Algérie : Selon Wikileaks, Bouteflika a demandé l’aide de Washington pour débloquer le dossier du Sahara occidental

Le câble indique enfin que Bouteflika continuait de défendre un processus permettant aux Sahraouis de décider eux-mêmes de leur avenir politique, même si une solution définitive devait être mise en œuvre progressivement. Il aurait réaffirmé le soutien de l'Algérie au « plan Baker », ancienne proposition des Nations unies prévoyant une période transitoire suivie d'un référendum.

Le défunt président algérien Abdelaziz Bouteflika a demandé aux États-Unis d’aider à sortir de l’impasse sur le Sahara occidental, estimant que le soutien de Washington au plan d’autonomie proposé par le Maroc constituait un revirement douloureux par rapport à son soutien traditionnel au principe de l’autodétermination, selon un câble diplomatique américain divulgué et publié par WikiLeaks.

Selon cette dépêche diplomatique confidentielle, cette requête a été formulée lors d’une visite d’adieu le 24 juin entre Bouteflika et l’ancien ambassadeur des États-Unis en Algérie, Robert S. Ford. Le document décrit un échange particulièrement franc au cours duquel le chef de l’État algérien a exprimé sa frustration face à ce qu’il considérait comme un changement de la politique américaine concernant le territoire disputé.

Le câble indique que Bouteflika a déclaré à l’ambassadeur que l’Algérie avait veillé à ce que ses divergences avec Washington sur le Sahara occidental ne nuisent pas aux relations bilatérales. Il aurait toutefois affirmé que le soutien des États-Unis et de la France à la position marocaine avait laissé l’Algérie « dos au mur ».

Selon le document divulgué, l’ambassadeur Ford a défendu l’approche de Washington, présentant l’autonomie comme la solution la plus pragmatique pour mettre fin à un conflit qui perdure depuis plusieurs décennies. Il aurait estimé qu’en l’absence d’une approche réaliste des négociations, l’impasse pourrait se prolonger encore trente ans, voire davantage.

La dépêche ajoute que Ford a soutenu qu’un régime d’autonomie crédible offrirait aux réfugiés sahraouis de meilleures perspectives que le maintien dans les camps de réfugiés. Selon le câble, il a précisé que les États-Unis ne demandaient pas au Front Polisario d’accepter le plan marocain, mais de négocier autour de l’autonomie tout en présentant sa propre proposition.

L’ambassadeur aurait cité l’exemple de la région autonome du Kurdistan irakien, où une large autonomie s’exerce dans le cadre d’un État unifié.

Bouteflika a toutefois rejeté toute idée d’un changement de position de l’Algérie sur le droit du peuple sahraoui à choisir son avenir. Selon le câble, il aurait qualifié cette question de principe, affirmant que les grandes puissances ne devraient pas pouvoir imposer leur volonté aux peuples plus faibles.

Le document rapporte également que Bouteflika a établi un parallèle avec l’indépendance du Timor oriental, faisant valoir que les États-Unis avaient soutenu ce processus et devraient, selon la même logique, défendre le droit des Sahraouis à l’autodétermination. Il aurait également souligné que le Front Polisario disposait d’une influence diplomatique significative sur le continent africain, un facteur que l’Algérie ne pouvait ignorer.

Selon la dépêche, Bouteflika a par ailleurs rejeté toute idée selon laquelle l’Algérie chercherait à déstabiliser le Maroc. Au contraire, il aurait affirmé que la stabilité du royaume était essentielle à celle de l’Algérie, tout en estimant que Rabat avait commis une erreur en liant la sécurité de la monarchie au dossier du Sahara occidental.

Le câble indique enfin que Bouteflika continuait de défendre un processus permettant aux Sahraouis de décider eux-mêmes de leur avenir politique, même si une solution définitive devait être mise en œuvre progressivement. Il aurait réaffirmé le soutien de l’Algérie au « plan Baker », ancienne proposition des Nations unies prévoyant une période transitoire suivie d’un référendum.

Selon le document, l’ambassadeur Ford a répondu que le plan Baker n’avait pas permis de faire progresser les négociations. Malgré cela, Bouteflika aurait renouvelé son appel à une implication accrue des États-Unis afin de sortir le processus de paix de l’impasse.

Dans son commentaire final, l’ambassadeur Ford estime que l’Algérie ne ferait probablement pas pression sur le Front Polisario pour qu’il négocie exclusivement sur la base du projet marocain d’autonomie. Il observe néanmoins que Bouteflika semblait réellement désireux de trouver une issue au blocage, tout en constatant qu’aucune des parties ne proposait alors d’approche véritablement novatrice.

Le conflit du Sahara occidental demeure l’un des plus anciens différends territoriaux d’Afrique du Nord. Le Maroc contrôle la majeure partie du territoire et défend un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine, tandis que le Front Polisario revendique l’organisation d’un référendum incluant l’option de l’indépendance. L’Algérie soutient politiquement et diplomatiquement le Front Polisario, tout en affirmant ne pas être partie au conflit.

Source : Selon le câble diplomatique américain confidentiel 08ALGIERS733, divulgué par WikiLeaks, qui rend compte d’un entretien entre l’ambassadeur des États-Unis en Algérie, Robert S. Ford, et le président Abdelaziz Bouteflika.

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