, cette architecture permettrait de réduire les contraintes exercées sur le vilebrequin et d’améliorer le fonctionnement du moteur. L’inventeur affirme également que son système pourrait réduire la consommation d’huile, le bruit et le nombre de composants nécessaires à la conception du moteur.
Parmi les éléments qui pourraient disparaître figureraient notamment l’arbre à cames, certains accessoires de culbuteurs ainsi que plusieurs composants liés à la distribution, comme la chaîne, le tendeur et les pignons.
Le résultat recherché serait donc un moteur plus simple, plus léger et potentiellement moins coûteux à fabriquer.
Ces avantages restent toutefois à confirmer par des essais indépendants et par une validation industrielle. À ce stade, les performances annoncées relèvent principalement des déclarations de l’inventeur.
Un prototype développé avec ses propres moyens
L’un des aspects les plus remarquables du parcours de Benziada réside dans les moyens utilisés pour mener ses recherches. Il affirme avoir financé lui-même son atelier et acheté progressivement les machines nécessaires à ses travaux, notamment un tour et une fraiseuse.
Installé dans l’est de la banlieue d’Alger, il aurait ainsi développé et fabriqué son système sans disposer d’un important soutien industriel ou institutionnel.
Son entourage estime pourtant que cette invention mérite l’attention des autorités et des industriels algériens.
Un doctorant présenté comme un proche collaborateur de l’inventeur estime ainsi que le projet devrait être étudié sérieusement par les institutions algériennes. Selon lui, l’Algérie dispose déjà d’une partie des infrastructures industrielles susceptibles, à terme, de contribuer à la fabrication de composants automobiles.
Il cite notamment les capacités industrielles historiquement développées autour de la SNVI et des sites de production de véhicules.
Le défi du brevet
Pour Benziada, l’une des principales difficultés demeure aujourd’hui la protection juridique de son invention.
L’inventeur affirme avoir pris contact avec différents chercheurs et organismes spécialisés dans la propriété industrielle afin d’engager les démarches nécessaires au dépôt d’un brevet international. Il évoque notamment le PCT de Genève, ainsi que l’INAPI, l’Institut national algérien de la propriété industrielle.
Il dit également avoir échangé avec des spécialistes au sujet de précédentes tentatives visant à supprimer l’arbre à cames dans les moteurs automobiles.
Benziada affirme avoir étudié plusieurs expériences menées à l’étranger, notamment dans les années 1960 et au cours des décennies suivantes. Des constructeurs comme Citroën, Chrysler ou BMW ont effectivement exploré différentes technologies alternatives de commande des soupapes au cours de l’histoire de l’automobile, mais les solutions développées n’ont pas conduit à une généralisation industrielle du moteur sans arbre à cames mécanique classique.
L’inventeur algérien estime cependant que son approche se distingue par son recours à un système hydromécanique appliqué à un moteur diesel.
L’enjeu : passer de l’invention à l’industrialisation
Le véritable défi commence toutefois après le prototype : démontrer la fiabilité du système, mesurer ses performances, assurer sa durabilité et déterminer son coût de production.
Dans l’industrie automobile, une innovation mécanique doit en effet franchir plusieurs étapes avant une éventuelle commercialisation : propriété intellectuelle, essais indépendants, validation technique, endurance, sécurité, conformité aux normes et capacité à être produite en grande série.
C’est précisément sur ce terrain que Benziada souhaite obtenir l’appui d’industriels et des pouvoirs publics.
L’inventeur estime que l’Algérie ne devrait pas se limiter à assembler des véhicules, mais chercher à développer progressivement une véritable industrie comprenant davantage de composants produits localement.
« Pourquoi pas un moteur made in Algeria ? »
Derrière son projet mécanique, Yacine Benziada porte donc une ambition plus large : démontrer que des compétences algériennes peuvent contribuer au développement d’une industrie automobile nationale.
Il regrette que le pays ait longtemps dépendu des importations automobiles et considère que la conception d’un moteur constitue l’une des étapes les plus complexes vers une véritable autonomie industrielle.
Son message est simple : les compétences existent, mais elles doivent être accompagnées, financées et protégées.
Pour que le rêve d’un moteur « made in Algeria » devienne une réalité industrielle, il faudra toutefois passer du prototype artisanal à une démonstration scientifique et industrielle indépendante. C’est cette étape qui permettra de déterminer si le système imaginé par Yacine Benziada peut réellement constituer une innovation automobile exploitable à grande échelle.
Pour l’heure, son parcours illustre surtout la volonté d’un inventeur algérien de développer, avec des moyens limités, une technologie qu’il espère voir un jour produire en Algérie.
Source : Facebook
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