
« Nous contrôlons bien le travail de nos services de renseignements. Ils nous rendent compte de leurs missions d’une manière régulière et claire. Nous ne permettons aucun écart à ce niveau. Et je peux vous affirmer qu’au moindre écart, nous sévissons. »
Ainsi parle Driss Jettou à l’endroit de la DST et la DGED. Publiquement, le Premier ministre ne pouvait pas dire le contraire. Normal ! Cela fait partie de ses prérogatives.
Mais sur le terrain, les choses se passent autrement. En clair, ni la DST ni la DGEG ne rendent compte au patron de l’exécutif. La confirmation nous vient d’abord de la bouche de Mustapha Ramid. Le député du PJD nous avoue que ni le parlement ni le gouvernement n’ont d’ascendant sur les « boîtes » de renseignements au Maroc.
« Ce n’est pas à cause d’un vide juridique ou de lacunes légales que nous n’avons pas les moyens de demander à ces services de nous rendre compte, mais c’est à défaut d’une véritable volonté politique », explique Ramid.
D’ailleurs, les directeurs de la DST et de la DGED ne se sont jamais déplacés au Parlement pour y exposer des comptes rendus sur les missions qui leur sont assignées. Par exemple, après les attentats tragiques du 16 mai à Casablanca, on pensait que l’ex-patron de la DST, Hamidou Laânigri, allait se présenter devant les élus du peuple pour leur expliquer ce qui s’est véritablement passé. En vain. Il faut dire que les députés eux-mêmes n’ont jamais exigé son compte rendu. Cela dit, si les attributions de la DGED, qui relève du département de la défense, sont fixées par le chef d’état-major général des Forces armées royales (le roi en l’occurence), la DST relève organiquement du ministère de l’Intérieur. D’ailleurs, ce n’est pas par hasard que Driss Basri a toujours supervisé ce département et il a bien exploité de sa position de super ministre de l’Intérieur pendant plus de deux décennies. Ce qui n’est pas aujourd’hui le cas de Mustapha Sahel. Et pour cause, Fouad Ali El Himma a une grande emprise sur la DST. C’est à lui que Ahmed Harrari, ex-coordinateur direct des opérations, rendait exclusivement compte, avant de soumettre à son tour les fameuses fiches de la DST à l’appréciation du chef de l’État. Pour l’anecdote, El Himma n’a jamais mis les pieds au Parlement.
Hammouchi, nouvelle terreur de la DST
Selon une source proche des services, les fameuses opérations de transfert de détenus sont exclusivement menées par la DST. Elles étaient coordonnées, du moins jusqu’à juillet 2003, par un ancien responsable en charge de la coordination des services extérieurs à la DST, aujourd’hui en poste aux renseignements généraux à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et fait partie des rares «intimes» de Hamidou Laânigri. Ce dernier, bien que ce soit lui qui a installé en «co-location» avec les Américains tout le système aujourd’hui encore opérationnel, n’en aurait plus le contrôle. Depuis qu’il a quitté la DST en juillet 2003, Hamidou Laânigri n’a plus aucun droit de regard sur sa cuisine interne, bien que cette direction dépende organiquement de la DGSN.
La Direction générale d’études et de documentation (DGED) dirigée par Mohamed Yassine Mansouri est également mise à l’écart de ce type d’opérations. Fouad Ali El Himma, ministre délégué à l’Intérieur, et Ahmed Harrari, jusqu’au 14 décembre patron de la DST, eux, chapeautaient le tout. Ils supervisaient notamment les différents …débriefings menés par les spécialistes marocains de la contre-subversion, devenus, sur le tas, experts en terrorisme islamiste. Abdellatif Hammouchi, le «terrible» patron de la direction du renseignement et la documentation (DRD), qui vient justement de remplacer Harrari à la tête de la DST, en est le spécialiste maison. Ce quadragénaire, qu’on affuble du qualibet de «salafiste», est capable de réciter par cœur le Coran et tous les hadiths. Du côté américain, la même source proche des services, affirme qu’il s’agirait d’un agent du FBI, d’origine libanaise, qui se déplacerait régulièrement à Rabat pour contrôler chaque «livraison» au royaume. «C’est le FBI qui aurait la charge des transferts des prisonniers aux centres de détention de pays amis comme le Maroc, en coordination avec la CIA, dans le cadre d’une entité des opérations clandestines», affirme cette source. Et d’ajouter : «L’ambassade américaine à Rabat assure le rôle de coordinateur et veille au bon déroulement de ces opérations clandestines interservices des deux pays». ■
Source : Le Journal Hebdomadaire, 17-23 décembre 2005
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