La venue du président algérien à Madrid, prévue fin octobre, devait symboliser le réchauffement des relations entre l’Espagne et l’Algérie. Mais selon une opinion publiée par ABC, la question du Sahara occidental pourrait transformer cette séquence diplomatique en nouveau casse-tête pour le gouvernement de Pedro Sánchez.
Seize ans après la dernière visite d’un président algérien à Madrid, Abdelmadjid Tebboune doit se rendre en Espagne à la fin du mois d’octobre, à l’invitation du roi Felipe VI et du président du gouvernement Pedro Sánchez. Présentée en juillet comme l’aboutissement du rapprochement entre les deux pays, cette visite pourrait toutefois, selon une tribune publiée par ABC le 15 septembre 2026, placer le gouvernement espagnol face à une délicate équation diplomatique.
Dans son analyse publiée par le quotidien espagnol, Taleb Alisalem estime que Madrid pourrait s’être elle-même enfermée dans un « piège » en cherchant simultanément à rétablir ses relations avec Alger et à préserver le virage diplomatique opéré en faveur de Rabat sur le dossier du Sahara occidental.
Une réconciliation engagée après la crise de 2022
La visite de Tebboune intervient dans le prolongement du déplacement de Pedro Sánchez à Alger le 20 juillet. Il s’agissait alors, rappelle ABC, de la première visite d’un chef du gouvernement espagnol en Algérie depuis la rupture provoquée par la décision de Sánchez, en mars 2022, de soutenir le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.
Selon l’article d’opinion, cette décision avait profondément détérioré les relations avec Alger, alors même que l’Algérie constituait un fournisseur majeur de gaz pour l’Espagne.
Le déplacement de Sánchez à Alger avait néanmoins permis de relancer plusieurs dossiers : coopération énergétique, migration, lutte antiterroriste et dialogue institutionnel. Mais un sujet essentiel était resté absent des échanges publics : le Sahara occidental.
Pour Taleb Alisalem, cité par ABC, ce silence constituait précisément la condition permettant aux deux parties d’afficher le rapprochement sans devoir régler le désaccord fondamental qui avait provoqué la crise.
Une déclaration commune qui change la donne
La visite de Tebboune à Madrid devrait cependant revêtir une dimension différente.
D’après ABC, il ne s’agira pas simplement d’une rencontre politique informelle. Le déplacement doit prendre la forme d’un véritable sommet bilatéral, comprenant notamment une audience avec le roi Felipe VI, des apparitions publiques, des accords sectoriels et surtout une déclaration conjointe négociée entre les deux délégations.
C’est précisément cette déclaration qui, selon l’analyse publiée par le journal espagnol, pourrait devenir le principal point de tension.
Une conversation diplomatique confidentielle permet de laisser certains sujets de côté. Un texte signé publiquement par les dirigeants des deux pays impose en revanche de déterminer précisément ce qui sera mentionné — et ce qui ne le sera pas.
Pour l’auteur de l’opinion, cette différence est fondamentale : le gouvernement espagnol pourrait difficilement parvenir à éviter indéfiniment la question du Sahara occidental dans un document destiné à officialiser le rapprochement avec Alger.
Le Sahara occidental au cœur de l’équation
Selon Taleb Alisalem, la position algérienne demeure étroitement liée au cadre du droit international et au principe d’autodétermination concernant le Sahara occidental.
L’auteur estime ainsi qu’Alger cherchera à obtenir, dans la déclaration finale, une référence au cadre juridique international et aux résolutions des Nations unies relatives au territoire.
C’est là que surgirait, selon ABC, le dilemme pour Madrid.
Si la déclaration commune ne contient aucune référence aux résolutions de l’ONU, elle risquerait de ne pas répondre aux attentes algériennes et de réduire la portée politique du déplacement de Tebboune. À l’inverse, si ces références apparaissent dans le texte final, Rabat pourrait considérer cette formulation comme une remise en cause du soutien accordé par Pedro Sánchez au plan marocain d’autonomie en 2022.
L’opinion publiée par ABC présente donc la future déclaration comme une équation particulièrement sensible : un mot ou une formulation sur le Sahara occidental pourrait avoir des conséquences diplomatiques importantes pour Madrid.
Entre Alger et Rabat, Madrid sous pression
Dans son analyse, Taleb Alisalem considère que le gouvernement espagnol se retrouve ainsi entre deux relations stratégiques qu’il souhaite préserver simultanément : celle avec l’Algérie et celle avec le Maroc.
L’auteur soutient que la difficulté actuelle découle directement du choix effectué par Sánchez en 2022. Selon lui, Madrid aurait alors sous-estimé le coût diplomatique du changement de position espagnole sur le Sahara occidental.
L’opinion rappelle également qu’avant même cette réorientation, certaines voix avaient averti des conséquences potentielles de la décision espagnole. Taleb Alisalem cite notamment l’ancien président du gouvernement espagnol José María Aznar, présenté comme ayant mis en garde contre le prix que Madrid pourrait avoir à payer en cédant aux pressions marocaines.
Pour l’auteur de la tribune, la situation actuelle constituerait ainsi la confirmation de ces avertissements.
Une visite diplomatique sous haute tension
La venue de Tebboune à Madrid apparaît donc, selon l’analyse de ABC, comme bien davantage qu’une simple étape protocolaire dans le rapprochement hispano-algérien.
Après la crise ouverte en 2022, le gouvernement Sánchez cherche à normaliser durablement ses relations avec Alger, tout en maintenant la ligne diplomatique adoptée à l’égard de Rabat. Or, la préparation d’une déclaration commune pourrait obliger Madrid à préciser publiquement sa position sur le Sahara occidental.
C’est cette contradiction que met en avant Taleb Alisalem dans son opinion publiée par ABC : le rapprochement avec l’Algérie pourrait contraindre le gouvernement espagnol à revenir sur un terrain diplomatique qu’il avait précisément cherché à éviter depuis 2022.
À l’approche de la visite de Tebboune, la question n’est donc plus seulement de savoir comment Madrid peut tourner la page de la crise algérienne, mais aussi jusqu’où l’Espagne est prête à aller dans sa déclaration commune sans provoquer une nouvelle crise avec l’un de ses deux voisins maghrébins.
Source : ABC, opinion de Taleb Alisalem, 15 septembre 2026.
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