Alors que la région bruxelloise est régulièrement secouée par des affaires de corruption et de clientélisme touchant la gestion de ses sociétés de logement social — notamment à Anderlecht et Saint-Josse-ten-Noode —, un retour en arrière sur la trajectoire des réseaux terroristes de Molenbeek (2015-2016) met en lumière les conséquences à long terme d’une gestion locale basée sur le paternalisme communautaire. Quand l’attribution des ressources publiques devient un outil de paix sociale ou d’électoralisme, c’est tout l’édifice républicain qui vacille.
1. Molenbeek et le « paradoxe de l’intégration » : des trajectoires familiales opposées
L’examen du profil des terroristes des attentats de Paris (novembre 2015) révèle une fracture béante entre la première génération d’immigrés et la dérive d’une partie de leur descendance. Les archives de l’époque décrivent des familles initialement perçues comme des modèles de réussite socio-économique :
-Omar Abaaoud, le père d’Abdelhamid (le coordinateur présumé des attaques), s’était hissé au rang de notable local discret. Propriétaire de deux commerces de vêtements, il exprimait une gratitude totale envers son pays d’accueil : « Ici, nous avons une belle vie […] Notre famille doit tout à la Belgique. »
-Son fils Abdelhamid, d’abord décrit comme un « petit con » opportuniste et un commerçant habile, a basculé en l’espace de deux ans dans le djihadisme le plus macabre en Syrie, allant jusqu’à embrigader son propre frère de 13 ans.
Cette rupture montre que la radicalisation violente n’a pas seulement trouvé ses racines dans la précarité économique absolue, mais dans une perte de repères identitaires et citoyens que les structures locales n’ont ni vu venir, ni su endiguer.
2. Le logement social comme instrument de complaisance électorale
Le cas de la famille Abdeslam est à cet égard hautement symbolique du dysfonctionnement des politiques locales. Logés dès 1998 dans un appartement social en plein centre-ville de Molenbeek, face à la Maison communale, les parents et leurs cinq enfants (dont Brahim, le kamikaze du boulevard Voltaire, et Salah) ont bénéficié d’une protection directe de l’autorité communale.
L’article du Monde souligne que ce logement leur avait été octroyé après que Brahim, alors adolescent, a mis le feu à la maison familiale. Au lieu d’une réponse pénale ou d’un suivi social strict, la municipalité a opté pour le relogement d’urgence. L’ancien bourgmestre socialiste Philippe Moureaux (en poste de 1992 à 2012) est aujourd’hui pointé du doigt pour avoir appliqué un « paternalisme communautaire ». En prenant sous son aile certaines familles pour s’assurer une paix sociale et une base électorale fidèle au sein de la communauté marocaine, les autorités locales ont fini par fermer les yeux sur les dérives comportementales et, à terme, sur la radicalisation idéologique de ces jeunes.
3. D’hier à aujourd’hui : le fil rouge du clientélisme bruxellois
Le parallèle avec les récents scandales de corruption et de clientélisme qui touchent les sociétés de logement social d’Anderlecht et de Saint-Josse-ten-Noode est frappant. Si les conséquences actuelles relèvent de la malversations financière ou du favoritisme politique, la mécanique de fond reste identique à celle qui a fragilisé Molenbeek :
-L’utilisation du parc immobilier public comme une monnaie d’échange ou un privilège octroyé par le politique en dehors des critères légaux d’urgence et de précarité.
-Tout comme l’ancien bourgmestre de Molenbeek a été accusé d’avoir sous-estimé la montée du radicalisme par complaisance électorale, les dérives dans d’autres communes bruxelloises montrent une administration locale qui s’auto-protège au détriment du contrôle démocratique.
Conclusion : Le coût de la faillite institutionnelle
La « bande de Molenbeek » s’est construite sur des liens de proximité immédiate : frères, cousins, voisins d’un même quartier ouvrier. En transformant le logement social et l’aide communale en outils de clientélisme plutôt qu’en leviers d’émancipation et de contrôle citoyen, les institutions ont créé des zones de non-droit psychologiques et physiques.
Les affaires récentes à Anderlecht et Saint-Josse démontrent que les leçons du passé n’ont pas toutes été tirées. Tant que le logement social à Bruxelles sera géré à travers le prisme du favoritisme politique ou communautaire, l’État abandonnera sa mission première : garantir l’égalité des chances et la sécurité de tous ses citoyens.
Avec Le Monde et l’Orient le Jour
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