En septembre 1965, le Sommet de la Ligue arabe à Casablanca devait sceller le front uni des nations arabes — menées notamment par l’Égypte de Nasser et le Roi Hussein de Jordanie — en vue du conflit avec Israël. Pourtant, les coulisses de cet événement ont donné lieu à l’un des épisodes les plus déterminants de l’histoire du renseignement militaire au Moyen-Orient.
L’« Opération Oiseaux » et le rôle du Mossad
Au cœur du dispositif, l’opération désignée sous le nom d’« Opération Oiseaux » a permis aux services de renseignement israéliens (le Mossad et le Shin Bet) de s’installer directement dans l’hôtel accueillant la conférence, avec la bénédiction du pouvoir marocain et du roi Hassan II. Un étage entier a été aménagé en station d’écoute pour enregistrer l’intégralité des délibérations à huis clos.
Ces enregistrements, transmis directement au patron du Mossad de l’époque, Meir Amit, ont révélé en détail : Les profondes divisions politiques et stratégiques entre les dirigeants arabes, notamment entre Nasser et le roi Hussein. L’état réel de préparation des armées arabes et leurs faiblesses structurelles. Meir Amit qualifiera plus tard cet épisode de « l’une des gloires suprêmes du renseignement israélien ».
En contrepartie de cette coopération secrète, le Maroc a bénéficié d’un soutien en matière d’armement et d’assistance stratégique, notamment dans le cadre de l’affaire Mehdi Ben Barka à Paris.
L’impact décisif sur la Guerre des Six Jours (1967)
Les conséquences de cette fuite d’informations se sont fait sentir deux ans plus tard, le 5 juin 1967, lors du déclenchement de la Guerre des Six Jours. Le général Shlomo Gazit, ancien chef du renseignement militaire israélien, confirmera par la suite que les données obtenues à Casablanca avaient donné à l’état-major israélien la certitude de la victoire.
Connaissant l’impréparation de leurs adversaires, les forces israéliennes ont détruit l’aviation égyptienne au sol en quelques heures, menant à la prise du Sinaï, de Gaza, de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du Golan, et causant la perte de près de 20 000 soldats arabes.
D’hier à aujourd’hui : la continuité d’une ligne stratégiqueBien que certains récits ou historiens tentent de nuancer l’implication directe du souverain alaouite, les faits de 1965 restent perçus par de nombreux observateurs comme un moment clé ayant lourdement pesé sur le destin de la région et de la cause palestinienne.
Loin d’être un événement isolé, cet épisode éclaire les développements géopolitiques récents. La normalisation des relations entre le Maroc et Israël en 2020 sous le règne de Mohammed VI, ainsi que la multiplication des accords militaires, de renseignement et de sécurité, s’inscrivent dans la droite lignée des alliances secrètes nouées sous Hassan II, faisant passer au grand jour une relation stratégique initiée dans l’ombre des chambres d’hôtel de 1965.
#normalisation #Israël #Maroc #Accords_dAbraham #Guerre_des_Six_jours #Hassan_II #Maroc_Israël
Soyez le premier à commenter