FIFA – Algérie : Infantino, entre complaisance et partialité sous le feu des critiques

Cette posture de la FIFA à l'égard de l'Algérie n'est pas nouvelle. Déjà lors de la guerre de libération algérienne, la FIFA avait sanctionné tout pays dont l'équipe nationale affronterait l'équipe du FLN. Une décision qui n'avait pas empêché l'Algérie de conquérir son indépendance.

Alors qu’il s’est publiquement immiscé dans les affaires intérieures de l’Algérie, le président de la FIFA Gianni Infantino reste silencieux face aux centaines de journalistes et de sportifs palestiniens tués à Gaza. Une inconséquence qui met en lumière ses liens étroits avec l’administration Trump et sa politique à géométrie variable.

La veille du lancement du Mondial 2026, Gianni Infantino a fait une déclaration remarquée lors d’une conférence de presse. Pointant une « chaise vide », il a interpellé le monde au sujet du journaliste français Christophe Gleizes, incarcéré en Algérie depuis 2024 et condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Un geste fort… mais sélectif.

Car la même semaine, les chiffres de la tragédie palestinienne s’accumulent dans l’indifférence de la FIFA. Selon un rapport de l’ONU datant de décembre 2025, 289 journalistes ont péri lors des opérations militaires israéliennes à Gaza depuis octobre 2023. Plus de 200 autres ont été arrêtés.

Parmi les victimes : Suleiman al-Obeid, surnommé le « Pelé palestinien », abattu alors qu’il attendait l’aide humanitaire. Ou encore Mohammed Ramez Al-Sultan, 14 ans, joueur d’Al-Hilal, tué avec quatorze membres de sa famille. Leurs noms n’ont jamais été prononcés par le président de la FIFA.

Ce deux poids deux mesures est d’autant plus frappant que la FIFA avait exclu la Russie du Mondial 2022 en quatre jours à peine après le début de la guerre contre l’Ukraine. Israël, lui, n’a fait l’objet d’aucune sanction. Interrogé sur cette asymétrie, Infantino répond invariablement : « La FIFA ne peut pas résoudre les problèmes géopolitiques. »

« En ce qui concerne les compétitions de la FIFA, toute équipe qualifiée pour une Coupe du Monde, y compris ses supporters et ses officiels, doit avoir accès au pays hôte ; sinon, il n’y a pas de Coupe du Monde. C’est évident. » — Gianni Infantino, 2017

Des paroles qui résonnent aujourd’hui comme une promesse non tenue. Durant le Mondial 2026, des arbitres, joueurs et supporters de plusieurs nationalités ont été refoulés ou soumis à des interrogatoires humiliants aux frontières américaines. Le silence d’Infantino est resté total.

La « trumpisation » de la FIFA

Ce silence s’explique peut-être par la bromance documentée entre le président de la FIFA et Donald Trump. Selon un article de janvier 2026, Infantino a rencontré le président américain au moins huit fois depuis le début de son second mandat — plus qu’aucun autre dirigeant mondial. Il a assisté à son investiture, l’a accompagné dans son voyage d’État dans les pays du Golfe et a loué des bureaux à la Trump Tower à New York, dont le loyer est versé à l’entreprise familiale du président.

Comble du symbole : la FIFA a créé un « Prix de la paix » spécialement décerné à Donald Trump, alors même que ce dernier armait Israël, attaquait l’Iran et revendiquait le Canada et le Groenland.

« La présence et les propos de Gianni Infantino à Charm el-Cheikh sont extrêmement significatifs et profondément inquiétants. Infantino a abandonné toute prétention à la neutralité politique et a clairement placé la FIFA du côté de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu. »— Nick McGeehan, codirecteur de l’ONG FairSquare

L’ONG FairSquare a d’ailleurs saisi la commission d’éthique de la FIFA, accusant Infantino de violer son « devoir de neutralité ». La présidente de la Fédération norvégienne de football, elle, a demandé la suppression pure et simple du Prix de la paix de la FIFA, estimant que son attribution « ne relève pas de la mission de l’organisation ».

Un précédent historique

Cette posture de la FIFA à l’égard de l’Algérie n’est pas nouvelle. Déjà lors de la guerre de libération algérienne, la FIFA avait sanctionné tout pays dont l’équipe nationale affronterait l’équipe du FLN. Une décision qui n’avait pas empêché l’Algérie de conquérir son indépendance.

En 2017 déjà, lors du congrès de la FIFA, Infantino avait bloqué la motion de la Fédération palestinienne exigeant l’exclusion des clubs israéliens basés dans des colonies illégales. Une décision qui, selon les observateurs, avait « donné le feu vert à Israël pour poursuivre sa répression du sport palestinien ».

Avec Ahmed Bensaada

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