Donald Trump ou la 𝗿𝗵é𝘁𝗼𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗱𝘂 𝘃𝗮𝗶𝗻𝗾𝘂𝗲𝘂𝗿 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝘃𝗶𝗰𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲

Trump et Netanyahou ont traversé cette séquence avec deux calendriers électoraux irréconciliables et deux définitions opposées de la victoire. L'accord représente un coup dur pour Netanyahou qui considère l'Iran comme "une menace existentielle" et qui doit lui-même affronter des élections dans les prochains mois.

Donald Trump a engagé une guerre, reformulé ses objectifs au fil des semaines et signé un accord que ses propres alliés peinent à appeler une victoire. Ce revirement révèle moins une stratégie qu’un réalignement contraint — et une question que Washington évite encore de formuler.

𝗗𝘂 𝗧𝗿𝘂𝗺𝗽 𝗱𝗲 𝗳é𝘃𝗿𝗶𝗲𝗿 𝗮𝘂 𝗧𝗿𝘂𝗺𝗽 𝗱𝗲 𝗷𝘂𝗶𝗻

Le 28 février, Trump promettait de détruire les missiles Iraniens, de raser leur industrie balistique et d’exiger une capitulation sans conditions.

Le 17 juin au G7, le même homme déclarait que les missiles ne représentent pas le vrai problème et qu’ils ne font que blesser un endroit sans détruire la planète.

Entre ces deux phrases, quatre mois d’une guerre dont les objectifs ont été réécrits à mesure que la réalité les contredisait.

Trump a reconnu qu’il est désormais acceptable pour l’Iran de conserver une partie de ses missiles balistiques, qu’il n’est pas pressé de récupérer les stocks d’uranium hautement enrichi et qu’il ne cherche plus le changement de régime. D’ailleurs, le mémorandum signé ne contient guère plus de concessions Iraniennes que ce que Téhéran proposait déjà lors des pourparlers de Genève deux jours avant le début de la guerre.

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La clé de ce revirement ne se trouve pas à Téhéran. Elle se trouve dans l’Ohio, le Michigan, la Pennsylvanie.

En effet, Les Américains devenaient de plus en plus mécontents face aux prix à la pompe et à l’inflation alimentaire directement liés à la guerre. Ce mécontentement a fini par peser et le pivot vers les mi-mandats de novembre s’observe désormais clairement dans les calculs de la Maison-Blanche.

L’Iran a tenu.

Pas par habileté particulière mais parce que Washington portait en lui-même sa propre limite. Trump a fini par reconnaître qu’il a signé cet accord parce qu’il ne voulait pas voir une catastrophe économique — lui qui, en mai, assurait ne pas penser à la situation financière des Américains.

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Pour les monarchies du Golfe, l’accord rouvre le détroit d’Ormuz et relance les flux énergétiques. Bahreïn, l’Irak, le Koweït et le Qatar, qui ne disposent d’aucune alternative maritime au détroit, en bénéficieront directement.

Ce soulagement réel reste partiel car l’accord ne mentionne ni les missiles balistiques Iraniens ni le soutien de Téhéran à ses « proxies » régionaux.

La menace structurelle demeure entière.

C’est précisément cette fragilité qui explique que les pétromonarchies n’attendent plus Washington pour gérer leur rapport à Téhéran.

Selon Reuters, citant quatre sources régionales, les Émirats Arabes Unis auraient ont accepté de débloquer entre dix et vingt milliards de dollars d’actifs Iraniens gelés en échange d’un arrêt des attaques Iraniennes sur leur territoire — ce qu’Abu Dhabi a formellement démenti.

Or, le démenti lui-même dit quelque chose : un État qui nie avoir cherché la paix séparément révèle, par là même, qu’il en avait les raisons.

Ces États ont tiré la leçon de ces quatre mois, une promesse militaire de Washington ne vaut que jusqu’au prochain cycle électoral.

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Cette guerre a-t-elle jamais eu une doctrine ? Les objectifs initiaux n’étaient pas une stratégie mais une rhétorique de campagne transposée en acte de guerre. Dans l’entourage de la Maison-Blanche, des voix parlent en privé d’une humiliation de bas étage.

La divergence avec Israël dit le reste.

Trump et Netanyahou ont traversé cette séquence avec deux calendriers électoraux irréconciliables et deux définitions opposées de la victoire. L’accord représente un coup dur pour Netanyahou qui considère l’Iran comme « une menace existentielle » et qui doit lui-même affronter des élections dans les prochains mois.

Ce que Trump a choisi de clore pour sauver ses mi-mandats, Netanyahou aurait voulu prolonger pour sauver son gouvernement.

Une séquence qui commence par « capitulation sans conditions » et se termine par « il est acceptable qu’ils gardent leurs missiles » n’a pas transformé l’équation régionale. Elle l’a suspendue — en sachant qu’Israël se réserve le droit d’en rouvrir le dossier, seul et à sa propre heure

Latifa Kharrat

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