Quelques semaines après avoir réaffirmé à Rabat son appui à l’initiative marocaine d’autonomie, Accra a reçu un ambassadeur sahraoui. Le gouvernement ghanéen assure pourtant que sa décision de suspendre ses relations avec la RASD reste inchangée. Une posture qui relance les interrogations sur la ligne diplomatique du Ghana.
La diplomatie ghanéenne vient de créer une nouvelle zone de questionnement autour du dossier du Sahara occidental. Le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a reçu Tayeb Siddiq Bachir, présenté officiellement par les autorités ghanéennes comme un « envoyé du Sahara occidental ».
La rencontre intervient alors qu’Accra a, au cours des derniers mois, multiplié les signaux en direction de Rabat. Dans un communiqué publié par le ministère ghanéen des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie affirme toutefois que la décision prise le 6 janvier 2025 de suspendre les relations avec la République arabe sahraouie démocratique (RASD) demeure en vigueur.
Accra affirme parallèlement vouloir favoriser une résolution pacifique et « amiable » du conflit et maintenir un dialogue avec l’ensemble des parties.
Une succession de signaux contradictoires
La réception de l’émissaire sahraoui intervient après une importante inflexion de la politique ghanéenne.
Le 6 janvier 2025, le Ghana avait officiellement annoncé la suspension de ses relations diplomatiques avec la RASD, qu’il avait reconnue dès 1979. La décision avait été notifiée notamment au Maroc, à l’Union africaine et aux Nations unies.
À l’époque, Accra avait également exprimé son soutien aux efforts visant à parvenir à un règlement du différend, tout en saluant les démarches marocaines en faveur d’une solution négociée.
La position ghanéenne s’est encore précisée en juillet 2026, lors de la visite à Accra du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita.
Les deux pays avaient alors coprésidé la deuxième session de leur Commission mixte de coopération. Dans leur communiqué conjoint, les autorités ghanéennes avaient réaffirmé leur soutien à l’initiative marocaine d’autonomie, décrite comme une base pour parvenir à un règlement du différend.
La rencontre avait également permis la conclusion de onze accords de coopération dans différents secteurs, notamment le commerce, l’aviation, l’éducation, les mines, la recherche scientifique et la formation diplomatique.
Pourquoi la rencontre avec l’émissaire sahraoui fait-elle débat ?
C’est dans ce contexte que la réception de Tayeb Al-Siddiq Al-Bashir prend une résonance particulière.
Le gouvernement ghanéen prend soin de préciser que cette rencontre ne constitue pas une annulation de la décision de janvier 2025. Aucun rétablissement officiel des relations diplomatiques avec la RASD n’est annoncé.
Mais le fait qu’un haut responsable ghanéen reçoive un représentant sahraoui constitue néanmoins un signal diplomatique qui ne passe pas inaperçu.
Accra affirme vouloir conserver des « engagements positifs avec toutes les parties et la communauté internationale », afin de contribuer à une solution pacifique et durable. Le gouvernement présente donc cette rencontre comme relevant d’une politique de dialogue plutôt que comme un changement de reconnaissance ou d’orientation diplomatique.
Cette distinction est essentielle.
La position officielle ghanéenne n’a pas été formellement inversée. Mais l’ouverture d’un canal de dialogue avec un représentant sahraoui intervient après la réaffirmation du soutien au plan d’autonomie marocain, ce qui donne à la séquence une dimension politique particulière.
Accra ménage ses différents partenaires
La diplomatie ghanéenne semble ainsi chercher à préserver plusieurs canaux simultanément.
D’un côté, Accra maintient la décision de suspendre ses relations avec la RASD et a récemment affiché son soutien à l’initiative marocaine d’autonomie. De l’autre, le gouvernement refuse de fermer totalement la porte au dialogue avec les représentants sahraouis.
Cette approche permet au Ghana de présenter sa politique comme une démarche de médiation et de dialogue plutôt que comme un alignement exclusif sur l’une des parties.
Le communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères insiste d’ailleurs sur la nécessité d’une résolution pacifique du différend et sur le rôle du cadre onusien.
La référence à la résolution 2797 du Conseil de sécurité s’inscrit dans cette logique : Accra affirme soutenir le processus diplomatique international tout en conservant une marge de manœuvre dans ses contacts avec les différents protagonistes.
Rabat face à une diplomatie ghanéenne plus nuancée
Pour le Maroc, la question est évidemment sensible. La visite de Nasser Bourita à Accra, quelques mois auparavant, avait permis de consolider une relation bilatérale en pleine expansion et d’obtenir une nouvelle expression publique du soutien ghanéen à l’initiative d’autonomie.
La rencontre entre Samuel Okudzeto Ablakwa et l’envoyé sahraoui ne remet pas officiellement en cause cet engagement.
Elle montre cependant que le Ghana ne souhaite pas nécessairement réduire son rôle dans le dossier sahraoui à celui d’un simple soutien diplomatique à Rabat.
Pour Accra, conserver un dialogue avec les différentes parties peut également constituer un moyen de préserver son influence au sein des débats africains et multilatéraux sur le Sahara occidental.
Pas de revirement officiel, mais un nouveau signal
À ce stade, rien dans la communication officielle ghanéenne ne permet donc de parler d’un rétablissement des relations avec la RASD ou d’un abandon du soutien à l’initiative marocaine d’autonomie.
La chronologie est néanmoins révélatrice : suspension des relations avec la RASD en janvier 2025, soutien renouvelé au plan d’autonomie marocain en juillet 2026, puis réception d’un représentant sahraoui quelques semaines plus tard.
Ces trois épisodes dessinent une diplomatie qui cherche manifestement à maintenir plusieurs portes ouvertes.
La prochaine étape permettra de déterminer si cette politique de dialogue constitue simplement une volonté de conserver des contacts avec toutes les parties ou si elle annonce une évolution plus profonde de la position ghanéenne.
Pour l’heure, Accra maintient officiellement ses engagements envers Rabat tout en refusant de couper complètement les ponts avec le camp sahraoui. Une équation diplomatique délicate, alors que la question du Sahara occidental continue de mobiliser les capitales africaines et les Nations unies.
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