Pedro Sánchez déroule le tapis rouge au Maroc au sein de l’Internationale socialiste

Artículo14 présente cette controverse comme le reflet d’un débat plus large sur l’évolution de l’Internationale socialiste depuis l’arrivée de Pedro Sánchez à sa présidence : d’un côté, la volonté affichée par Madrid de consolider son partenariat stratégique avec le Maroc ; de l’autre, le maintien de la question du Sahara occidental au sein de certaines composantes de la gauche internationale.

La présidence de Pedro Sánchez à l’Internationale socialiste s’accompagne, selon Artículo14, d’une évolution de la représentation des forces marocaines et leurs soutiens sahraouis au sein de l’organisation. Le média espagnol relève notamment la montée en responsabilité de responsables de l’USFP marocain et le recul de la présence institutionnelle du Front Polisario.

Depuis que Pedro Sánchez a pris la présidence de l’Internationale socialiste (IS) en novembre 2022, l’organisation aurait progressivement modifié sa manière d’aborder le dossier du Sahara occidental. C’est en tout cas la thèse développée par Artículo14 dans une enquête publiée le 16 septembre, qui décrit un déplacement progressif des équilibres internes au profit des formations proches de Rabat.

Selon le média espagnol, ce changement intervient dans le prolongement du virage diplomatique opéré par le gouvernement Sánchez en mars 2022 sur le Sahara occidental. Madrid avait alors apporté son soutien au plan marocain d’autonomie, rompant avec la position traditionnellement défendue par une partie de la gauche espagnole sur le conflit.

Le Maroc renforce sa présence au sein de l’Internationale socialiste

Artículo14 souligne en premier lieu l’augmentation de la représentation de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), principale formation socialiste marocaine.

D’après le média, après l’arrivée de Khaoula Lachguar au Presidium en 2024, deux autres responsables de l’USFP ont obtenu des fonctions au sein de l’Internationale socialiste : Machij el Karkri au Comité d’éthique et Aicha El Gorgi au Comité pour l’égalité.

Le cas d’Aicha El Gorgi est particulièrement mis en avant par Artículo14. Le média rappelle qu’elle est secrétaire générale des socialistes marocains en Espagne et qu’elle a également été liée au PSC en Catalogne. Elle est surtout connue pour avoir défendu publiquement des revendications marocaines concernant Ceuta, Melilla et les îles Canaries.

Cette présence accrue des responsables marocains intervient alors que la question de Ceuta et Melilla est devenue particulièrement sensible dans les relations entre Madrid et Rabat, notamment après les événements migratoires de juillet dernier.

Le Front Polisario perd son rôle traditionnel

Parallèlement à cette progression des représentants marocains, Artículo14 affirme que la présence du Front Polisario au sein de l’Internationale socialiste s’est réduite.

Le mouvement sahraoui disposait jusqu’alors d’un statut consultatif auprès de l’organisation. Mais, selon le média espagnol, il n’aurait pas été invité à la réunion de février 2024, contrairement à la pratique antérieure.

Le recul de cette représentation est présenté par Artículo14 comme l’un des signes les plus visibles de la nouvelle orientation de l’Internationale socialiste depuis l’arrivée de Sánchez à sa présidence.

Le média rappelle également que le congrès ayant porté Pedro Sánchez à la tête de l’IS, en novembre 2022, s’était distingué par l’absence de référence au Sahara occidental, alors que les précédentes réunions de l’organisation donnaient régulièrement lieu à des déclarations sur ce dossier.

Le Mouvement Sahraouis pour la paix au centre des controverses

Autre évolution relevée par Artículo14 : l’arrivée dans les structures de l’Internationale socialiste du Mouvement Sahraouis pour la paix (MSP), créé en 2020 et dirigé par Hach Ahmed Bericalla.

Le média espagnol présente le MSP comme une organisation favorable aux thèses marocaines sur le Sahara occidental. Artículo14 affirme également, en se référant à un rapport précédemment révélé par El País, que le CNI espagnol aurait établi des liens entre Bericalla et les services de renseignement marocains. Cette affirmation relève d’informations attribuées à des sources et n’est pas présentée ici comme un fait judiciairement établi.

Le MSP et le Front Polisario figurent désormais tous deux comme observateurs sur la cartographie des membres de l’Internationale socialiste, selon Artículo14. Le média affirme toutefois que Bericalla mène parallèlement une activité internationale destinée à défendre auprès de l’ONU les positions favorables au Maroc.

