Maroc-Espagne : Selon Nasser Bourita, les déclarations de plusieurs ministres marocains sur Ceuta et Melilla relèvent du contexte électoral et non de la position officielle de l’État marocain.

Selon le ministre Albares, Nasser Bourita lui aurait également affirmé que les autorités marocaines n’étaient pas à l’origine de ces événements et que le Maroc n’avait pas organisé l’opération d’entrée collective dans la ville (Photo : Wikimedia Cpmmons)

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a révélé mardi 8 septembre que son homologue marocain Nasser Bourita lui avait présenté les récentes déclarations de plusieurs ministres marocains sur Ceuta et Melilla comme relevant du contexte électoral et non de la position officielle de l’État marocain. Une explication que Madrid juge toutefois insuffisante.

Intervenant dans l’émission La Hora de La 1 de la télévision publique espagnole, José Manuel Albares a livré des éléments sur un échange récent avec le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, au sujet des déclarations de responsables gouvernementaux marocains concernant les deux villes autonomes espagnoles de Ceuta et Melilla.

Selon le chef de la diplomatie espagnole, Nasser Bourita lui aurait expliqué que les propos tenus par certains ministres marocains s’inscrivaient dans un « contexte électoral ». Ces responsables, selon cette version, ne se seraient pas exprimés en leur qualité de membres du gouvernement, mais comme représentants de leurs formations politiques.

Bourita aurait ainsi assuré à son homologue espagnol que ces déclarations ne constituaient « pas la position officielle » de l’État marocain.

Madrid refuse néanmoins de banaliser ces déclarations

Cette explication n’a cependant pas totalement convaincu José Manuel Albares. Le ministre espagnol a estimé que, même replacées dans un contexte électoral, les déclarations revendiquant Ceuta et Melilla demeurent problématiques et sont susceptibles de porter atteinte aux relations bilatérales entre Madrid et Rabat.

La position espagnole demeure, selon Albares, inchangée : Madrid ne souhaite ouvrir aucune discussion avec Rabat sur la souveraineté de Ceuta et Melilla.

Le propos du ministre espagnol revêt une importance particulière puisqu’il met publiquement en lumière l’interprétation que Rabat aurait directement fournie à Madrid concernant les déclarations de ses propres ministres. Il s’agirait donc, selon cette lecture, d’un discours à caractère partisan lié à la compétition électorale, et non d’une nouvelle orientation officielle de la politique étrangère marocaine.

Le dossier de Ceuta également évoqué

Au cours de la même interview, Albares a également abordé les événements survenus à Ceuta les 30 et 31 juillet, lorsqu’une entrée massive de migrants dans l’enclave espagnole avait provoqué une crise majeure.

Selon le ministre espagnol, Nasser Bourita lui aurait également affirmé que les autorités marocaines n’étaient pas à l’origine de ces événements et que le Maroc n’avait pas organisé l’opération d’entrée collective dans la ville.

Cette affirmation intervient alors que le dossier a pris une dimension judiciaire en Espagne. Une enquête a notamment été ouverte par la juge María Tardón afin de déterminer les responsabilités et d’identifier les éventuels acteurs ayant pu organiser ou faciliter les événements.

Une question désormais entre les mains de la justice

L’un des enjeux centraux de l’enquête consiste précisément à déterminer si l’afflux massif vers Ceuta relevait d’une initiative spontanée ou d’une opération organisée, et, dans ce dernier cas, à établir l’identité des éventuels organisateurs.

La justice espagnole devra également déterminer s’il existe des éléments permettant d’établir une implication de personnes appartenant à des structures ou institutions marocaines, et, le cas échéant, si une telle implication pouvait être rattachée à l’État marocain.

Pour Madrid, cette question est particulièrement sensible. Elle se situe à la croisée de la crise migratoire, des relations diplomatiques hispano-marocaines et de la question, toujours délicate, du statut de Ceuta et Melilla.

Les déclarations rapportées par Albares mettent ainsi en évidence une équation diplomatique complexe : d’un côté, Rabat chercherait à dissocier les déclarations de certains responsables politiques de sa position officielle ; de l’autre, Madrid considère que les revendications territoriales, même formulées dans un cadre électoral, peuvent avoir des conséquences directes sur la relation bilatérale.

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