La nouvelle enquête du consortium Forbidden Stories sur l’utilisation du logiciel espion Pegasus par le Maroc a mis en lumière un témoignage choc, celui d’un lanceur d’alerte nommé « Safir ». Ce dernier, un ancien agent de la DGST, a livré un récit détaillé des méthodes de surveillance du royaume. Mais une question brûle les milieux du renseignement et de la presse : derrière ce pseudonyme se cacherait en réalité Mehdi Hijaouy, ex-haut responsable de la DGED (le renseignement extérieur marocain), en cavale et activement recherché par Rabat. L’analyse des informations disponibles dresse un faisceau d’indices troublants, mais aussi de zones d’ombre.
Une Identité qui « colle parfaitement », selon diplomaticnews
L’hypothèse d’une identité unique est ouvertement formulée par diplomaticnews, qui souligne que le profil de « Safir » « colle parfaitement » avec celui de Mehdi Hijaouy. Selon le site, les similitudes sont frappantes : il s’agirait d’un ancien agent chevronné, présenté comme un « ex-haut responsable du renseignement marocain (DGED, avec coordination DGST) », formé par le Mossad, proche de cercles royaux et, surtout, détenteur de dossiers ultrasensibles sur le programme Pegasus [citation:0]. L’article de diplomaticnews va plus loin en le décrivant comme fuyant le Maroc avec des secrets « brûlants » après une rupture interne, un parcours qui correspond à celui de l’ex-numéro 2 présumé de la DGED, traqué par un mandat d’arrêt international [citation:0].
Le Parcours Contrasté de Mehdi Hijaouy
Les informations sur Mehdi Hijaouy sont, elles, profondément contradictoires, partagées entre un récit d’agent d’élite et celui d’un imposteur.
D’un côté, le profil d’un « haut responsable » : Certaines sources, comme Le Monde, le dépeignent comme un ancien haut responsable de la DGED, ayant servi de 1993 à 2014 . Sa fuite serait liée à des conflits internes et à des enjeux politiques, notamment son soutien public aux frères Azaitar, des champions de MMA en conflit avec l’État marocain . Ses avocats français dénoncent une « procédure strictement politique adossée à un coup monté judiciaire » pour le réduire au silence .
De l’autre, le portrait d’un « faux expert, vrai escroc » : Des médias marocains comme Hespress ou Maroc Diplomatique présentent une version radicalement différente . Mehdi Hijaouy y est décrit comme un « imposteur » sans diplôme universitaire reconnu, dont le passage à la DGED fut « bref et délictueux », s’étant soldé par un licenciement en 2010 pour faute professionnelle . Il serait un escroc ayant orchestré de vastes fraudes, extorquant des millions de dirhams à des hommes d’affaires en promettant des titres de séjour français, et serait impliqué dans des affaires de faux et d’escroquerie à l’assurance . Un mandat d’arrêt international a bien été émis par le Maroc en septembre 2024 pour ces motifs .
Analyse : Un Faisceau d’Indices, mais Pas de Preuve Formelle
L’identification de « Safir » comme étant Mehdi Hijaouy repose sur plusieurs indices convergents, mais aucun élément définitif ne permet de la confirmer.
- Le statut d’initié : Les deux figures partagent une connaissance intime des rouages du renseignement marocain. Le témoignage de « Safir » sur l’utilisation de Pegasus, les méthodes d’infection de téléphones ou les relations avec les Émirats arabes unis fait écho à ce que pourrait révéler un cadre supérieur .
- La cavale : Hijaouy est en fuite et recherché activement, ce qui correspond à la situation vulnérable de « Safir », qui témoigne sous pseudonyme par crainte pour sa vie [citation:0].
- Le mobile : Un ancien agent limogé et en conflit avec sa hiérarchie est le profil type d’un lanceur d’alerte. La défense d’Hijaouy, qui clame être victime d’une machination politique, rejoint la nécessité de « Safir » de dénoncer un système .
Cependant, plusieurs éléments fragilisent cette hypothèse. La différence de carrière est majeure : « Safir » est présenté comme un ex-agent de la DGST (renseignement intérieur), tandis qu’Hijaouy est un ancien de la DGED (renseignement extérieur). S’ils ont pu collaborer, l’identification est moins directe. De plus, les médias marocains proches du pouvoir insistent sur le fait qu’Hijaouy n’a jamais été un « numéro 2 » influent, mais un employé civil marginal, ce qui contredit son rôle central présumé dans un scandale d’État .
Conclusion : Un Mystère qui Alimente la Tourmente
L’équation « Safir = Hijaouy » reste pour l’instant une hypothèse séduisante mais non vérifiée, soigneusement entretenue par diplomaticnews qui la présente comme une évidence. Que le lanceur d’alerte soit Mehdi Hijaouy ou un autre agent, son témoignage n’en est pas moins dévastateur pour le Maroc. Il expose un système d’espionnage d’État et met une pression considérable sur les autorités marocaines, qui persistent à nier toute utilisation de Pegasus, malgré l’accumulation de preuves techniques et de témoignages . La cavale de cet ex-agent, quel que soit son nom, restera au cœur des tensions diplomatiques entre Rabat et ses partenaires européens, la France en tête.
#Maroc #logiciel_espion #Pegasus #DGED #DGST #Mehdi_Hijaouy #services_secrets_marocains
Soyez le premier à commenter