Sénégal-Maroc : la présidentielle de 2012 rattrapée par une fuite de courriers attribués à la DGED.

Un document présenté comme un courrier confidentiel émanant des archives de la DGED, les services de renseignement extérieur marocains, refait surface et relance la polémique sur une possible ingérence de Rabat dans la vie politique sénégalaise. Le texte, daté du lendemain du premier tour de la présidentielle du 26 février 2012, serait adressé par Moustapha Niasse, alors candidat et actuel président de l’Assemblée nationale, à un haut responsable des services marocains, Abdelmalek Alaoui.

Ce que contiendrait le message

Selon les extraits diffusés, l’auteur du courrier y commenterait les tendances du scrutin, se positionnant en troisième place derrière Abdoulaye Wade et Macky Sall, credités respectivement d’environ 30 % et 25 % des voix, contre 18 % pour lui-même. Il y soulignerait qu’aucun des deux favoris ne pourrait l’emporter au second tour sans l’appui de sa coalition, en excluant catégoriquement tout soutien au président sortant. Le texte évoquerait également les législatives à venir et confirmerait le choix de son auteur de ne pas briguer de siège de député, préférant se consacrer à des activités de conseil.

Une source à manier avec prudence

Ce type de document circule depuis plusieurs années dans le sillage des révélations attribuées à un pirate informatique se présentant sous le pseudonyme « Chris Coleman », qui avait diffusé un volumineux corpus de correspondances internes prêtées aux services marocains. Ces fuites, reprises par plusieurs sites proches de causes hostiles à Rabat — notamment sur le dossier du Sahara occidental — n’ont jamais été authentifiées de manière indépendante ni confirmées officiellement par les autorités marocaines ou sénégalaises. Ni Moustapha Niasse ni les services marocains n’ont, à ce jour, reconnu publiquement l’authenticité de ce courrier précis.

Un émoi certain dans la presse sénégalaise

Vraie ou fabriquée, la publication a suscité une vive réaction dans les médias dakarois. De nombreux commentateurs y ont vu l’illustration d’une proximité jugée problématique entre certains cadres de l’establishment politique sénégalais et le pouvoir marocain, s’interrogeant sur une possible immixtion de Rabat dans le processus électoral de 2012. D’autres observateurs appellent à la prudence, rappelant l’ancienneté du document, le flou entourant sa provenance, et le risque d’instrumentalisation politique de ce type de fuite, souvent utilisée dans des joutes d’influence régionales liées au dossier saharien.

Le contexte politique de l’époque

Il convient de rappeler que Moustapha Niasse, chef de file de la coalition Benno Siggil Sénégaal en 2012, avait effectivement obtenu la troisième place du premier tour avant de rallier Macky Sall pour le second tour face à Abdoulaye Wade. Il a ensuite été nommé président de l’Assemblée nationale, poste qu’il a occupé jusqu’en 2022. Les relations entre Dakar et Rabat, historiquement présentées comme amicales et fondées sur une coopération de longue date, ont depuis continué de se développer sur les plans économique et diplomatique.

Ce qu’il faut retenir

À ce stade, ces allégations reposent sur un document dont l’authenticité n’a pu être vérifiée de façon indépendante. Aucune réaction officielle n’a été rapportée de la part des principaux intéressés. L’affaire illustre néanmoins la sensibilité persistante, au Sénégal comme ailleurs sur le continent, des soupçons d’ingérence étrangère dans les processus électoraux nationaux.

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