Coup de froid avec Rabat : l’Espagne retire une carte intégrant le Sahara occidental au Maroc

Le gouvernement espagnol aurait décidé de retirer une carte officielle représentant le Sahara occidental comme faisant partie du territoire marocain, à la suite d’une demande formulée par Sumar, partenaire de la coalition gouvernementale de Pedro Sánchez.

Cette décision intervient dans un contexte particulièrement sensible entre Madrid et Rabat, alors que la politique espagnole à l’égard du Sahara occidental fait l’objet de critiques croissantes au sein même de la majorité parlementaire.

La question cartographique revêt ici une portée politique particulière. La représentation du Sahara occidental comme intégré au Maroc peut être interprétée comme une reconnaissance visuelle de la souveraineté marocaine sur un territoire dont le statut demeure internationalement disputé. Les documents officiels espagnols ont, par le passé, utilisé différentes représentations du territoire. Le ministère espagnol des Affaires étrangères publie notamment des documents qui distinguent explicitement le Sahara occidental du Maroc et présentent les différentes zones de contrôle dans le territoire.

Une correction qui intervient au mauvais moment pour Rabat

Le retrait de la carte intervient alors que la relation entre Madrid et Rabat traverse une nouvelle zone de turbulences. La récente crise autour de Ceuta a profondément ravivé les interrogations sur la stratégie espagnole vis-à-vis du Maroc. Pedro Sánchez a été soumis à de fortes critiques parlementaires, y compris de la part de formations proches de sa majorité.

Sumar réclame depuis plusieurs mois une réévaluation de la politique espagnole concernant le Sahara occidental. Cette formation défend notamment une approche davantage alignée sur le droit international et les positions traditionnellement défendues par l’Espagne à l’égard du processus de décolonisation du territoire.

Le contexte politique s’est encore durci cette semaine avec l’examen au Congrès d’une proposition visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour des dizaines de milliers de Sahraouis nés avant 1977, une initiative portée par Sumar et désormais soutenue par le PSOE.

Le pari de Sánchez sur l’autonomie marocaine sous pression

Depuis 2022, Pedro Sánchez défend une nouvelle orientation diplomatique considérant le plan marocain d’autonomie comme « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le conflit du Sahara occidental.

Cette rupture avec la position traditionnelle de Madrid avait permis un rapprochement spectaculaire avec Rabat. Mais elle demeure controversée en Espagne, notamment à gauche, où certains partenaires du gouvernement considèrent que Sánchez a accordé trop d’importance aux intérêts diplomatiques et économiques avec le Maroc.

La crise de Ceuta a donné une nouvelle vigueur à ces critiques. Sumar réclame désormais une relation avec Rabat fondée sur une plus grande fermeté et refuse que la coopération migratoire puisse servir de levier de pression politique. La députée européenne de Sumar Estrella Galán a récemment qualifié le Maroc de partenaire « pas fiable » et demandé une révision profonde de la relation bilatérale.

Un geste symbolique, mais lourd de signification

Le retrait de la carte ne signifie pas nécessairement un changement officiel de la position diplomatique espagnole sur le Sahara occidental. Il constitue néanmoins un signal politique particulièrement symbolique.

Dans le contexte actuel, chaque représentation cartographique devient potentiellement un acte diplomatique. Pour Rabat, l’intégration graphique du Sahara occidental au Maroc correspond à la vision de la souveraineté marocaine. Pour ses opposants, elle risque au contraire de transformer une position politique espagnole en reconnaissance territoriale implicite.

Le geste de Madrid intervient ainsi au moment où la stratégie de Pedro Sánchez à l’égard du Maroc est confrontée à une équation de plus en plus complexe : préserver une relation stratégique avec Rabat tout en répondant aux critiques internes sur le Sahara occidental et aux tensions ravivées par la crise de Ceuta.

**La carte retirée pourrait donc n’être qu’un détail administratif. Mais dans le dossier du Sahara occidental, les cartes ne sont jamais totalement neutres.**

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