Sahara Occidental : Une escroquerie financière de grande envergure dans les camps de réfugiés

Sallamu Abbaali, Infravest.
Sallamu Abbaali, le directeur de la société Infravest accusée d'avoir arnaqué les réfugiés du Sahara Occidental à Tindouf.

Le dimanche 13 septembre 2026 aura été marqué par un coup de tonnerre dans les camps de réfugiés du Sahara Occidental, au sud-ouest de l’Algérie. Des dizaines d’investisseurs et de citoyens en colère se sont rassemblés massivement devant le siège de la société Infravest, situé dans la Wilaya de Chahid El Hafed, afin d’exiger la restitution de leurs fonds suite à des révélations sur ce qui s’annonce comme l’une des plus importantes escroqueries financières de la région.

Un schéma Ponzi dévastateur

L’indignation qui s’est emparée des manifestants à Rabouni et Chahid El Hafed fait suite à la propagation de rumeurs persistantes — appuyées par la disparition soudaine de la photo de profil Facebook du directeur de l’entreprise la veille — confirmant la fuite à l’étranger du dirigeant. Ce dernier est fortement soupçonné d’avoir quitté le territoire à destination des Émirats Arabes Unis en emportant des montants astronomiques.

Selon les premières estimations sur le terrain, les investisseurs auraient subit des pertes multimillionnaires, engloutissant une part considérable de leurs économies. L’entreprise opérait selon un schéma de Ponzi classique, une pyramide financière frauduleuse dans laquelle les rendements des anciens investisseurs sont payés grâce aux fonds apportés par les nouveaux entrants, en l’absence de tout bénéfice réel.

Infravest, spécialisée dans le secteur du bâtiment, des travaux publics et des infrastructures, bénéficiait pourtant d’une présence établie dans la province de Tindouf et disposait d’une succursale majeure à Rabouni. Outre ses activités dans les projets d’infrastructures et de maintenance, la firme collectait activement des capitaux pour financer des projets immobiliers et commerciaux prometteurs, séduisant un vaste public.

Des institutions officielles et des commerçants parmi les victimes

L’ampleur du préjudice dépasse le cadre des seuls particuliers. Plusieurs sources locales indiquent que parmi les victimes figureraient des institutions officielles de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) — entre autres le département des finances du gouvernement, le ministère de la Défense ainsi que les 3ᵉ et 4ᵉ régions militaires. Une information qui reste à confirmer par les autorités sahraouis qui, jusqu’à présent, gardent le silence. De nombreux commerçants de Tindouf, majoritairement issus de la communauté Staifiya, ont également vu leurs capitaux s’évaporer dans cette affaire.

La direction d’Infravest appelle au calme et évoque des « inconvénients techniques »

Face à la panique générale et au rassemblement devant ses locaux, l’entreprise Infravest de Contrats et d’Investissements a rendu public un communiqué officiel ce même dimanche 13 septembre 2026.

La direction y minimise la crise, affirmant faire face à des « inconvénients techniques et organisationnels » au niveau de la gestion, causant un retard temporaire dans le suivi de certains dossiers. Tout en assurant que la situation est « en cours de résolution », l’entreprise a confirmé l’absence de son directeur, déclarant qu’il se trouve « actuellement hors du pays pour cause de voyage », privé de moyen de communication direct, mais « en bonne santé ». Infravest a appelé les investisseurs à la patience et à éviter la diffusion d’informations non officielles dans l’attente du retour du dirigeant.

Des clauses contractuelles litigieuses

Au-delà de la fuite du directeur, les termes mêmes des contrats souscrits par les épargnants suscitent une vive polémique. L’attention se porte notamment sur la clause n°7 des contrats signés avec l’établissement INFRAVEST, qui stipule explicitement que l’entreprise ne garantit ni les bénéfices ni la couverture des pertes pour l’investisseur.

Dans un avertissement accompagnant le contrat, la direction d’Infravest rappelle que l’acte de signature engage la responsabilité individuelle de chaque souscripteur face aux risques encourus et insiste sur le fait que « la perte d’argent ne doit pas être un prétexte au chaos, aux menaces ou aux agressions ». L’entreprise appelle les plaignants à ne pas manifester de manière illégale devant ses sièges et à s’en remettre uniquement aux autorités judiciaires et à la loi pour régler les contentieux.

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