Le représentant permanent du Maroc à l’ONU vient de déclarer que l’Algérie n’existait pas avant 1962 et qu’à ce titre elle ‘’ne comprenait pas le sens de l’intégrité territoriale ‘’. Cette même personne avait choisi une tribune au sein de cette même instance quelques années plus tôt, en juillet 2021, pour appeler à la sécession de la Kabylie ce qui avait fortement pesé dans la décision prise par l’Algérie un mois plus tard, de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc.
Si nous devions interroger l’histoire, la Numidie avait déjà et bien avant l’Empire ottoman, la France et le Maroc réunis, tous les attributs d’un Etat, un territoire, une population et un gouvernement de princes – Aguelid qui défiaient déjà Rome et Carthage et leur expansionnisme velléitaire pour donner justement un premier sens à l’intégrité territoriale. Ella fait partie ainsi des marqueurs identitaires de notre doctrine nationale en matière de diplomatie et de défense nationale.
Il y a plus d’une semaine, Tahar Benjelloun, l’écrivain le plus décoré au Maroc déclarait que l’Algérie était à l’origine de la marche bleue de Ceuta, et jurait que les algériens constituaient la majorité des 72 000 personnes passées à l’Ouest en moins de dix heures tout en restant muet sur les 140 morts recensés. Il a été démenti par la réalité des faits qu’il connaissait bien d’ailleurs mais il persiste dans le seul objectif de nuire à Algérie, de l’associer à la misère et à la violence de la tragédie de Ceuta et de la présenter comme la plus grosse menace pour la paix et la stabilité de l’Europe dans la région.
A l’évidence Benjelloun, agent d’influence et de propagande peut tout légitimement servir son pays sans être frontalement belliqueux avec l’Algérie dans la recherche de ressources destinées à atténuer l’effet négatif de l’invasion de Ceuta sur le Maroc qui vit de son image. Les migrants ont été déshumanisés et servent aujourd’hui de variable d’ajustement diplomatique tout près de nos frontières exposées à toute forme d’agression notamment celle des stupéfiants.
Enfin, Il y a un moins d’un mois, Moncef El Merzougui élu Président en Tunisie en 2011 par une Assemblée nationale constituante, appelait encore une fois, les algériens à un nouveau Hirak et s’indignait de l’excellence de nos relations avec la Tunisie, son pays d’adoption auquel il a fait perdre une opportunité historique de transition après la chute de Ben Ali.
Il avait choisi de mettre l’énergie et les moyens de la Tunisie dans des missions diplomatiques commandées par Paris et Rabat qui dépassaient sa stature et avait rompu avec la neutralité positive qui avait marqué depuis 1975 la position tunisienne sur la question du Sahara occidental. En 2014, il s’était distingué avec nous par une audace peu commune dans nos relations et un activisme débordant pour organiser un sommet de l ‘UMA à Tunis avec un point unique à l’ordre du jour sous la forme d’un marché qui proposait ‘’ d’entériner le plan marocain d’autonomie en contrepartie d’un accès sur l’atlantique pour l’Algérie ‘’.
Ces trois déclarations en moins d’un mois sont marquées par une simultanéité différée, une hostilité affichée à l’égard l’Algérie et surtout l’unicité de la source. Le Makhzen s’emploie à un exercice de duplicité dans lequel il excelle et auquel les diplomates algériens sont accoutumés. En effet, il envoie des signaux d’apaisement et affiche une volonté de normalisation à travers les messages transmis à l’Algérie par le biais de la France, des USA et de l’Arabie saoudite mais il anime parallèlement ses institutions et convoque ses relais informels dans la stratégie de mise sous tension permanente de l’Algérie inaugurée par le Roi Hassan II dès l’indépendance de l’Algérie avec l’agression armée de 1963.
Il est aisé d’observer que le discours ne s’accommode même plus des formes de réserve diplomatique les plus élémentaires. Il tire son audace du soutien des groupes de lobbying les plus extrémistes aux Usa aussi bien chez les républicains que les démocrates déjà prédisposés à nous faire payer notre position sur la Palestine et à nous faire céder sur notre engagement en faveur de l’autodétermination au Sahara Occidental. Il s’agit aussi de diaboliser l’Algérie pour l’affaiblir en la présentant comme un pays hostile aux intérêts de l’Occident pour tirer les dividendes de l’exclusivité de la représentation de ses intérêts dans la région en s’inspirant du modèle israélien.
L’Algérie ne lui dispute pas ce statut, ne cherche pas à le faire mais ne peut pas servir de marche pied à la transformation de notre région en une zone de confrontation entre les grandes puissances et un espace qui appelle à la multiplication des acteurs de toute nature.
C’est la géographie qui commande la stratégie pas l’inverse. Ainsi à nos frontières, classées 15 -ème au niveau mondial en termes de longueur, la géopolitique a pris des formes de plus en plus complexes avec le recul des idéologies et paradoxalement la montée des extrémismes, les alliances sont devenues flexibles, non exclusives et non permanentes et le multi-alignement s’impose de plus en plus comme la règle dans les relations entre les Etats.
(Ce texte est une traduction de la tribune parue dans le quotidien El Khabar du 18/08 )
#algérie #maroc #tunisie #ceuta #Espagne #Rahabi
Soyez le premier à commenter