Au Maroc, le positionnement éditorial d’Ahmed Charaï suscite de nouvelles interrogations. Après avoir longtemps associé Aziz Akhannouch et son parti à la modernité et au projet de développement du pays, le patron de presse défend désormais, dans une tribune publiée par Ahdath Info, le Parti authenticité et modernité (PAM) comme incarnation d’un nouveau « projet moderniste et progressiste ».
Le changement de ton est suffisamment marqué pour retenir l’attention. Dans un texte intitulé « Le choix de la modernité », publié par le site marocain Ahdath Info et signé par Ahmed Charaï, le PAM est présenté comme une force politique porteuse d’espoir, de confiance et d’avenir.
Selon Ali Anouzla, cette nouvelle orientation contraste avec la ligne éditoriale que Charaï et son groupe de médias avaient auparavant adoptée à l’égard d’Aziz Akhannouch et de son parti. L’homme d’affaires et chef du gouvernement y était décrit comme une figure de la modernité, susceptible de contribuer à la construction de « l’État social » et à la conduite du développement du pays.
Charaï et son groupe médiatique avaient soutenu et défendu cette vision jusqu’au vendredi 18 septembre 2026. Il présente donc le changement intervenu ensuite comme un véritable basculement politique et éditorial.
Du RNI au PAM, un nouveau récit politique
La tribune consacrée au « choix de la modernité » marque, selon cette lecture, un déplacement du discours vers le Parti authenticité et modernité, formation dirigée par Abdellatif Ouahbi.
Le PAM y apparaît comme le nouveau véhicule d’un « projet moderniste progressiste », capable de restaurer l’espoir et la confiance et d’incarner une nouvelle étape politique. Ahmed Charaï y évoque notamment une phase placée sous le signe d’un dirigeant engagé dans la défense des valeurs de la modernité.
Cette évolution est interprétée de manière très critique par Ali Anouzla, qui accuse Charaï de changer de positionnement en fonction des rapports de force politiques, en utilisant l’image d’une « boussole » qui change de direction.
L’expression employée par Anouzla — « changer le fusil d’épaule » — résume cette accusation de revirement.
Une critique virulente du positionnement médiatique
Le journaliste marocain rappelle également une formule attribuée à Ahmed Charaï : « Nous sommes tous Israéliens », utilisée comme symbole de ses prises de position antérieures sur Israël.
Cette référence est mobilisée par Anouzla pour dresser le portrait d’un éditorialiste dont les positions publiques seraient étroitement liées aux évolutions du contexte politique marocain.
La critique va jusqu’à comparer les soutiens politiques successifs à des « adorateurs du soleil », selon une métaphore particulièrement acerbe : ceux-ci tourneraient leur visage vers celui qui détient momentanément le pouvoir ou l’influence.
Une recomposition des soutiens médiatiques ?
Au-delà du cas individuel d’Ahmed Charaï, cette controverse met en lumière une question plus large : celle du rôle des médias et des éditorialistes dans l’accompagnement des transformations de la scène politique marocaine.
Lorsque le discours médiatique passe d’une formation politique à une autre et que le vocabulaire utilisé pour désigner les acteurs change rapidement, les lecteurs peuvent s’interroger sur les raisons de cette évolution : changement de ligne éditoriale, nouvelle lecture de la conjoncture politique ou repositionnement stratégique.
Dans le cas présent, Anouzla oppose explicitement deux séquences : la période de soutien à Aziz Akhannouch et au Rassemblement national des indépendants (RNI), puis la mise en avant du PAM comme nouveau porteur du discours moderniste.
La publication d’Ahdath Info constitue ainsi le point de départ d’une polémique sur la continuité — ou non — du positionnement éditorial d’Ahmed Charaï.
Une chose est certaine : le vocabulaire a changé. Et ce changement n’est pas passé inaperçu.
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