La coopération entre la Garde civile espagnole et la DGST, le service de renseignement intérieur marocain, cachait une face sombre : tandis que les agents espagnols formaient leurs homologues marocains aux techniques de surveillance et d’espionnage, ces derniers interceptaient leurs communications à l’insu de l’institution espagnole, selon une enquête du consortium international dirigé par Forbidden Stories, à laquelle participe El Confidencial.
Une alliance construite depuis 2014
Selon le rapport, la relation entre les deux corps remonte à 2014, lorsque la Garde civile a commencé à resserrer ses liens avec la DGST, dirigée par Abdellatif Hammouchi — un terrain jusqu’alors dominé principalement par le CNI (le renseignement extérieur espagnol) et la Police nationale. Au fil des années, des techniciens du Groupe d’appui opérationnel (GAO) se sont rendus au Maroc pour former les agents marocains aux méthodes de surveillance, précise la même source. Cette collaboration se serait consolidée à travers des visites mutuelles, des opérations conjointes antiterroristes, et même, selon le rapport, un groupe WhatsApp partagé entre les deux services.
L’espionnage pendant les formations
Selon le témoignage d’un ancien agent de la DGST cité dans l’enquête, les services marocains accédaient systématiquement aux appareils des gardes civils déployés au Maroc, en s’appuyant, semble-t-il, sur le contrôle de l’infrastructure de Maroc Telecom pour identifier les téléphones et accéder à leurs communications. Selon cette source, tandis que la Police nationale prenait des précautions — comme l’utilisation d’un second téléphone dépourvu d’informations sensibles —, les agents du GAO n’appliquaient pas de mesures équivalentes, confiants dans la relation de coopération existante.
Cible : opposants et journalistes
L’enquête suggère, selon l’ancien agent marocain consulté, que les techniques transmises par la Garde civile auraient ensuite été utilisées contre des journalistes, des défenseurs des droits humains et d’autres voix critiques envers le régime marocain. Parmi les noms mentionnés dans le rapport figure celui du journaliste Omar Radi, dont l’affaire — selon des organisations de défense des droits humains citées dans l’article — a été marquée par une procédure judiciaire contestée sur le plan international.
Le cas du colonel Aguilera
Selon les données du consortium de médias, le colonel Alberto Aguilera, qui a occupé le poste d’attaché de l’Intérieur à l’ambassade d’Espagne à Rabat entre 2012 et 2017, aurait figuré à plusieurs reprises parmi les cibles de tentatives d’infection par le logiciel Pegasus à partir de 2019 — alors qu’il exerçait déjà les fonctions de chef de l’Information de la Garde civile en Catalogne.
La toile de fond : Sánchez, Ceuta et Pegasus
Le rapport situe ces événements dans le contexte de la crise diplomatique de 2021 entre l’Espagne et le Maroc, lorsque, selon l’instruction judiciaire, le téléphone de l’alors président du gouvernement Pedro Sánchez aurait subi des tentatives d’infection coïncidant avec l’ouverture de la frontière de Ceuta. Selon des sources du renseignement citées dans l’enquête, des épisodes similaires de surveillance non autorisée auraient également touché la directrice du CNI et la fille d’un haut responsable de la Police nationale.
Aucune réponse officielle
Selon le consortium journalistique, ni la Moncloa (le gouvernement espagnol), ni les ministères espagnols de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères, ni les autorités marocaines, ni l’entreprise israélienne NSO Group n’ont répondu aux questions transmises avant la clôture de l’enquête.
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