Algérie–Émirats : les dessous d’une crise diplomatique aux ramifications régionales

L'affaire révèle surtout l'ampleur des rivalités géopolitiques qui traversent aujourd'hui l'Afrique du Nord et le Sahel. Libye, Tunisie, Niger, Mali, Soudan, Sahara Occidental, Somalie et Yémen sont devenus les terrains d'une compétition où s'entrecroisent intérêts économiques, alliances militaires, sécurité régionale et influence diplomatique.

Des sources algériennes citées par Al-Watan lèvent le voile sur les origines présumées des tensions entre Alger et Abou Dhabi. De la présidentielle de 2019 aux dossiers énergétiques et aux crises du Sahel, de Libye et de Tunisie, les accusations rapportées dessinent le tableau d’une rivalité qui dépasserait largement le cadre bilatéral.

Les relations entre l’Algérie et les Émirats arabes unis seraient traversées par des tensions dont les racines remonteraient à plusieurs années. Selon des informations présentées comme exclusives par Al-Watan, des sources algériennes informées auraient livré des éléments sur les coulisses de cette crise et sur les intérêts qui opposeraient Alger et Abou Dhabi.

D’après ces sources, les premières tensions significatives auraient émergé lors de l’élection présidentielle algérienne de 2019. Abou Dhabi aurait alors cherché, par l’intermédiaire de réseaux d’influence et de lobbies, à favoriser la candidature d’un prétendant considéré comme proche des dirigeants émiratis.

L’élection d’Abdelmadjid Tebboune aurait cependant bouleversé ces calculs. Les sources citées par Al-Watan affirment qu’Abou Dhabi aurait considéré l’arrivée de Tebboune à la présidence comme une menace pour ses intérêts économiques et politiques, non seulement en Algérie, mais également à l’échelle régionale.

Le précédent du projet Dounia Park

Le différend aurait également des racines économiques plus anciennes. Entre 2008 et 2015, alors qu’il occupait le portefeuille de l’Habitat dans plusieurs gouvernements, Abdelmadjid Tebboune aurait refusé d’accorder certaines autorisations nécessaires à la société émiratie Emaar pour la réalisation du projet « Dounia Park ».

Selon les éléments rapportés, le projet était officiellement évalué à environ 500 millions de dollars. Les mêmes sources avancent toutefois que les revenus susceptibles d’être générés et transférés vers les Émirats auraient pu atteindre plusieurs milliards de dollars.

Cette affaire aurait alimenté, selon les sources algériennes citées, l’hostilité de certains milieux d’affaires émiratis à l’égard de Tebboune.

BRICS : Abou Dhabi aurait tenté de contrer Alger

La confrontation présumée aurait ensuite dépassé le cadre algéro-émirati. Les sources évoquées par Al-Watan affirment ainsi que le président émirati Mohammed ben Zayed aurait personnellement abordé, lors d’un entretien avec le Premier ministre indien Narendra Modi en août 2023, la question de l’adhésion de l’Algérie aux BRICS.

Selon cette version, Abou Dhabi aurait cherché à convaincre New Delhi de s’opposer à l’intégration de l’Algérie au groupe des grandes économies émergentes.

La tentative n’aurait toutefois pas empêché l’élargissement des BRICS, l’Algérie ayant finalement vu sa candidature rejetée lors du processus d’élargissement décidé en 2023.

Le gazoduc transsaharien au cœur des rivalités énergétiques

Autre dossier stratégique cité : le projet de gazoduc transsaharien devant relier le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie.

Les sources accusent les Émirats d’avoir entrepris des démarches auprès de plusieurs capitales afin de ralentir ou faire échouer ce projet. En parallèle, Abou Dhabi aurait soutenu un projet gazier concurrent passant par le Maroc.

Cette opposition supposée s’inscrirait dans une compétition plus large pour l’influence énergétique en Afrique du Nord et au Sahel, où plusieurs puissances cherchent à consolider leurs positions dans les infrastructures, les hydrocarbures et les corridors d’exportation vers l’Europe.

Libye, Tunisie et Sahel : l’autre front

Les accusations rapportées vont cependant bien au-delà des dossiers économiques.

En Libye, les sources accusent Abou Dhabi de soutenir le maréchal Khalifa Haftar et de contribuer à affaiblir les efforts de règlement politique. Elles évoquent également la présence de combattants étrangers et de mercenaires, notamment originaires de Syrie, de Colombie et de plusieurs pays africains.

En Tunisie, les mêmes sources prêtent aux Émirats une volonté d’exercer une pression politique et économique afin de rapprocher Tunis d’Israël et de renforcer leur influence sur le pays.

Le Sahel constituerait un autre théâtre majeur de cette rivalité. Les sources algériennes accusent Abou Dhabi de jouer un rôle dans des réseaux de déstabilisation à proximité des frontières algériennes, notamment à travers le financement de groupes armés, le recours à des mercenaires et le soutien à des acteurs hostiles à Alger.

Ces accusations, particulièrement graves, sont présentées comme des affirmations de sources algériennes et ne constituent pas, en l’état, des faits judiciairement établis.

Le Maroc et la question de la présence israélienne

Le dossier marocain occuperait également une place importante dans cette lecture de la crise. Les sources accusent les Émirats de soutenir fortement le rapprochement militaire et sécuritaire entre le Maroc et Israël, notamment à proximité de la frontière algérienne.

Pour Alger, la coopération sécuritaire entre Rabat et Tel-Aviv constitue depuis plusieurs années un sujet de préoccupation majeur, dans un contexte de rivalité stratégique avec le Maroc et de rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Une rivalité qui dépasse le face-à-face Alger-Abou Dhabi

Au-delà de ces accusations, le dossier révèle surtout l’ampleur des rivalités géopolitiques qui traversent aujourd’hui l’Afrique du Nord et le Sahel. Libye, Tunisie, Niger, Mali, Soudan, Somalie et Yémen sont devenus les terrains d’une compétition où s’entrecroisent intérêts économiques, alliances militaires, sécurité régionale et influence diplomatique.

Les sources citées par Al-Watan présentent ainsi la politique étrangère émiratie comme un facteur majeur d’instabilité dans plusieurs de ces théâtres. Une lecture qui devra toutefois être confrontée aux positions officielles d’Abou Dhabi et aux éléments indépendants disponibles.

En définitive, derrière la crise algéro-émiratie se dessinerait une confrontation beaucoup plus large : celle de deux visions antagonistes de l’influence régionale, dans laquelle l’énergie, les infrastructures, les alliances militaires et les équilibres du Sahel occupent désormais une place centrale.

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