Maroc : Un barbouze du Makhzen révèle l’utilisation généralisée du logiciel de piratage Pegasus

Une récente enquête publiée par The Guardian, menée en collaboration avec un consortium international de médias, affirme que les services de renseignement marocains auraient exploité le logiciel espion Pegasus pendant plusieurs années afin de surveiller un large éventail de cibles nationales et internationales. Selon The Guardian, cette enquête repose sur le témoignage d’anciens agents des services de renseignement, des documents divulgués, des analyses techniques ainsi que sur l’expertise du Security Lab d’Amnesty International.

Selon The Guardian, un ancien membre de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST), identifié sous le pseudonyme de « Safir », affirme que les autorités marocaines auraient commencé à utiliser Pegasus en 2017, après avoir assisté à des démonstrations détaillées de cette technologie réalisées par des représentants de l’entreprise israélienne NSO Group. L’ancien agent soutient que le logiciel aurait ensuite été utilisé pour cibler des journalistes, des défenseurs des droits humains, des responsables politiques, des diplomates ainsi que des membres des forces de sécurité.

Développé par la société israélienne NSO Group, Pegasus permettrait de prendre le contrôle à distance d’un téléphone mobile, en accédant notamment aux courriels, messages, photographies, au microphone et à la caméra de l’appareil. Selon The Guardian, NSO Group affirme commercialiser exclusivement ce logiciel auprès des gouvernements dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. Toutefois, ce logiciel a été à plusieurs reprises associé à des accusations d’espionnage visant des journalistes, des militants et des opposants politiques dans plusieurs pays.

L’enquête affirme également que ces activités de surveillance se seraient étendues au-delà des frontières marocaines. Selon The Guardian, des données issues des fichiers Pegasus montrent que plus de 200 numéros de téléphone espagnols auraient été sélectionnés comme cibles potentielles. Le journal rappelle également que le gouvernement espagnol avait confirmé que les téléphones du Premier ministre Pedro Sánchez et de la ministre de la Défense Margarita Robles avaient été infectés par Pegasus en 2021, dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre Madrid et Rabat.

Selon The Guardian, les éléments examinés par le consortium d’enquête suggèrent qu’un compte opérateur associé au système Pegasus utilisé par le Maroc aurait également servi à cibler plusieurs hauts responsables politiques espagnols. Le journal indique par ailleurs que d’autres membres du gouvernement espagnol, dont le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska et le ministre de l’Agriculture Luis Planas, auraient également été concernés.

L’enquête évoque également une surveillance présumée de membres de la Guardia Civil espagnole participant à des programmes de coopération antiterroriste avec le Maroc. Selon The Guardian, des documents confidentiels, les témoignages d’anciens agents marocains et des informations provenant de responsables espagnols de la sécurité indiqueraient que les services marocains auraient cherché à accéder aux communications d’officiers impliqués dans cette coopération bilatérale.

D’après The Guardian, d’anciens responsables de la DGST ont affirmé que Pegasus était réservé aux cibles jugées prioritaires en raison de son coût élevé et de ses capacités techniques. L’un de ces anciens agents aurait qualifié le logiciel de « l’arme du monstre », laissant entendre qu’il n’était utilisé qu’après l’échec de méthodes de surveillance moins sophistiquées.

L’enquête s’intéresse également aux conditions d’acquisition de Pegasus. Selon The Guardian, le lanceur d’alerte affirme que le logiciel aurait été fourni au Maroc par les Émirats arabes unis. Le journal précise toutefois qu’aucune confirmation indépendante n’a permis d’établir cette affirmation.

Selon The Guardian, l’enquête n’a identifié aucune preuve démontrant une utilisation de Pegasus au Maroc après la fin de l’année 2021. Le quotidien indique également que NSO Group, le gouvernement marocain, les autorités des Émirats arabes unis ainsi que les autres organisations citées dans l’enquête ont été sollicitées afin de présenter leurs observations.

Le Maroc a toujours nié avoir utilisé Pegasus pour surveiller ses détracteurs ou des responsables étrangers. Selon The Guardian, les autorités marocaines ont constamment rejeté les accusations les reliant à ce logiciel espion, estimant qu’aucune preuve n’établissait un lien entre le Royaume et NSO Group.

Cette enquête s’inscrit dans le cadre du Pegasus Project, une vaste investigation internationale réunissant quatorze organisations de presse et plusieurs experts techniques afin d’examiner l’utilisation mondiale des logiciels espions commerciaux par différents États.

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