Les territoires espagnols souverains en Afrique du Nord — l’îlot de Leïla/Perejil, le rocher de Vélez de la Gomera, le rocher d’Alhucemas et les îles Chafarinas — sont plus importants qu’on ne le pense. Ils sont sous le microscope. Quelle est l’importance de ces territoires pour l’Espagne ? Le Maroc souhaite-t-il les annexer ? Et pourquoi ?
Ces enclaves et ces petites îles, auxquelles s’ajoutent les deux villes autonomes de Ceuta et Melilla, font partie du territoire espagnol.
Quelle importance ces territoires revêtent-ils pour l’Espagne ?
Leur position géographique en mer d’Alboran et leur proximité avec le détroit de Gibraltar confèrent à l’Espagne une position stratégique privilégiée.
Ces territoires permettent notamment de surveiller le trafic maritime commercial ainsi que les flux migratoires sur l’une des routes maritimes les plus fréquentées au monde.
Ils abritent également de petits détachements militaires permanents et servent de points avancés d’alerte précoce dans les domaines de la défense, de la lutte contre le terrorisme international et de la lutte contre le trafic de stupéfiants.
L’Espagne affirme que ces possessions font partie de l’État espagnol depuis plusieurs siècles. À titre d’exemple, son contrôle du rocher de Vélez de la Gomera remonte à 1564, tandis que celui du rocher d’Alhucemas date de 1673, soit bien avant la création du Royaume du Maroc sous sa forme actuelle en 1956.
Madrid considère donc ces territoires comme des territoires nationaux espagnols et non comme des colonies.
Par ailleurs, des espaces tels que les îles Chafarinas constituent de véritables refuges biologiques et des réserves naturelles protégées présentant une importante valeur environnementale.
Le Maroc veut-il les annexer ?
Oui. Le Maroc revendique historiquement et de manière récurrente la souveraineté sur l’ensemble des possessions espagnoles en Afrique du Nord.
Le gouvernement marocain qualifie officiellement ces territoires de « territoires occupés ». Les autorités de Rabat profitent également régulièrement des forums diplomatiques ou des périodes de tension bilatérale pour renouveler leurs revendications territoriales.
L’administration marocaine inclut même Ceuta, Melilla et les petites îles espagnoles dans ses cartes nationales officielles.
Pourquoi le Maroc les revendique-t-il ?
L’intérêt du Maroc pour ces territoires repose sur plusieurs facteurs politiques et économiques.
Dans la conception politique marocaine, la présence d’enclaves européennes sur le littoral du continent africain est considérée comme une anomalie géographique et historique.
Leur intégration au Maroc constitue une question nationale d’importance pour le courant nationaliste marocain et pourrait contribuer à mobiliser l’opinion publique autour de la monarchie alaouite.
Le contrôle direct de ces îles et rochers donnerait également au Maroc, selon l’argumentaire développé dans ce texte, des droits sur les ressources naturelles et les ressources halieutiques des eaux qui les entourent.
Si ces territoires, ainsi que Ceuta et Melilla, étaient intégrés au Maroc, le royaume contrôlerait presque entièrement la rive sud de l’entrée occidentale de la Méditerranée.
Une telle évolution renforcerait considérablement son poids et son influence géopolitiques face à l’Union européenne.
Source : Nestor Siurana
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