L’affaire Pegasus a placé sous les projecteurs Abdellatif El Hammouchi, directeur des principaux services de sécurité et de renseignement du Maroc. Considéré comme l’un des hommes les plus influents du royaume, il dirige à la fois la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), une concentration de responsabilités rarement observée dans l’histoire contemporaine du pays.
À la suite des révélations du consortium Forbidden Stories et de plusieurs médias internationaux sur l’utilisation présumée du logiciel espion Pegasus, le nom du Maroc est apparu parmi les États soupçonnés d’avoir ciblé de nombreuses personnalités, dont plusieurs responsables politiques français. Les autorités marocaines ont toujours rejeté ces accusations et contesté les conclusions des enquêtes publiées.
Un appareil sécuritaire puissant
Pour plusieurs observateurs du Maroc, Abdellatif El Hammouchi occupe une position exceptionnelle au sein de l’appareil d’État.
« Jamais dans l’histoire du Maroc un responsable de la sécurité n’a disposé d’un tel pouvoir. Hammouchi cumule les responsabilités dans la sécurité intérieure et le renseignement. Il est présent dans les services depuis près de trente ans, discret, efficace et incontournable », estime un diplomate français cité par Le Canard enchaîné.
Dans le contexte des révélations sur Pegasus, certains spécialistes n’ont pas exclu l’hypothèse que des responsables marocains aient pu autoriser une surveillance de personnalités étrangères, y compris françaises. Aucune preuve judiciaire définitive n’est toutefois venue établir la responsabilité directe d’Abdellatif El Hammouchi dans ces opérations.
Une logique de protection du régime
Selon le journaliste Ignacio Cembrero, spécialiste du Maghreb, la priorité des services de sécurité marocains demeure la protection de la monarchie.
Il estime que toute éventuelle opération de surveillance répondrait avant tout à une logique de préservation de la stabilité du régime, dans un contexte où les services accordent une attention particulière aux réseaux d’influence gravitant autour du palais royal.
Le journaliste Jean-Pierre Tuquoi souligne, pour sa part, que le parcours d’Abdellatif El Hammouchi diffère de celui de nombreux proches du roi Mohammed VI. Contrairement à plusieurs figures de l’entourage royal, il n’est pas issu du Collège royal, ce qui ferait de lui un haut fonctionnaire dont l’influence repose principalement sur son expertise sécuritaire et la confiance du souverain.
Des accusations récurrentes en matière de droits humains
La carrière d’Abdellatif El Hammouchi est également marquée par des critiques émanant d’organisations de défense des droits humains. Plusieurs ONG et plaignants marocains l’ont accusé d’actes de torture et de mauvais traitements. Il a toujours contesté ces accusations.
En 2014, une tentative de convocation par une juge d’instruction française, à la suite d’une plainte déposée contre lui, avait provoqué une grave crise diplomatique entre Paris et Rabat. Les relations judiciaires entre les deux pays avaient ensuite été rétablies après une révision de leur coopération en matière d’entraide pénale.
L’année suivante, Abdellatif El Hammouchi avait été élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur, une distinction qui avait suscité des critiques de la part de plusieurs associations de défense des droits humains. Il a également été décoré par les autorités espagnoles.
Un partenaire privilégié dans la lutte antiterroriste
Malgré les controverses, Abdellatif El Hammouchi demeure un interlocuteur important pour plusieurs services de renseignement occidentaux.
Vincent Hugueux, spécialiste des questions africaines, rappelle que les attentats de Casablanca de 2003 ont profondément transformé l’appareil sécuritaire marocain. Selon lui, le responsable marocain s’est imposé comme l’un des principaux experts régionaux des mouvements djihadistes.
Cette coopération est particulièrement étroite avec la France et l’Espagne, qui bénéficient régulièrement d’échanges d’informations sur les réseaux terroristes opérant au Maghreb et au Sahel.
Selon Antoine Glaser, spécialiste des relations franco-africaines, cette collaboration dépasse la seule lutte contre le terrorisme. Elle concerne également le suivi des mouvements islamistes, la coopération sécuritaire au Sahel et les questions liées à la formation des imams marocains intervenant en France.
Une position consolidée malgré les polémiques
L’affaire Pegasus a ravivé les interrogations sur les pratiques de surveillance des États et sur les limites du renseignement dans les relations internationales. Pour autant, plusieurs observateurs estiment que la place d’Abdellatif El Hammouchi au sommet de l’appareil sécuritaire marocain n’a pas été remise en cause.
Son influence repose autant sur son rôle dans la protection du régime que sur la valeur stratégique des renseignements fournis aux partenaires occidentaux. Une position qui continue de faire de lui l’un des acteurs les plus puissants et les plus controversés de la sécurité au Maroc.
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Chasse à l’homme
Selon les dernières révélations, les secrets de l’espionnage avec Pegasus se trouvent entre les mains de Mehdi El Hijaouy, ancien numéro 2 de la DGED qui se trouve, selon les sbires d’El Hammouchi au Canada. La presse marocaine l’a fait savoir au autorités canadiennes via des articles accusant ce pays d’héberger des personnes susceptibles de provoquer une crise diplomatique entre Rabat et Montreal.
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