Sahara occidental : Le face-à-face diplomatique décisif entre le Maroc et l’Algérie au Conseil de Sécurité (Africa Intelligence)

Alger tente de capitaliser sur l'enlisement des négociations et espère un désintérêt progressif du dossier du Sahara Occidental de la part de l'administration américaine. Pour faire contrepoids, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, s'est entretenu à plusieurs reprises avec son homologue pakistanais. L'Algérie mène également une offensive de charme en Afrique centrale et de l'Est : elle promet son aide à la RDC pour le développement de ses secteurs gazier et pétrolier, tout en s'appuyant sur ses relations étroites avec la Somalie. Du côté marocain, la diplomatie s'active pour tenter de mettre fin à la MINURSO sous sa forme actuelle. Rabat aborde cette échéance confortée par plusieurs succès récents, selon Africa Intteligence.

À l’approche de la prochaine réunion du Conseil de sécurité consacrée à la MINURSO, le Maroc et l’Algérie multiplient les démarches diplomatiques auprès des membres de l’ONU. Rabat cherche à consolider le soutien à son plan d’autonomie, tandis qu’Alger mise notamment sur Washington pour éviter que le dossier du Sahara Occidental ne soit davantage priorisé par l’administration américaine.

La bataille diplomatique autour du Sahara Occidental entre dans une nouvelle phase. À quelques semaines du prochain rendez-vous du Conseil de sécurité des Nations unies, Rabat et Alger intensifient leurs démarches auprès des membres de l’organe exécutif de l’ONU, chacun cherchant à peser sur le contenu de la prochaine résolution concernant la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (MINURSO).

Dans une analyse publiée le 21 septembre, Africa Intelligence rapporte que les diplomaties marocaine et algérienne cherchent à rallier les membres du Conseil de sécurité avant le vote. Selon le média spécialisé, Rabat espère obtenir une évolution de la MINURSO dans sa forme actuelle, tandis qu’Alger compte notamment sur Washington pour que le dossier ne devienne pas une priorité de l’administration américaine.

Une bataille auprès des membres non permanents

Outre les cinq membres permanents — États-Unis, Chine, France, Russie et Royaume-Uni — le Conseil de sécurité compte actuellement dix membres non permanents : Bahreïn, Colombie, Danemark, Grèce, Lettonie, Liberia, Pakistan, Panama, République démocratique du Congo et Somalie.

Ces dix États constituent une cible importante pour les deux diplomaties. Africa Intelligence souligne que plusieurs d’entre eux ont déjà exprimé des positions plus ou moins clairement définies sur le conflit.

La Colombie illustre l’évolution récente de certaines positions. Après l’élection d’Abelardo de la Espriella en juin, Bogotá a annoncé, en août, la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental, rompant ainsi avec la décision de son prédécesseur Gustavo Petro de rétablir la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

Le Bahreïn devrait, pour sa part, rester aligné sur la position traditionnellement défendue par plusieurs monarchies du Golfe, favorable aux revendications marocaines. Le Liberia constitue également une cible diplomatique pour Rabat : sa ministre des Affaires étrangères, Sara Beysolow Nyanti, a été invitée à se rendre au Maroc début septembre. Monrovia dispose par ailleurs d’un consulat au Sahara Occidental.

Le Danemark et la Grèce : soutien au plan marocain, mais sans reconnaissance de souveraineté

La position de Copenhague apparaît plus nuancée. Selon Africa Intelligence, le Danemark avait voté en octobre 2025 en faveur de la résolution faisant du plan d’autonomie marocain une base des négociations, tout en précisant que ce vote ne constituait pas une reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le territoire.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, s’est rendu à Copenhague début septembre pour rencontrer son homologue Lars Løkke Rasmussen. Mais la formulation employée par le ministre danois est restée prudente : le plan marocain a été présenté comme une contribution « sérieuse et essentielle » au processus conduit sous l’égide des Nations unies.

À Athènes, le chef de la diplomatie marocaine a également obtenu une position globalement favorable au plan d’autonomie. Le ministre grec des Affaires étrangères, George Gerapetritis, a cependant privilégié le vocabulaire de la résolution de l’ONU de 2025, estimant que le plan marocain « pourrait être la solution la plus viable », sans aller jusqu’à reconnaître la souveraineté du Maroc.

La « diplomatie des phosphates » face à la stratégie énergétique algérienne

L’offensive diplomatique marocaine ne se limite pas aux déclarations politiques. Panama fait notamment partie des pays ciblés par Rabat.

Le pays d’Amérique centrale avait retiré en 2024 sa reconnaissance de la RASD et voté en faveur de la résolution de 2025. Africa Intelligence rapporte que le Maroc aurait activé ce qu’il qualifie de « diplomatie des phosphates », notamment à travers un don d’engrais et la perspective d’un hub régional de distribution qui pourrait être développé par le groupe OCP.

Alger cherche parallèlement à consolider ses propres relais. Islamabad constitue l’un de ses interlocuteurs privilégiés, après son abstention lors du vote de 2025. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, aurait rencontré à plusieurs reprises son homologue pakistanais Ishaq Dar en 2026.

Mais l’Algérie concentre également ses efforts sur la République démocratique du Congo et la Somalie. À Kinshasa, Alger met notamment en avant une coopération potentielle dans les secteurs pétrolier et gazier.

La Somalie, un vote particulièrement observé

La position de Mogadiscio pourrait également retenir l’attention. La Somalie avait voté en faveur de la résolution de 2025, mais ses relations avec Alger ont évolué au cours de l’année.

Africa Intelligence relève notamment la proximité développée entre les présidents Abdelmadjid Tebboune et Hassan Sheikh Mohamud, ainsi que la condamnation par Alger de la reconnaissance d’un Somaliland indépendant par Israël.

Dans le même temps, Rabat affirme soutenir la « position nationale de la République de Somalie ». Le média souligne toutefois que cette déclaration marocaine a été attribuée à une source anonyme au ministère des Affaires étrangères, dans un contexte où le Maroc entretient parallèlement des relations étroites avec Israël.

Washington au centre de la prochaine bataille

Au-delà des dix membres non permanents, l’attention se porte surtout sur Washington. L’administration de Donald Trump examine plusieurs scénarios concernant l’avenir de la MINURSO à l’approche du vote prévu au Conseil de sécurité.

Selon Africa Intelligence, les négociations engagées depuis 2025 restent dans l’impasse. Alger chercherait ainsi à tirer parti de ce blocage en comptant notamment sur une éventuelle volonté de l’administration Trump de réduire la priorité accordée au dossier du Sahara Occidental.

Rabat cherche, de son côté, à maintenir l’implication américaine et à consolider le soutien à sa position au sein des Nations unies. Dans ce contexte, le royaume a décidé, à la mi-septembre, d’élever sa représentation diplomatique en Israël au rang d’ambassade. Cette décision aurait reçu le soutien de l’administration Trump, toujours selon Africa Intelligence.

La prochaine échéance onusienne s’annonce ainsi comme un nouveau test diplomatique pour Rabat et Alger. Au-delà du texte qui sera soumis au vote, l’enjeu porte sur l’orientation future du processus politique, le rôle de la MINURSO et la place accordée aux différentes propositions dans les négociations sur le Sahara Occidental.

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