Une enquête met au jour un vaste système de dysfonctionnements au sein d’une ancienne agence immobilière sociale de Saint-Josse-ten-Noode. Des dizaines de dossiers d’attribution auraient été falsifiés afin de favoriser des membres de l’entourage du personnel. Le dossier est désormais entre les mains de la justice.
Un nouveau scandale secoue le secteur du logement social bruxellois. Une agence immobilière sociale (AIS) de Saint-Josse-ten-Noode, aujourd’hui disparue, est soupçonnée d’avoir organisé pendant plusieurs années un système permettant à certains employés et à leurs proches d’obtenir des logements destinés aux ménages en difficulté.
Selon un audit financier et administratif réalisé à la demande de la Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB), l’agence aurait été confrontée durant plus de vingt ans à de graves irrégularités dans la gestion des attributions et de sa comptabilité.
Créée en 2000, l’AIS de Saint-Josse gérait jusqu’à sa fermeture environ 230 logements privés dans la commune. Elle a été déclarée en faillite fin 2025, avec plus de 500.000 euros de dettes.
Un système d’attribution jugé défaillant
L’audit, transmis au parquet de Bruxelles en février, décrit un « système d’attribution globalement défaillant » ainsi qu’une « implication active de membres du personnel dans la création de documents frauduleux ».
Sur les 181 dossiers examinés sur une période de 18 ans, les enquêteurs ont identifié 94 cas de fraude avérée, 44 cas de fraude présumée et 24 dossiers considérés comme irréguliers. Au total, 86 % des dossiers analysés présenteraient donc des anomalies.
Les pratiques dénoncées concerneraient notamment les « premières attributions », c’est-à-dire les décisions permettant à de nouveaux locataires d’intégrer un logement social.
D’après plusieurs révélations médiatiques, certains dossiers auraient été modifiés afin de faire remonter artificiellement des candidats dans la liste des bénéficiaires. Une employée aurait notamment utilisé ce procédé au profit de plusieurs membres de sa famille, dont sa sœur, son oncle, deux tantes et sa grand-mère.
Une proximité avec le monde politique local pointée du doigt
Le fonctionnement de l’agence est également questionné en raison des liens étroits entre son conseil d’administration et les responsables communaux.
Christian Boïketé, frère de Philippe Boïketé (PS), ancien échevin du Logement à Saint-Josse et chef de cabinet du bourgmestre Emir Kir, a présidé l’AIS pendant près de dix ans, jusqu’en 2023. Après son départ, la présidence a été reprise par Luc Frémal, président du CPAS de la commune.
Ces révélations interviennent dans un contexte déjà tendu pour Saint-Josse-ten-Noode, placée sous tutelle renforcée par la Région bruxelloise en raison de graves difficultés financières. Une mesure exceptionnelle qui permet aux autorités régionales de contrôler plus étroitement la gestion communale.
Le bourgmestre Emir Kir fait depuis plusieurs mois l’objet de critiques de la part de l’opposition locale, notamment des écologistes, qui dénoncent une gestion communale jugée opaque.
Un secteur du logement social sous pression
Cette affaire s’ajoute à une série de dossiers qui fragilisent la confiance dans la gestion du logement social bruxellois.
Quelques mois plus tôt, des soupçons avaient émergé autour de la plus grande société de logements sociaux de Bruxelles, située à Anderlecht. Son président, Lofti Mostefa (PS), a été accusé d’être intervenu dans certaines attributions de logements. Une enquête a été ouverte afin de déterminer si ces interventions pourraient relever d’un système de favoritisme ou de corruption.
Face à l’accumulation des affaires, plusieurs responsables politiques réclament désormais un contrôle plus large de l’ensemble du secteur.
La cheffe du groupe MR au Parlement bruxellois, Loubna Azghoud, a ainsi demandé que la commission d’enquête consacrée au Foyer anderlechtois élargisse ses travaux aux dysfonctionnements constatés à Saint-Josse.
« Les anomalies sont trop nombreuses et trop répandues pour ne pas envisager un examen systématique de l’ensemble du secteur », a-t-elle déclaré.
Alors que l’enquête judiciaire se poursuit, la Région bruxelloise s’est constituée partie civile dans le dossier afin de défendre les intérêts publics.
Avec Moustique.be
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