Le précédent de Benedicta Lasi

L’enquête revient également sur la crise interne qui a secoué l’Internationale socialiste en 2024.

Benedicta Lasi, ancienne secrétaire générale de l’organisation, avait été écartée de ses fonctions environ quinze mois après son entrée en fonction. Artículo14 rapporte que son départ a été décidé lors d’une réunion à Madrid en février 2024, quelques jours après un déplacement de Pedro Sánchez au Maroc.

Le média espagnol affirme que Lasi aurait ensuite manifesté davantage de proximité avec les positions algériennes et sahraouies. Il cite notamment sa participation, en septembre 2025, à des activités économiques en Algérie.

Selon Artículo14, la même réunion de février 2024 aurait constitué une étape importante dans l’intégration du MSP dans l’environnement de l’Internationale socialiste.

Zapatero et Bono cités dans le nouvel environnement pro-marocain

L’article d’Artículo14 évoque également le rôle d’anciens responsables socialistes espagnols dans ce nouvel environnement.

José Luis Rodríguez Zapatero et José Bono auraient participé à des rencontres organisées par Bericalla. Le média rappelle notamment que l’ancien chef du gouvernement espagnol a préfacé un ouvrage consacré à la position marocaine sur le Sahara occidental.

Concernant José Bono, Artículo14 renvoie à une information publiée par Vozpópuli au sujet de ses activités immobilières au Maroc et de l’évolution de ses revenus en 2022. Ces éléments sont rapportés par les médias cités et ne constituent pas, en eux-mêmes, une preuve d’un lien entre activités économiques et position politique.

Du « cas Gali » au rapprochement avec Rabat

Pour Artículo14, le changement de politique espagnole à l’égard du Sahara doit également être replacé dans la crise diplomatique entre Madrid et Rabat.

Le média rappelle l’affaire Brahim Ghali en 2021, lorsque le secrétaire général du Front Polisario avait été accueilli en Espagne pour y recevoir des soins médicaux. La révélation de sa présence avait provoqué une grave crise avec le Maroc.

Arancha González Laya, alors ministre des Affaires étrangères, quitta son poste quelques mois plus tard. José Manuel Albares lui succéda et devint l’un des principaux artisans du rapprochement entre Madrid et Rabat.

En mars 2022, Pedro Sánchez adressa au roi Mohammed VI une lettre dans laquelle il considérait la proposition marocaine d’autonomie comme « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le conflit du Sahara occidental.

La question sahraouie continue néanmoins de produire des tensions en Espagne

L’évolution de la ligne gouvernementale espagnole ne signifie pas pour autant que la question sahraouie ait disparu du débat politique.

Artículo14 rappelle ainsi que la réforme espagnole sur la nationalité des Sahraouis, adoptée le 10 septembre avec le soutien du PSOE, constitue un autre élément du dossier. Le média souligne également les controverses autour de l’exclusion des apatrides d’une précédente procédure de régularisation, une mesure qui a particulièrement affecté les Sahraouis.

Ces développements montrent que, parallèlement au rapprochement diplomatique avec Rabat, la question des droits des Sahraouis demeure présente dans le débat politique espagnol.

Le PRI mexicain critique la direction de l’Internationale socialiste

La critique la plus directe rapportée par Artículo14 provient du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) mexicain.

Dans une lettre adressée à Paulina Lampsa, présidente du Comité d’éthique de l’Internationale socialiste, avec copie à Pedro Sánchez et aux instances de l’organisation, le PRI accuse la direction de l’IS d’être trop influencée par les intérêts géopolitiques du gouvernement espagnol.

Le parti mexicain estime notamment que l’organisation devrait pouvoir prendre ses positions indépendamment des calculs diplomatiques de Madrid.

Artículo14 présente cette controverse comme le reflet d’un débat plus large sur l’évolution de l’Internationale socialiste depuis l’arrivée de Pedro Sánchez à sa présidence : d’un côté, la volonté affichée par Madrid de consolider son partenariat stratégique avec Rabat ; de l’autre, le maintien de la question du Sahara occidental au sein de certaines composantes de la gauche internationale.

L’enjeu dépasse désormais la seule relation bilatérale entre l’Espagne et le Maroc. Il touche également les équilibres politiques au sein de l’Internationale socialiste, où la représentation des forces marocaines et sahraouies devient un indicateur supplémentaire de l’évolution du dossier du Sahara occidental.

Source : Artículo14, Mercedes Serraller, 16 septembre 2026.

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