Dans son rapport annuel adressé à l’Assemblée générale de l’ONU le 31 juillet 2026, le Secrétaire général António Guterres dresse le bilan d’une année marquée par une reprise inédite du dialogue politique direct sur le Sahara occidental. Entre tensions militaires modérées, inquiétudes humanitaires et violations des droits humains, l’Organisation appelle à saisir la trajectoire diplomatique actuelle pour mettre fin à un conflit entré dans sa sixième décennie.
Une avancée diplomatique majeure : trois cycles de pourparlers directs
L’événement marquant de la période couverte par le rapport (1ᵉʳ juillet 2025 – 30 juin 2026) réside dans la relance des négociations directes réunissant le Maroc, le Front POLISARIO, l’Algérie et la Mauritanie, une première depuis près de sept ans.
Sous la houlette de l’Envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura, et coprésidés par les États-Unis (notamment le Représentant permanent Michael Waltz et le Conseiller principal Massad Boulos), trois cycles de pourparlers à haut niveau se sont tenus au début de l’année 2026 :
- Washington (18-19 janvier),
- Madrid (8-9 février),
- Washington (23-24 février).
Conformément à la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité, ces discussions ont porté sur la recherche d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable. Au cours de ces échanges, le Maroc a soumis une version élargie de sa proposition d’autonomie présentée initialement en 2007. De son côté, le Front POLISARIO a fait valoir ses propres propositions, s’appuyant sur son plan transmis à l’ONU le 20 octobre 2025.
Bien que ces pourparlers n’aient pas encore débouché sur un accord définitif, António Guterres s’est dit « encouragé » par ce renouveau diplomatique et l’engagement des États Membres.
Situation sécuritaire : des hostilités contenues mais persistantes
Sur le terrain, la situation demeure caractérisée par des « hostilités de faible intensité ». La majorité des échanges de tirs recensés par la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) s’est concentrée au nord du territoire, près de Mahbas, provoquant peu de dégâts.
Néanmoins, plusieurs incidents majeurs ont ravivé les tensions :
- 5 mai 2026 : Des tirs d’artillerie touchant une zone urbaine à Smara ont blessé une civile et causé des dégâts matériels. Le POLISARIO a revendiqué ses actions au titre de sa « légitime défense ».
- Frappes de drones à l’est du mur de sable : Bien qu’en diminution globale, des frappes attribuées à l’Armée royale marocaine ont été documentées, notamment dans la région de Mijek. Le 7 juin 2026, l’une d’elles aurait coûté la vie à trois militaires du Front POLISARIO, dont un commandant.
Sur le plan opérationnel, la MINURSO a vu ses contraintes logistiques s’alléger à l’est du mur de sable, même si ses déplacements par voie terrestre restent assujettis à des autorisations provisoires du Front POLISARIO. Entre juillet 2025 et juin 2026, la Mission a procédé à la neutralisation de 141 engins explosifs et au nettoyage de plus de 1,65 million de mètres carrés de terrain.
Maintien du statut de la MINURSO
Faisant suite aux exigences du Conseil de sécurité, un examen stratégique du futur mandat de la MINURSO a été mené au printemps 2026 par le Directeur de la Division des politiques et de la médiation du Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix.
Dans son évaluation transmise en avril 2026, l’ONU a préconisé le maintien de la structure actuelle de la Mission. L’ONU estime en effet que toute modification prématurée de son mandat risquerait de fragiliser le processus de négociation politique en cours. Pour rappel, le mandat de la MINURSO court actuellement jusqu’au 31 octobre 2026.
Urgence humanitaire et inquiétudes sur les droits humains
Le rapport jette une lumière crue sur les fragilités socio-économiques et sécuritaires qui pèsent sur les populations sahraouies :
- Aide humanitaire en péril : Le plan d’intervention 2026-2027 pour les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf requiert 179 millions de dollars. Or, au 30 juin 2026, seuls 15 % des fonds nécessaires (17 millions de dollars) avaient été récoltés, mettant directement en danger les services essentiels.
- Accès verrouillé pour le HCDH : Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme n’a pas été autorisé à se rendre dans le territoire depuis 2015. L’ONU déplore un rétrécissement de l’espace civique, des entraves aux libertés d’expression et de réunion, ainsi que le refoulement régulier d’observateurs internationaux et de journalistes.
- Cas de Gdeim Izik : La situation des détention des prisonniers sahraouis condamnés après les événements de Gdeim Izik reste vivement préoccupante. Le 20 mai 2026, le Comité contre la torture des Nations Unies a conclu, à propos de quatre détenus, à l’existence de schémas d’arrestations arbitraires, d’isolement, d’actes de torture et d’aveux extorqués sous la contrainte.
L’appel d’António Guterres
En conclusion de son rapport, le Secrétaire général presse l’ensemble des parties de cesser les hostilités et de maintenir un dialogue constructif. « Je trouve encourageant que les parties aient repris des échanges directs pour la première fois depuis près de sept ans », souligne-t-il, appelant à saisir cette fenêtre d’opportunité pour parvenir enfin à une solution politique garantissant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental.
Source : ONU
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