Le patrimoine attribué au roi du Maroc Mohammed VI continue d’alimenter les interrogations sur l’étendue de la fortune de la monarchie alaouite. Entre participations dans de grands groupes, résidences prestigieuses, avions privés, yacht et collection automobile, le souverain dispose d’un patrimoine dont la valeur exacte reste difficile à établir.
Depuis son accession au trône en juillet 1999, après la mort de son père Hassan II, Mohammed VI est devenu l’un des monarques les plus fortunés au monde. Selon une estimation publiée par Forbes en 2015, sa fortune personnelle atteignait alors environ 5,7 milliards de dollars, ce qui le plaçait au premier rang des rois africains et parmi les monarques les plus riches de la planète. Cette estimation, ancienne, ne permet toutefois pas de déterminer précisément la valeur actuelle de son patrimoine.
Al Mada, au cœur de l’empire économique royal
Une partie essentielle de la puissance financière de la famille royale repose sur Al Mada, holding d’investissement contrôlé majoritairement par la famille royale. Le groupe possède des participations importantes dans plusieurs secteurs stratégiques de l’économie marocaine.
Parmi ses actifs figurent notamment une participation de 46,5 % dans Attijariwafa Bank, l’un des principaux groupes bancaires du continent africain, ainsi que 10 % de Wafa Assurance et une participation majoritaire dans Managem, acteur important du secteur minier. Selon 20 Minutos, la famille alaouite détiendrait ainsi plusieurs milliards de dollars de participations à travers cet ensemble financier.
À côté d’Al Mada existe également Siger, holding personnel du souverain. Selon des informations rapportées par El País et reprises par 20 Minutos, cette structure, détenue à 100 % par Mohammed VI, regroupe plusieurs dizaines de filiales opérant notamment dans l’immobilier, l’agriculture et le tourisme. Elle est notamment associée à la chaîne hôtelière de luxe Royal Mansour.
Cette imbrication entre patrimoine familial, participations économiques et actifs privés rend toutefois particulièrement difficile l’établissement d’une frontière précise entre la fortune personnelle du roi, celle de la famille royale et les intérêts contrôlés par les holdings.
Des résidences au Maroc et en France
Le patrimoine immobilier attribué à la monarchie est lui aussi considérable. Une liste publique recense douze résidences royales au Maroc, notamment à Rabat, Fès, Marrakech, Meknès, Casablanca, Agadir, Ifrane, Tétouan et Tanger. Ces propriétés sont toutefois placées sous différents régimes de propriété et ne peuvent pas toutes être considérées comme faisant partie de la fortune personnelle du souverain.
En France, plusieurs propriétés privées sont en revanche documentées.
Parmi elles figure le château de Betz, dans l’Oise, acquis par Hassan II en 1972. Le domaine s’étend sur environ 70 hectares et comprend le château, un vaste parc ainsi que plusieurs dépendances. Selon 20 Minutos, Mohammed VI a décidé de mettre cette propriété en vente en février 2026.
Le souverain conserverait par ailleurs un hôtel particulier à Paris ainsi qu’un appartement d’environ 1 000 m² situé dans le XVIᵉ arrondissement, à proximité de la tour Eiffel, dont la valeur avait été estimée à environ 80 millions d’euros.
Jets privés et yacht de prestige
Le patrimoine aéronautique attribué au roi alimente également les récits sur son train de vie.
Plusieurs appareils sont régulièrement associés à la monarchie marocaine, notamment un Boeing 747-8, un Boeing 737 ainsi que des avions Gulfstream. Mais là encore, une distinction est nécessaire : tous les appareils utilisés par la famille royale ne sont pas nécessairement la propriété personnelle de Mohammed VI. Certains appartiennent à la flotte de transport VIP de l’État marocain.
Le souverain est également associé au Badis 1, un voilier de luxe de 70 mètres construit par le chantier italien Perini Navi. Le navire, livré en 2016 sous le nom de Sybaris, peut accueillir une douzaine de passagers et une équipe d’équipage d’une dizaine de personnes. Des bases de données maritimes internationales ont confirmé le changement de nom et de pavillon évoqué par la presse marocaine.
Une collection automobile de plusieurs centaines de véhicules
Autre symbole du patrimoine royal : l’impressionnante collection automobile attribuée à la monarchie.
Le chiffre de 600 véhicules est régulièrement cité par différents médias, même si aucun inventaire officiel de la Maison royale n’a été rendu public. Il s’agit en outre d’une collection constituée sur plusieurs générations et qui ne peut donc pas être intégralement considérée comme appartenant personnellement à Mohammed VI.
Mohammed V avait commencé à réunir des véhicules américains, notamment des Ford et Cadillac, ainsi que des Rolls-Royce. Hassan II a ensuite enrichi la collection avec de nombreux modèles Mercedes. Mohammed VI aurait pour sa part ajouté des marques prestigieuses telles que Ferrari, Porsche, Bentley, Aston Martin, Jaguar, Maserati et Rolls-Royce.
Une fortune difficile à évaluer
Au-delà des palais et des objets de luxe, c’est surtout la puissance économique associée à la monarchie qui rend l’évaluation du patrimoine particulièrement complexe.
Les estimations disponibles ne permettent pas de distinguer systématiquement les actifs personnels du roi de ceux de la famille royale ou des sociétés contrôlées par celle-ci. Le chiffre de 5,7 milliards de dollars, souvent repris dans les médias, correspond à l’estimation de Forbes datant de 2015 et ne doit donc pas être présenté comme la valeur actuelle et officielle de la fortune de Mohammed VI.
Cette opacité alimente régulièrement le débat au Maroc sur les rapports entre pouvoir politique, patrimoine royal et contrôle des principaux secteurs économiques. Elle contraste également avec l’image d’une monarchie qui demeure au centre du fonctionnement institutionnel et économique du pays.
Le patrimoine de Mohammed VI apparaît ainsi moins comme une simple accumulation de biens de luxe que comme l’un des prolongements d’un système économique construit autour de holdings, de participations stratégiques et d’un patrimoine royal accumulé au fil des générations.
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