L’arrivée massive de migrants à Ceuta a relancé un débat que l’Espagne et l’Union européenne semblent réticentes à trancher publiquement : celui du rôle joué par le Maroc dans le déclenchement de la crise. C’est la thèse défendue par le site No te olvides del Sahara Occidental, qui pointe une contradiction entre le langage employé par les autorités espagnoles et européennes — « atteinte à l’intégrité territoriale », « menace hybride » — et leur réticence à nommer directement Rabat comme responsable.
Une frontière habituellement verrouillée
L’argument central de cette analyse repose sur un constat simple : la zone frontalière autour de Ceuta figure parmi les plus surveillées du royaume chérifien. Pour les auteurs du texte, il est donc difficile de croire à un mouvement purement spontané, d’autant que les autorités marocaines ont démontré, une fois les renforts déployés, leur capacité à reprendre rapidement le contrôle de la situation. Rabat, de son côté, dément toute forme de relâchement volontaire ou de pression calculée.
Le site rappelle un précédent : en 2021 déjà, la frontière avait été mobilisée par le Maroc lors d’une crise diplomatique liée à l’accueil en Espagne du chef du Front Polisario, Brahim Ghali. L’épisode s’était soldé, l’année suivante, par un changement de position du gouvernement de Pedro Sánchez, désormais favorable au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.
Le Sahara occidental en toile de fond
Selon cette analyse, plusieurs facteurs alimenteraient aujourd’hui l’irritation de Rabat : le réchauffement des relations entre Madrid et Alger, ainsi que le débat espagnol autour de la nationalité des personnes originaires du Sahara occidental. À cela s’ajouterait, plus largement, l’intérêt propre que représenteraient Ceuta et Melilla dans les revendications territoriales marocaines — un point que le texte relie à un rapport d’une commission de la Chambre des représentants américaine évoquant le statut futur de ces deux villes sous administration espagnole.
L’article mentionne également l’alliance grandissante entre Rabat, Washington et Tel-Aviv, tous deux ayant reconnu la souveraineté marocaine revendiquée sur le Sahara occidental. Il cite à ce titre l’ancien directeur de Human Rights Watch, Kenneth Roth, qui aurait souligné l’intérêt stratégique que représenterait, pour Israël, un certain contrôle sur la zone de Ceuta et le détroit de Gibraltar. Le texte prend toutefois soin de préciser qu’aucun élément ne permet d’établir un pilotage direct de Washington ou de Tel-Aviv dans cette crise.
Un silence qui interroge
Le cœur de la démonstration porte sur l’attitude des dirigeants espagnols et européens. Pedro Sánchez a dénoncé une atteinte à l’intégrité territoriale du pays, tandis que la ministre de la Défense Margarita Robles a appelé à identifier qui aurait pu « consentir » à ces événements. À l’échelle européenne, le vocabulaire de l’« instrumentalisation de la migration » a été employé. Mais, selon les auteurs, ces déclarations évitent systématiquement de désigner nommément le Maroc.
Cette prudence s’expliquerait par la dépendance structurelle de l’Espagne et de l’UE envers Rabat pour la gestion de leur frontière méridionale : admettre que cette coopération peut être retournée en instrument de pression reviendrait à reconnaître une vulnérabilité stratégique. Pour Pedro Sánchez en particulier, ce serait aussi admettre que son revirement de 2022 sur le Sahara occidental n’a pas garanti la stabilité escomptée.
Avec No te olvides del Sáhara Occidental
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