Dérives et priorités : quand le Maroc s’égare dans les broutilles pendant que les vrais maux rongent le pays

Le Maroc n’a pas besoin de débats byzantins ni de polémiques stériles. Il a besoin de vérité sur le coût de la vie, de justice sociale, de perspectives pour sa jeunesse. Et surtout, d’une réelle séparation entre les intérêts privés et la chose publique.

Dans une tribune aussi cinglante que documentée, l’auteur d’un texte viral dépeint un Maroc pris au piège d’une stratégie de diversion soigneusement orchestrée. Alors que les citoyens devraient se concentrer sur l’essentiel – la cherté de la vie, la gouvernance opaque, l’émigration massive des jeunes – on les invite à s’enflammer pour des polémiques stériles, des faits divers ou des querelles de second rang.

L’art de la distraction

« Beaucoup, et peut-être comme les débris d’un torrent, veulent que nous nous occupions de tout, y compris de l’insignifiant », écrit l’auteur. Il dénonce une mécanique bien rodée : occuper l’opinion publique avec des sujets périphériques – une influenceuse dénudée, un ancien détenu libéré, l’identité de quelques chauffeurs de taxi ayant transporté des migrants vers Fnideq – pour mieux occulter l’essentiel.

À savoir : qui sont les vrais « prédateurs » qui ont mis à nu tout un pays ? Quelles sont les causes profondes qui poussent des milliers de jeunes Marocains à fuir leur patrie, y compris le jour de la Fête du Trône ?

Le scandale des carburants, révélateur d’un système

Mais le sujet qui fâche, celui que l’on veut faire oublier, est l’envolée spectaculaire des prix des carburants, dépassant désormais les 15 dirhams le litre pour le gazole. Une hausse sans explication claire, alors que les cours mondiaux fluctuent et que, ailleurs, les prix baissent.

L’auteur pointe du doigt une anomalie marocaine : ici, les tarifs montent comme une fusée, mais ne redescendent jamais, même quand le pétrole s’effondre sur les marchés internationaux. Et dans ce jeu, un homme est à la fois juge et partie : le chef du gouvernement, également grand patron du secteur des hydrocarbures via sa holding.

« Ce n’est pas un mal en soi d’être à la tête d’une entreprise qui vend du fioul. Mais le problème, c’est d’être le premier bénéficiaire de cette flambée, sur le dos du peuple », souligne le texte.

Un pouvoir qui ne supporte pas la concurrence

L’auteur rapporte des témoignages troublants, notamment celui d’un ancien ministre du gouvernement El Othmani, à qui le ministre de l’Agriculture de l’époque, Aziz Akhannouch, aurait lancé : « Tu te bats contre ma subsistance. » Motif : le ministre chargé des carburants avait accordé des licences à des concurrents de sa société.

Le responsable aurait même porté plainte directement auprès du chef du gouvernement. Et, selon le texte, il n’aurait pas hésité à mobiliser des relais plus influents pour défendre « les intérêts supérieurs » du groupe.

Un lobby tout-puissant

Autre révélation : les confidences d’un ancien président du Conseil de la concurrence, Driss Kiraoui, qui aurait confié avoir vécu un calvaire face au lobby des carburants. « Ils ont failli me tuer, sans M. Fouad », aurait-il déclaré, allusion à une intervention salvatrice. Un lobby décrit comme « dangereux, influent, qui possède la terre, la mer et le ciel ».

Une formule qui n’est pas sans rappeler une célèbre sortie prononcée à la tribune du Parlement, dans un climat politique tendu.

Un pays à la croisée des chemins

Au-delà des anecdotes, le texte pose une question de fond : que devient un pays quand ses dirigeants sont à la fois les arbitres et les opérateurs économiques, quand les contre-pouvoirs sont muselés, quand la transparence est bafouée et quand la colère populaire est systématiquement détournée vers des sujets futiles ?

Le Maroc, dit l’auteur, n’a pas besoin de débats byzantins ni de polémiques stériles. Il a besoin de vérité sur le coût de la vie, de justice sociale, de perspectives pour sa jeunesse. Et surtout, d’une réelle séparation entre les intérêts privés et la chose publique.

Tant que ces questions resteront taboues, les « débris du torrent » continueront d’obscurcir l’horizon. Et le peuple, lui, paiera la facture.

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