Ceuta : l’ami intime du roi du Maroc distribue des McDonald’s aux migrants, une « charade » qui fait polémique

Les trois frères Azaitar – Abu Bakr, son jumeau Omar, et le cadet Ottman – ne sont pas à leur premier coup d’éclat médiatique. Entrés dans l’entourage royal après le divorce de Mohammed VI avec Lalla Salma, ils sont régulièrement critiqués pour leur étalage de richesse (voitures de luxe, montres hors de prix) et leur influence croissante, qui déplairait à une partie de l’establishment marocain, y compris au sein des services de renseignement.
Depuis le début de la vague d’entrées massives à Ceuta, entre 5 000 et 10 000 migrants marocains restent bloqués dans la ville, dormant dans la rue ou dans des centres d’accueil saturés. Plus d’une centaine de personnes ont perdu la vie – noyées, victimes du froid ou de violences lors des franchissements de la frontière.

Alors que la crise migratoire à Ceuta n’en finit pas de creuser le fossé entre l’Espagne et le Maroc, une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux a enflammé le débat. On y voit Abu Bakr Azaitar, ex-lutteur de MMA et ami proche du roi Mohammed VI, distribuer des menus McDonald’s à des migrants marocains bloqués dans l’enclave espagnole. Un geste que beaucoup qualifient de provocation, voire d’« insulte » au regard du drame humain en cours.

Une présence qui interroge

La scène, filmée à l’intérieur du seul McDonald’s de Ceuta, montre Abu Bakr Azaitar, vêtu de manière décontractée, remettant boissons et hamburgers à des hommes assis à plusieurs tables. Diffusée par le groupe local « Zoom Fnideq » – du nom de la ville marocaine frontalière –, la séquence a été confirmée par plusieurs témoins sur place.

Mais ce qui retient l’attention, ce n’est pas tant l’acte de « solidarité » que les conditions dans lesquelles il s’est déroulé. Car Abu Bakr Azaitar n’est pas un inconnu : né en Allemagne de parents rifains, il est surtout connu pour être l’un des plus proches confidents du souverain marocain, au point de faire partie de sa « cour intime » depuis 2018.

Or, selon plusieurs sources proches du dossier, sa présence à Ceuta – ville sous souveraineté espagnole – n’aurait pu se faire sans l’aval direct du palais royal. D’autant que le roi séjournait ces derniers jours à quelques kilomètres de là, à M’diq (Rincón), sa résidence estivale habituelle. Une coïncidence géographique qui nourrit les spéculations sur une éventuelle bénédiction officieuse.

Un contraste saisissant avec la tragédie

Depuis le début de la vague d’entrées massives à Ceuta, entre 5 000 et 10 000 migrants marocains restent bloqués dans la ville, dormant dans la rue ou dans des centres d’accueil saturés. Plus d’une centaine de personnes ont perdu la vie – noyées, victimes du froid ou de violences lors des franchissements de la frontière.

Dans ce contexte, l’apparition d’un proche du roi, distribuant des repas de fast-food, a été perçue par de nombreux observateurs comme une « mascarade » et une « insulte » aux victimes. L’auteur d’un commentaire sur les réseaux sociaux évoque d’ailleurs « des héros naviguant les vagues », mais l’article d’El Confidencial, qui a révélé l’affaire, parle quant à lui d’une « blague de mauvais goût aux relents géopolitiques ».

« Des hamburgers, alors que des mères de familles demandent qui a poussé leurs enfants vers la mort et que le roi reste silencieux », résume le journal espagnol.

Les frères Azaitar, entre luxe et « charité »

Les trois frères Azaitar – Abu Bakr, son jumeau Omar, et le cadet Ottman – ne sont pas à leur premier coup d’éclat médiatique. Entrés dans l’entourage royal après le divorce de Mohammed VI avec Lalla Salma, ils sont régulièrement critiqués pour leur étalage de richesse (voitures de luxe, montres hors de prix) et leur influence croissante, qui déplairait à une partie de l’establishment marocain, y compris au sein des services de renseignement.

Pour répondre aux attaques, ils ont déjà organisé par le passé des opérations de communication « humanitaires » : distribution de fauteuils roulants dans des régions pauvres, baisers sur le front de vieilles dames, séances photo en position d’humilité. La visite au McDonald’s de Ceuta s’inscrirait dans cette même logique, selon des analystes.

« C’est une tentative maladroite de redorer une image écornée par les scandales et les excès », estime un chercheur spécialiste du Maghreb, joint par notre rédaction. « Mais dans le contexte actuel, c’est un pari risqué. »

Un enjeu diplomatique et politique

Au-delà de l’anecdote, cette affaire révèle les tensions sous-jacentes entre Rabat et Madrid. La crise de Ceuta, qui a vu des milliers de Marocains franchir illégalement la frontière en mai 2021, puis à nouveau cet été, est un sujet ultrasensible. Toute ingérence – réelle ou perçue – d’un proche du palais royal sur le territoire espagnol est vécue comme une provocation par les autorités espagnoles et une partie de la population locale.

Le gouvernement espagnol n’a pas officiellement réagi à la vidéo, mais des sources diplomatiques confient que « l’affaire est suivie de près ». Du côté marocain, pas de commentaire officiel non plus. Le silence du roi, lui, est assourdissant.

Une polémique qui ne faiblit pas

Sur les réseaux sociaux, les réactions sont partagées entre indignation, sarcasme et soutien aux migrants. Les hashtags #CeutaMcDo et #Azaitar sont en pleine tendance au Maghreb et en Espagne. Pour certains, ce geste, aussi dérisoire soit-il, rappelle que la souffrance des migrants est instrumentalisée par toutes les parties. Pour d’autres, il s’agit d’un épisode de plus dans le feuilleton kitsch d’une monarchie décidément très éloignée des réalités de son peuple.

Avec El Confidencial

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