Avant d’exhiber ses palaces, sa puissance financière et ses compagnies aériennes de classe mondiale, Abou Dhabi a dû apprendre à maîtriser sa ressource principale : le pétrole. Un apprentissage dans lequel les cadres et techniciens algériens ont joué un rôle de premier plan, comme le rappelle un dossier récent publié par Algerissima.
Selon le média, la présence des experts algériens au sein de l’Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC) au début des années 1970 et 1980 a été décisive pour permettre à la petite fédération du Golfe de bâtir son propre appareil énergétique national.
L’inquiétude des diplomates britanniques
L’influence algérienne dans le Golfe à cette époque n’était pas neutre, au point de susciter l’attention des grandes chancelleries occidentales. Algerissima s’appuie sur des archives diplomatiques britanniques pour souligner le poids de « l’équipe algérienne » emmenée par Mahmoud Hamra Krouha, directeur général d’ADNOC pendant plus d’une décennie (jusqu’en 1987).
En 1983, l’ambassade britannique suivait de très près ce groupe, s’inquiétant notamment du risque de voir des entreprises françaises avantagées au détriment des intérêts britanniques lors de l’attribution de marchés pétroliers. Les diplomates de Londres avaient même consacré un dossier spécifique intitulé « Algerians in Abu Dhabi National Oil Company ».
Du transfert de savoir-faire au fossé géopolitique
Un demi-siècle plus tard, le contraste entre le compagnonnage technique des débuts et les tensions actuelles est saisissant. Algerissima s’interroge sur les raisons qui ont mené une relation fondée sur le transfert d’expérience à une telle détérioration, citant plusieurs points de rupture majeurs :
- Les accords d’Abraham (2020) : La normalisation des relations diplomatiques entre les Émirats arabes unis et Israël, suivie du développement de partenariats économiques, sécuritaires et de défense.
- Les divergences régionales : L’influence exercée par la fédération émiratie dans plusieurs zones de conflit sur le continent africain, en contradiction directe avec la ligne diplomatique d’Alger.
Face à ce grand écart stratégique, la publication conclut sur une note d’amertume quant aux rapports de force contemporains. Rappelant qu’« on peut oublier un service rendu » et qu’« entre États, aucune reconnaissance n’est éternelle », Algerissima estime toutefois que la dette historique du Golfe envers l’expertise algérienne reste inestimable, qualifiant la posture actuelle d’Abou Dhabi d’« ingratitude inversement proportionnelle à sa taille ».
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