Selon des sources de l’État-major de la Guardia Civil, les caméras de surveillance de la frontière ont permis de repérer en temps réel des membres du service d’information marocain au sein des vagues migratoires. Une manœuvre qui s’inscrirait dans une stratégie de « guerre hybride » et de pression diplomatique contre Madrid.
Une surveillance technologique au cœur du dispositif
C’est grâce à un système de vidéosurveillance de pointe déployé le long du périmètre frontalier que l’alerte a été donnée. Les analystes de la Guardia Civil ont identifié, dès les premières heures de la crise, plusieurs individus appartenant aux services de renseignements marocains, directement infiltrés parmi les groupes de migrants franchissant la frontière de l’enclave espagnole de Ceuta.
Selon les autorités espagnoles, ce phénomène n’a rien d’un événement isolé. La présence d’agents d’information infiltrés avait déjà été détectée lors de précédentes crises migratoires à Ceuta et Melilla.
Pour les services de renseignements espagnols, l’objectif de Rabat est clair :
-Superviser en direct les flux et l’entrée massive sur le territoire espagnol.
-Évaluer le dispositif de sécurité mis en place par les forces de l’ordre espagnoles.
-Analyser la capacité de réaction opérationnelle de Madrid sur le terrain.
« Une opération de cette nature relève de la guerre hybride. Elle ne peut avoir lieu sans l’implication directe des services marocains. C’est la procédure logique pour n’importe quel service de renseignement », analyse une source de l’État-major consultée par la presse espagnole.
Une orchestration sur le terrain et de lourdes pertes humaines
Sur le terrain, les témoignages et les séquences vidéo accumulés durant cette crise mettent en lumière le rôle actif ou la passivité bienveillante des forces de l’ordre marocaines. Des images montrent notamment des gendarmes marocains transportant des migrants dans des camions pour les rapprocher de la frontière. Plusieurs ressortissants ont également affirmé avoir été incités par les autorités locales à tenter la traversée.
La mobilisation côté marocain a été telle que de nombreux jeunes ont abandonné des emplois stables pour participer aux franchissements. L’ampleur du phénomène a provoqué un bilan humain et logistique dramatique :
| Indicateur | Chiffres rapportés |
| Entrées estimées (Ministère de l’Intérieur) | 50 000 personnes en deux jours |
| Entrées estimées (Présidence de Ceuta) | Jusqu’à 60 000 personnes |
| Décès constatés | Au moins 60 noyés en tentant la traversée à la nage |
Tensions diplomatiques : les raisons de la colère de Rabat
Au-delà de la gestion frontalière, les hauts commandements de la Guardia Civil s’accordent à dire que cette vague migratoires s’inscrit dans un contexte de vive tension diplomatique entre l’Espagne et le Maroc. Deux facteurs récents auraient mis le feu aux poudres :
-Un arrêt récent du Tribunal suprême espagnol sur les refoulements à la frontière, interprété par Rabat comme une fragilisation de la capacité de réponse juridique et opérationnelle des autorités espagnoles.
-La visite officielle du président du gouvernement, Pedro Sánchez, en Algérie, survenue une dizaine de jours plus tôt. Ce déplacement — le premier en quatre ans — a suscité une vive agacement à Rabat, alors même que l’Espagne avait récemment infléchi sa position en reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Le « robinet » de la pression migratoire
Pour les spécialistes de la lutte contre l’immigration clandestine au sein de la Guardia Civil, le Maroc utilise une fois de plus le levier migratoire comme un outil de test geopolitique.
« Ils ont le robinet de la pression migratoire entre leurs mains. Pour eux, cette opération est une manière de tâter le terrain et d’évaluer notre capacité de réaction », conclut un responsable de la Guardia Civil.
Avec El Español
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