Pegasus, Ceuta, torture : Les confessions choc de l’ex-numéro 2 des services secrets marocains

Mehdi El Hijaouy était le numéro 2 de la DGED, les services d'espionnage du Maroc.
La chute politique de Mehdi El Hijaouy s'est amorcée en 2021 lorsqu'il a apporté son soutien aux frères Abu et Ottman Azaitar, combattants de MMA proches du monarque mais rejetés par l'appareil sécuritaire traditionnel mené par El Himma et Abdellatif Hammouchi, patron de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et de la police nationale. Visé par des accusations de trahison, d'escroquerie et d'affiliation criminelle, l'ancien espion a quitté le Maroc en 2024, transitant par la France puis l'Espagne avant de rejoindre un pays plus sûr, armé de ses secrets d'État.

En fuite depuis 2024 et réfugié dans une destination confidentielle pour préserver sa sécurité, Mehdi Hijaouy, ancien numéro deux de la Direction générale des études et de la documentation (DGED) et ex-conseiller de l’ombre au Palais royal, livre une série de confessions fracassantes sur les arcanes du pouvoir sécuritaire marocain et ses ramifications diplomatiques.

Un haut cadre du renseignement en fuite

Âgé de 53 ans, Mehdi Hijaouy n’a rien d’un exécutant de seconde zone. Ancien directeur du service Action du renseignement extérieur marocain, il a également officié au sein de la coordination des services de sécurité et au cabinet de Fouad Ali El Himma, conseiller intime du roi Mohammed VI souvent qualifié de « vice-roi ». Formé dans sa jeunesse par le Mossad israélien, Hijaouy a occupé jusqu’en 2024 un poste d’observation privilégié au cœur des luttes d’influence au sein du Palais royal.

Sa chute politique s’est amorcée en 2021 lorsqu’il a apporté son soutien aux frères Abu et Ottman Azaitar, combattants de MMA proches du monarque mais rejetés par l’appareil sécuritaire traditionnel mené par El Himma et Abdellatif Hammouchi, patron de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et de la police nationale. Visé par des accusations de trahison, d’escroquerie et d’affiliation criminelle, l’ancien espion a quitté le Maroc en 2024, transitant par la France puis l’Espagne avant de rejoindre un pays plus sûr, armé de ses secrets d’État.

Les coulisses de la crise migratoire à Ceuta

Parmi les faits documentés, Mehdi Hijaouy apporte son éclairage sur les événements de la frontière de Ceuta, où près de 70.000 jeunes Marocains ont franchi la ligne de démarcation avec l’enclave espagnole. Un rapport d’enquête de la police des frontières espagnoles du 3 septembre pointe la « totale permissivité » des autorités marocaines lors de cet épisode qui s’est soldé par la noyade de plus de 140 citoyens marocains. Selon l’ancien responsable du renseignement, une telle opération d’envergure n’aurait pu se dérouler sans l’aval ou la neutralité bienveillante des plus hautes autorités sécuritaires du royaume.

Cyber-espionnage et le dossier Pegasus

L’ancien haut fonctionnaire confirme l’exactitude des enquêtes internationales publiées par Amnesty International et le collectif Forbidden Stories concernant l’usage du logiciel espion Pegasus, développé par la firme israélienne NSO Group. Il affirme que la technologie a été présentée dès février 2017 à Rabat et testée dans un premier temps sur les équipements internes avant d’être déployée à plus grande échelle.

Les cibles de ce dispositif d’écoute auraient inclus des chefs d’État étrangers – dont le président français Emmanuel Macron et le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez – ainsi que des responsables politiques, des journalistes et des dirigeants africains, notamment lors du sommet extraordinaire de l’Union africaine à Kigali en mars 2018.

Affaire Moumni et coopérations sécuritaires

Mehdi Hijaouy confirme par ailleurs les déclarations de l’ancien champion de kickboxing Zakaria Moumni, arrêté en 2010 et détenu au centre de Témara. Il atteste de la présence de hauts responsables de la sécurité lors des interrogatoires musclés subis par l’athlète.

Bien qu’une procédure judiciaire ait été initiée à Paris en 2014, celle-ci s’est conclue par un classement sans suite à la suite d’accords de coopération judiciaire entre Paris et Rabat. La collaboration entre les services des deux pays s’est poursuivie ces dernières années, notamment dans le cadre des arrangements sécuritaires liés à l’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024, illustrant la priorité accordée aux impératifs stratégiques et sécuritaires dans les relations bilatérales.

Référence : Synthèse rédigée d’après les informations publiées par Le Canard Enchaîné (consulter l’article original).

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