« En ce jour marquant le cinquième anniversaire du décès du président Abdelaziz Bouteflika, que Dieu lui accorde Sa miséricorde et Son pardon, rappelons que le jugement sur son œuvre appartient à l’Histoire, non à ceux qui en ignorent le sens. » Cinq années se sont écoulées depuis la disparition, le 17 septembre 2021, de l’ancien président de la République Abdelaziz Bouteflika. Homme d’État, diplomate et acteur majeur de la vie politique nationale, il demeure une figure incontournable de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Son parcours, commencé durant la guerre de Libération nationale, s’est confondu pendant plusieurs décennies avec celui d’un pays en quête de souveraineté, de stabilité et de développement.
Né le 2 mars 1937, Abdelaziz Bouteflika rejoint très jeune les rangs de la Révolution algérienne. Après l’indépendance, il devient ministre de la Jeunesse, des Sports et du Tourisme, avant d’être nommé, en 1963, ministre des Affaires étrangères. Il n’a alors que 26 ans.
À la tête de la diplomatie algérienne pendant plus d’une décennie, il participe activement à l’affirmation de l’Algérie sur la scène internationale. Sous son impulsion, la diplomatie nationale soutient les mouvements de libération, défend le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et contribue à faire d’Alger l’une des capitales du tiers-monde et du non-alignement. Son passage à la présidence de l’Assemblée générale des Nations unies, en 1974, symbolise cette période de rayonnement diplomatique.
Élu président de la République en avril 1999, Abdelaziz Bouteflika prend les rênes du pays au sortir d’une décennie profondément meurtrière. Sa priorité est alors le rétablissement de la paix civile. La loi sur la concorde civile, puis la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, approuvée par référendum en 2005, participent au retour progressif de la sécurité et à la reconstruction du lien national.
Cette politique ne fit pas disparaître toutes les blessures, mais elle permit à l’Algérie de sortir d’une période de violence qui avait endeuillé des milliers de familles. Aux yeux de nombreux Algériens, la paix retrouvée demeure l’un des principaux acquis associés à ses années de pouvoir. Les politiques de concorde civile et de réconciliation nationale ont, en effet, profondément marqué ses mandats successifs.
Le temps des grands chantiers
Les années Bouteflika furent également marquées par le lancement de vastes programmes publics destinés à moderniser le pays. L’autoroute Est-Ouest, longue d’environ 1 200 kilomètres, reste l’ouvrage le plus emblématique de cette période. En reliant les principales régions du nord du pays, elle a profondément modifié les déplacements, les échanges économiques et l’aménagement du territoire.
D’importants investissements furent également engagés dans les routes, les barrages, les transferts hydrauliques, les chemins de fer, les tramways, le métro d’Alger, les universités, les hôpitaux, les logements et les équipements publics. Ces programmes ont contribué à transformer le visage de nombreuses villes algériennes, même si leur gestion, leurs coûts et certaines affaires qui les ont accompagnés ont suscité des controverses.
Le secteur culturel bénéficia lui aussi de réalisations majeures. Des théâtres furent construits, restaurés ou modernisés, tandis que plusieurs manifestations artistiques et patrimoniales furent soutenues. L’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh, inauguré en 2016, demeure l’un des symboles de cette volonté de doter l’Algérie d’infrastructures culturelles à la hauteur de son histoire.
Durant cette période, l’État lança également de vastes programmes de logements, notamment sociaux, ruraux et de type location-vente. Pour des millions de citoyens, ces réalisations constituent encore aujourd’hui une partie concrète de l’héritage matériel de ses mandats. Les bilans officiels de l’époque font état de milliers de projets engagés dans les infrastructures routières et les équipements collectifs.
Une présidence longue, entre réalisations et épreuves
Président de 1999 à 2019, Abdelaziz Bouteflika a exercé le plus long mandat présidentiel de l’histoire de l’Algérie indépendante. Son état de santé, fortement dégradé à partir de 2013, limita progressivement ses apparitions et son activité publiques.
En 2019, l’annonce de sa candidature à un cinquième mandat provoqua un vaste mouvement populaire. Face aux manifestations pacifiques du Hirak et à la crise politique, il démissionna le 2 avril 2019. Cette fin de règne constitue elle aussi une page de l’histoire nationale. Elle doit être évoquée sans effacer les réalisations antérieures, de même que l’hommage à un ancien chef d’État ne saurait interdire l’examen critique de son bilan.
Abdelaziz Bouteflika s’est éteint le 17 septembre 2021, à l’âge de 84 ans. Deux jours plus tard, il a été inhumé au carré des martyrs du cimetière d’El Alia, à Alger, aux côtés de grandes figures de la Révolution et de l’État algérien. Sa dépouille, recouverte de l’emblème national, a reçu les honneurs officiels en présence de hauts responsables de l’État.
Le jugement appartient à l’Histoire
Cinq ans après sa disparition, Abdelaziz Bouteflika demeure une personnalité autour de laquelle s’expriment des appréciations différentes. Son nom reste associé à la diplomatie révolutionnaire, au retour de la paix civile, à la réconciliation nationale et aux grands chantiers de modernisation. Il reste également lié aux contradictions et aux limites d’une longue période de pouvoir.
L’Histoire ne s’écrit toutefois ni dans l’oubli ni dans la passion immédiate. Elle exige du recul, de la mémoire et de la justice. Elle doit reconnaître les réussites, examiner les erreurs et replacer chaque décision dans son époque.
En ce cinquième anniversaire de sa disparition, l’hommage rendu à Abdelaziz Bouteflika est aussi un hommage à une génération qui a consacré sa jeunesse à la libération de l’Algérie, puis sa vie à l’édification de l’État national.
Quelles que soient les opinions portées sur ses années de présidence, nul ne peut retrancher Abdelaziz Bouteflika de l’histoire de l’Algérie. Il appartient désormais à la mémoire nationale. Son œuvre sera jugée avec le temps, par les faits, les archives et les générations futures.
Que Dieu lui accorde Sa vaste miséricorde, lui pardonne et l’accueille en Son Paradis.
Par Mohamed Tahar Aissani, à l’occasion du cinquième anniversaire de la disparition du Président Abdelaziz Bouteflika
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