Algérie : « La neutralité de la France n’est pas une neutralité active en faveur de la paix, mais elle est active dans l’autre sens » (Bouteflika, 1978)

Le 1er mai 1977, Zouerate est attaquée par le Front Polisario qui tue deux techniciens français et en enlève six autres. Entre novembre 1977 et mai 1978, l’aviation française effectue des raids contre des camps sahraouis en Mauritanie – c’est l’opération Lamentin. Le 7 novembre 1977, l’Algérie réagit en organisant une très grande manifestation contre une « éventuelle intervention militaire française ».

Selon Stephan Zunes et Jacob Mundy, ce fut « la plus grande manifestation anti-française depuis la guerre de libération[5] ». Cette position algérienne déplaît fortement à Valéry Giscard d’Estaing qui, le 9 février 1978, demande la révision des accords d’Évian pour les remplacer par « un nouveau cadre juridique plus adapté à la situation actuelle ». Il évoque « l’importance de la population algérienne en France » et entend mettre en place une politique fondée sur le retour volontaire de quelque 500 000 Algériens, à raison de 100 000 par an. Une fois de plus, la mobilité des Algériens est remise en cause à l’occasion de tensions entre Paris et Alger. Mais l’appui de la France au camp marocain et mauritanien[6] dans le conflit du Sahara occidental devait faire naître une relation triangulaire entre Paris, Alger et Rabat qui pèsera lourdement sur les relations qu’entretient la France avec les deux grands pays du Maghreb.

Le 12 juillet 1978, le président Giscard d’Estaing accueille Abdelaziz Bouteflika, chef de la diplomatie algérienne à l’époque. L’entretien a été qualifié par le président français de « franc et cordial ». Sur le perron de l’Elysée, Bouteflika a commenté les relations franco-algériennes: « La tension entre la France et l’Algérie n’est pas normale, les rapports sont caractérisés par des tensions dues à des facteurs tels que la balance commerciale défavorable à l’Algérie », a-t-il dit, soulignant que « la neutralité de la France n’est pas une neutralité active en faveur de la paix, mais elle est active dans l’autre sens ».

« Je crois que la décrispation se fera lentement, il n’y a pas divorce mais expression de divergences entre les deux pays…nous sommes un pays du tiers monde avec tous les problèmes des pays du tiers monde… La France est un pays occidental… Chacun à son passé », a précisé le responsable algérien. « Nous sommes en train de nous rapprocher… Le dialogue est sérieux », a-t-il conclu.

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