Netanyahu et le roi du Maroc partagent l’espoir de voir l’accord Iran-USA échouer

Le rapprochement annoncé entre Washington et Téhéran après plusieurs mois de confrontation militaire et diplomatique pourrait rebattre les cartes au Moyen-Orient et avoir des répercussions au-delà de la région. Parmi les acteurs susceptibles de revoir leurs calculs figure le Maroc, dont la stratégie régionale récente s’est largement construite autour d’un rapprochement avec les États-Unis et d’une hostilité affirmée envers l’Iran.

Selon plusieurs observateurs critiques de la politique étrangère marocaine, la rupture des relations diplomatiques entre Rabat et Téhéran en 2018 aurait été étroitement liée au contexte international créé par la décision de l’administration de Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 sous la présidence de Barack Obama avec les puissances occidentales.

À cette période, le Maroc avait justifié cette rupture par des accusations de soutien iranien au Front Polisario à travers le Hezbollah libanais, une thèse que certains responsables américains ont par la suite contestée. John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump et pourtant connu pour ses positions très hostiles à l’égard de Téhéran, avait notamment déclaré ne pas avoir constaté de présence iranienne ou d’activités liées à l’Iran au Sahara Occidental.

Pour les critiques de Rabat, cette séquence démontrerait que l’hostilité marocaine envers l’Iran relevait davantage d’un calcul diplomatique que d’une opposition idéologique profonde. La rupture aurait ainsi constitué un repositionnement destiné à renforcer les relations avec Washington, dans un contexte où l’administration Trump adoptait une ligne particulièrement dure envers Téhéran.

Deux ans plus tard, le Maroc rejoignait le processus de normalisation avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham, bénéficiant alors du soutien américain sur la question du Sahara Occidental. Cette évolution avait été présentée par Rabat comme une avancée diplomatique majeure.

Mais le changement de position de Washington sur le dossier iranien pourrait aujourd’hui fragiliser cette stratégie, estiment certains analystes. Un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran serait interprété par ses détracteurs comme un déplacement des priorités américaines, laissant certains alliés régionaux face aux conséquences de choix effectués dans un contexte différent.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui avait fait de la confrontation avec Téhéran un axe central de sa politique régionale, serait également confronté à cette nouvelle donne. Le parallèle est fait par certains observateurs avec Rabat : les deux partenaires auraient misé sur une proximité privilégiée avec Donald Trump, en considérant que cette relation pouvait garantir un alignement durable de Washington.

Or, la diplomatie américaine fonctionne avant tout selon ses intérêts stratégiques du moment. Un changement de priorité à Washington peut rapidement modifier les équilibres établis, même avec des partenaires considérés comme proches.

Pour le Maroc, le dilemme serait désormais complexe. Un rapprochement avec l’Iran pourrait apparaître comme un changement de cap difficile à justifier après plusieurs années de confrontation diplomatique. À l’inverse, maintenir une ligne dure envers Téhéran dans un contexte de détente américano-iranienne pourrait réduire ses marges de manœuvre régionales.

Les partisans de cette analyse estiment que Rabat pourrait donc privilégier une posture d’attente, en observant l’évolution des relations entre Washington et Téhéran avant d’ajuster sa position.

Au-delà de la question iranienne, c’est surtout le dossier du Sahara Occidental qui se retrouve au centre des interrogations. La reconnaissance américaine de la position marocaine sur ce dossier, obtenue dans le contexte de la normalisation avec Israël, pourrait perdre une partie de sa valeur stratégique si les priorités américaines venaient à évoluer.

La principale leçon tirée par les critiques de la politique marocaine est que les alliances internationales restent soumises aux intérêts des États qui les concluent. Les accords diplomatiques, aussi importants soient-ils, dépendent souvent des circonstances qui les ont rendus possibles.

Pour Rabat comme pour d’autres capitales alliées de Washington, l’accord américano-iranien rappelle ainsi une réalité de la géopolitique : les partenariats ne sont jamais totalement figés et les rapports de force peuvent changer au gré des intérêts stratégiques.

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