À la une de Paris Match, Emmanuel Macron en jet-ski à Brégançon et le couple Raphaël Glucksmann-Léa Salamé en vacances en Corse relancent un débat récurrent sur la communication politique. Derrière ces images présentées comme des « paparazzades », plusieurs responsables politiques et éditorialistes dénoncent une mise en scène jugée anachronique, alors que la France traverse un été marqué par les incendies, la sécheresse et les inquiétudes sociales.
La couverture de Paris Match n’est pas passée inaperçue dans le monde politique. En mettant simultanément en scène Emmanuel Macron, photographié sur un scooter des mers à Brégançon, et le couple formé par Raphaël Glucksmann et Léa Salamé, l’hebdomadaire ravive une vieille tradition de la communication politique : montrer les dirigeants dans leur intimité supposée pour façonner une image publique.
Mais cette fois, le procédé suscite une vive polémique.
La photographie du président de la République, sous le titre « Dernier été aux commandes », montre Emmanuel Macron sur un jet-ski, lunettes de soleil sur le visage, regard tourné vers l’objectif. Le cliché, dont le caractère manifestement autorisé alimente les interrogations sur la frontière entre photographie de presse et communication présidentielle, rappelle les images diffusées lors de précédents étés présidentiels à Brégançon.
Le problème, pour les détracteurs du chef de l’État, tient surtout au contexte.
La France traverse un été particulièrement difficile, marqué par les fortes chaleurs, la sécheresse et les incendies. C’est précisément cette contradiction entre l’image de détente présidentielle et les préoccupations d’une partie de la population qui a provoqué les réactions les plus virulentes.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a ainsi ironisé sur X : « Pendant la canicule, quand la France brûle, quand une partie des Français n’a pas pu partir en vacances, le président s’amuse en jet ski à Brégançon. C’est ça le message ? C’est très réussi. »
Même critique du côté communiste. Invité sur Europe 1, le sénateur PCF Pierre Ouzoulias a dénoncé une communication qu’il juge totalement décalée par rapport à la situation du pays.
« C’est la politique comme je ne l’aime pas », a-t-il déclaré, estimant que le président aurait envoyé un tout autre signal en se montrant aux côtés des pompiers mobilisés contre les incendies. Il a également qualifié d’« indécente » cette représentation des vacances présidentielles.
Dans les pages intérieures de Paris Match, le récit prolonge cette image d’un président sportif et détendu : boxe, course à pied, surf foil et grasses matinées sont évoqués pour décrire le quotidien estival d’Emmanuel Macron à Brégançon.
Glucksmann et Salamé, autre couple, même mise en scène
La couverture réserve également une place au couple Raphaël Glucksmann-Léa Salamé. Une photographie les montre s’embrassant dans les eaux d’une plage corse, dans une mise en scène présentée elle aussi comme une image volée.
Le traitement éditorial annonce un autre récit : « L’heure des grandes décisions », consacré au couple et à ses vacances sur l’île de Beauté.
Cette proximité entre politique, célébrité et presse people provoque un malaise jusque dans les milieux médiatiques. Car Raphaël Glucksmann n’est pas seulement une personnalité publique : il est également une figure politique susceptible de jouer un rôle important dans la prochaine séquence présidentielle. Léa Salamé, de son côté, demeure l’une des figures les plus exposées du paysage audiovisuel français.
La publication de ces images pose donc une question plus large : où s’arrête la communication personnelle et où commence la communication politique ?
« On en a marre », le coup de colère de Libération
Dans Libération, le journaliste Lilian Alemagna s’est montré particulièrement sévère face à cette tendance à la personnalisation et à la spectacularisation de la vie politique.
Son reproche dépasse largement la seule couverture de Paris Match. Il vise une classe politique qui dénonce régulièrement l’obsession des médias pour « la forme » au détriment du « fond », tout en participant elle-même à des opérations de communication dans la presse people.
Le journaliste pointe notamment l’image d’un président pratiquant le jet-ski alors que le pays est confronté à la sécheresse, aux incendies et aux conséquences du changement climatique.
Cette contradiction est d’autant plus frappante que la fin du quinquennat approche. À mesure qu’Emmanuel Macron se rapproche de la sortie de l’Élysée, chacune de ses apparitions publiques peut être interprétée comme un élément de bilan ou comme la construction d’une image post-présidentielle.
Une vieille recette qui ne fonctionne plus ?
La polémique dépasse finalement la seule question du jet-ski ou des vacances corses.
Elle interroge une forme de politique médiatique héritée d’une époque où les images d’un président sportif, bronzé ou amoureux pouvaient contribuer à humaniser le pouvoir. Aujourd’hui, cette communication paraît davantage susceptible de provoquer l’effet inverse : elle peut être perçue comme une démonstration de distance avec les préoccupations quotidiennes.
C’est précisément cette évolution que dénonce l’éditorialiste Edwy Plenel, qui inscrit l’épisode dans une critique plus générale du rapport entre pouvoir politique et médias.
Selon lui, le « journalisme de cour » ne serait que le reflet d’une dégradation plus profonde de la vie politique française. À ses yeux, le problème ne concerne donc pas seulement Emmanuel Macron, mais également la manière dont la presse participe à transformer les responsables politiques en personnages médiatiques.
L’ancien président, le président en exercice, le candidat potentiel et la journaliste vedette finissent ainsi par se retrouver dans le même univers médiatique, celui où la politique se raconte aussi à travers les vacances, les couples, les loisirs et les images soigneusement choisies.
Le retour du politique contre le spectacle
La polémique autour de Paris Match révèle ainsi une contradiction devenue centrale dans la communication contemporaine : les responsables politiques veulent contrôler leur image tout en donnant l’impression de ne pas la contrôler.
Les « paparazzades » autorisées permettent précisément cette ambiguïté. Elles donnent au public l’illusion d’un accès spontané à l’intimité d’une personnalité, tout en offrant aux intéressés la possibilité de choisir le moment, le lieu et l’image diffusée.
À l’heure des réseaux sociaux, cette mécanique semble toutefois de plus en plus transparente.
La controverse actuelle ne porte donc pas seulement sur les vacances d’Emmanuel Macron ou sur les photographies de Raphaël Glucksmann et Léa Salamé. Elle traduit une lassitude plus profonde devant une politique qui, selon ses détracteurs, continue de privilégier l’image au moment même où les Français attendent des réponses sur le climat, le pouvoir d’achat, les services publics et l’avenir du pays.
Derrière les unes de Paris Match, c’est finalement la question du rapport entre pouvoir, médias et spectacle qui ressurgit. Et avec elle une interrogation simple : à l’approche de la prochaine présidentielle, les Français veulent-ils encore voir leurs dirigeants comme des célébrités ou attendent-ils désormais qu’ils redeviennent, avant tout, des responsables politiques ?
Avec Jean-Marc Morandini
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