Dans un entretien accordé au média Algérie54, l’expert en géopolitique a déclaré que le mémorandum de cessation des hostilités entre Washington et Téhéran marque un revers stratégique pour les États-Unis et leurs alliés
Les États-Unis et l’Iran ont signé, jeudi 18 juin, un mémorandum d’entente visant à mettre fin aux hostilités qui avaient éclaté depuis le 28 février dernier. Cet accord, présenté comme une étape majeure dans la désescalade au Moyen-Orient, intervient après plusieurs mois d’affrontements et de fortes tensions régionales.
Pour analyser les conséquences diplomatiques et stratégiques de ce nouveau développement, Algérie54 a interrogé l’expert en géopolitique Jacob Cohen, auteur notamment des ouvrages Le Printemps des sayanim et La 26ème tribu. Dans cet entretien, il livre une lecture critique des rapports de force internationaux et estime que cet accord pourrait annoncer une recomposition profonde de l’ordre mondial.
« Une reconnaissance d’un revers américain »
Interrogé sur la portée de cet accord après plusieurs mois de confrontation, Jacob Cohen considère que Washington n’a pas atteint les objectifs affichés au début de la crise.
« C’est d’abord la reconnaissance d’une défaite de l’Amérique, par rapport aux objectifs initiaux : capitulation sans conditions et changement de régime », affirme-t-il. Selon lui, l’Iran sortirait renforcé de cette séquence, tandis que les États-Unis auraient subi un coût stratégique important.
L’expert estime également que cette confrontation aurait révélé les limites de la puissance américaine face à un adversaire déterminé : « Une puissance moyenne bien organisée et déterminée peut lui résister. »
Tout en évoquant un affaiblissement de la position américaine, Jacob Cohen souligne que, selon lui, les fondamentaux de la politique étrangère de Washington ne changeraient pas nécessairement, en raison du poids du complexe militaro-industriel et d’une logique de puissance profondément ancrée.
Trump face aux pressions de ses alliés
La signature du mémorandum a provoqué de vives critiques dans le camp de Benjamin Netanyahou et chez certains soutiens d’Israël aux États-Unis, qui accusent Donald Trump d’avoir fait des concessions excessives.
Pour Jacob Cohen, le président américain serait cependant contraint de prendre en compte les conséquences internes du conflit.
« Si Trump poursuit le conflit, la situation va devenir dramatique pour le peuple américain », affirme-t-il, estimant que la question pourrait avoir un impact sur les prochaines échéances électorales américaines.
Selon lui, les tensions entre Washington et Tel-Aviv seraient appelées à s’intensifier : « Il semble que Trump soit décidé à mettre au pas son allié sioniste », déclare-t-il.
Le rôle des monarchies du Golfe dans l’après-conflit
Concernant les pays du Golfe ayant soutenu la politique américaine dans la région, Jacob Cohen estime qu’ils devront désormais composer avec une nouvelle réalité stratégique.
« Tous les pays qui ont joué la guerre contre l’Iran et qui ont perdu doivent en payer le prix, d’une façon ou d’une autre », affirme-t-il, évoquant notamment la vulnérabilité des États alliés de Washington dans la région.
Il considère que l’accord pourrait entraîner une remise en question des équilibres établis au Moyen-Orient et réduire la marge de manœuvre des acteurs ayant misé sur une confrontation avec Téhéran.
Quel impact pour la diplomatie marocaine ?
Au sujet du Maghreb, Jacob Cohen analyse les conséquences possibles de ce nouveau contexte sur la diplomatie marocaine. Il estime que Rabat aurait misé fortement sur un rapprochement avec l’axe américano-israélien ces dernières années.
« La victoire militaire et diplomatique de l’Iran va avoir des répercussions jusqu’au Maghreb », avance-t-il.
Selon lui, les alliances régionales pourraient connaître une période d’incertitude et les accords de normalisation avec Israël pourraient perdre de leur influence politique.
Vers un nouvel ordre mondial ?
Pour Jacob Cohen, cet accord dépasse le cadre du seul dossier américano-iranien et s’inscrit dans une transformation plus large des relations internationales.
« Le changement auquel on assiste est fabuleux, de ceux qui nous paraissaient il y a peu encore relever du fantasme », affirme-t-il.
Il estime que le monde entrerait dans une phase de transition marquée par le recul progressif de certaines puissances traditionnelles et l’émergence de nouveaux rapports de force.
« Nous n’en sommes pourtant qu’au début d’un bouleversement dont les conséquences mettront des années à s’accomplir », ajoute-t-il.
Liban et Palestine : des dossiers toujours ouverts
Enfin, concernant les dossiers libanais et palestinien, Jacob Cohen considère que l’accord pourrait avoir des conséquences importantes sur le Liban, mais reste plus réservé sur la question palestinienne.
Il souligne que « l’intégrité territoriale du Liban » figurerait parmi les points essentiels du mémorandum, ce qui témoignerait selon lui de l’importance accordée par Téhéran à ce dossier.
En revanche, concernant la Palestine, il estime que l’accord ne suffira pas à lui seul à faire avancer une solution politique : « L’Iran ne peut pas tout régler. C’est à la communauté internationale de prendre ses responsabilités », conclut-il.
Par cet entretien, Jacob Cohen présente donc l’accord américano-iranien comme une étape charnière susceptible de modifier durablement les équilibres diplomatiques au Moyen-Orient et au-delà.
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