Proposée au média espagnol Escudo Digital à l’été 2025, une masse de données liée à l’ancien espion marocain Mehdi Hijaouy contiendrait, outre des secrets d’État sur la cour royale, l’équivalent des 2,6 Go d’informations extraites du téléphone du président espagnol Pedro Sánchez.
En juillet 2025, un intermédiaire mystérieux a pris contact avec la rédaction d’Escudo Digital pour proposer un lot de données explosives. L’homme affirmait détenir 2,6 gigaoctets d’informations appartenant à Mehdi Hijaouy, ancien numéro deux du service d’intelligence extérieure marocain (DGED).
L’interlocuteur a affirmé que son contact téléphonique lui avait été transmis par un collaborateur direct du général Said Chengriha, chef d’État-Major de l’armée algérienne. Cette connexion laissait entendre que l’ex-espion marocain poursuivi par Rabat pourrait bénéficier d’une protection de la part des services de renseignement algériens.
Des liens vérifiés et des documents partagés
Lors d’une rencontre physique organisée près de Madrid, l’intermédiaire a présenté plusieurs photographies attestant d’une proximité avérée avec Mehdi Hijaouy. Les deux hommes partageaient une carte d’identité professionnelle au sein de la DGED similaire à celle publiée par le journal ABC.
L’émissaire a également confirmé l’existence de liens entre l’entourage de Hijaouy et Ali Lmrabet, journaliste et opposant emblématique du régime marocain. Ancien diplomate et figure critique du Makhzen, Lmrabet est connu pour recevoir les confidences des transfuges du régime. Il disposait des capacités d’analyser et de valider les dossiers emportés par Hijaouy sur ses disques durs, portant notamment sur les finances de la cour royale et les tensions successorales. Pour rappel, Ali Lmrabet a été interpellé par la police marocaine en juillet 2026 à son arrivée à l’aéroport de Tanger.
Aux origines du réseau de ciberespionnage et de la rupture avec Rabat
Selon les confidences faites lors de cet entretien, Mehdi Hijaouy a longtemps été le bras droit technique de Fouad Ali El Himma, puissant conseiller du roi Mohammed VI. Grâce à ses compétences avancées en cyberespionnage, Hijaouy a joué un rôle clé lors de l’acquisition par le Maroc du logiciel espion Pegasus en 2017.
La rupture est survenue lorsque Hijaouy s’est rapproché directement du cercle intime du souverain, notamment des frères Azaitar. Ce rapprochement a suscité l’hostilité du bloc de pouvoir traditionnel dirigé par Ali El Himma et Abdellatif Hammouchi, chef de la sécurité intérieure. Écarté de ses fonctions et visé par des accusations d’escroquerie et de falsification, Hijaouy a fui le Maroc en 2024.
Parmi les activités orchestrées sous les ordres d’El Himma, l’ex-espion aurait notamment mis en place une section d’« amies » destinées à s’infiltrer dans l’entourage des femmes et filles des hauts dignitaires pour contrôler leurs réseaux et leurs récits.
L’offre financière et la menace du « Dead Man’s Switch »
L’intermédiaire venu rencontrer Escudo Digital cherchait à vendre uniquement la partie des 2,6 Go relative à l’espionnage de personnalités politiques espagnoles, dont Pedro Sánchez. Les documents touchant directement la famille royale marocaine « ne sont pas à vendre », car ils constituent l’assurance-vie de l’ex-agent.
Pour se protéger depuis son refuge actuel en Turquie, Hijaouy a mis en place un dispositif de sécurité informatique dit « Dead Man’s Switch » (interrupteur du commando suicidaire). Des copies chiffrées des 2,6 Go de données et des enregistrements de la cour sont stockées sur des serveurs sécurisés. En cas d’arrestation, d’extradition ou de décès suspect de Hijaouy, les clés de déchiffrement seront automatiquement transmises à des consortiums de journalistes internationaux et à des agences de renseignement rivales.
Madrid et Rabat, informés de l’existence de ces archives fractionnées, savent qu’une pression excessive sur l’ancien espion pourrait déclencher la diffusion massive de ces documents et provoquer un scandale politique majeur des deux côtés de la Méditerranée.
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