Bruxelles : Le logement social s’écroule sous l’effet des traficotages étrangers

Les éléments révélés par l’audit dressent le portrait d’un système largement détourné de sa mission sociale. Une employée aurait notamment favorisé plusieurs membres de sa famille — sa sœur, son oncle, ses tantes et sa grand-mère — dans l’attribution de logements. Dans un cas particulièrement marquant, le dossier de cette dernière aurait été falsifié afin d’augmenter artificiellement son ancienneté et ses chances d’obtenir un logement. La bénéficiaire est décédée deux jours seulement après le début du bail.

Un vaste système de fraude éclabousse l’Agence immobilière sociale de Saint-Josse, à Bruxelles.

Près de 90 % des dossiers examinés présentent des irrégularités, des soupçons de fraude ou des infractions avérées. Un audit accablant met en lumière près de deux décennies de dysfonctionnements au sein de l’Agence immobilière sociale (AIS) de Saint-Josse-ten-Noode, déclarée en faillite en novembre 2025.

Après l’affaire du Foyer anderlechtois, un nouveau scandale secoue le secteur du logement social bruxellois. Les conclusions d’un audit commandé par la Région bruxelloise révèlent l’existence d’un système de fraude organisé au sein de l’Agence immobilière sociale (AIS) de Saint-Josse-ten-Noode, aujourd’hui en faillite.

L’enquête, lancée à la suite de témoignages faisant état d’irrégularités dans l’attribution des logements, a conduit la Région à déposer plainte en mars 2026 pour des soupçons de fraude et d’irrégularités administratives. Jusqu’à récemment, le rapport était resté inaccessible au public et aux parlementaires en raison d’une instruction du parquet visant à préserver l’enquête.

Des logements attribués à des proches

Les éléments révélés par l’audit dressent le portrait d’un système largement détourné de sa mission sociale. Une employée aurait notamment favorisé plusieurs membres de sa famille — sa sœur, son oncle, ses tantes et sa grand-mère — dans l’attribution de logements. Dans un cas particulièrement marquant, le dossier de cette dernière aurait été falsifié afin d’augmenter artificiellement son ancienneté et ses chances d’obtenir un logement. La bénéficiaire est décédée deux jours seulement après le début du bail.

D’autres situations similaires sont recensées. Une employée aurait obtenu un logement grâce à l’intervention directe du directeur de l’AIS, qui lui aurait accordé des points supplémentaires afin de faire remonter son dossier dans la liste des candidats.

Faux documents et détournements de fonds

L’audit met également en évidence la falsification de nombreux documents justificatifs, notamment des certificats d’invalidité ou attestations de sans-abrisme. Au moins 54 pièces auraient été falsifiées.

Par ailleurs, une employée aurait été prise en flagrant délit de détournement de loyers, transférant des sommes vers son propre compte bancaire ou ceux de membres de sa famille. Selon le rapport, ces manipulations auraient même conduit une personne à se retrouver sans domicile fixe pendant près de cinquante jours.

Les enquêteurs dénoncent également l’utilisation abusive de fonds destinés aux locataires vulnérables ainsi qu’un niveau élevé d’impayés. Une partie importante de la dette de l’agence, estimée à 500 000 euros, serait liée à des loyers non versés par des employés ou d’anciens employés de la structure.

Près de neuf dossiers sur dix problématiques

Les chiffres avancés par l’audit témoignent de l’ampleur du phénomène. Sur 181 dossiers analysés, 94 cas de fraude ont été confirmés et 44 autres sont considérés comme suspects. En outre, 24 dossiers ont été jugés illégaux en raison de l’absence de pièces justificatives indispensables.

Au total, 162 dossiers sur 181 présentent donc des irrégularités, soit près de 90 % des dossiers examinés.

Le rapport évoque un « système d’attribution des logements sociaux globalement défaillant » et souligne « l’implication active de membres du personnel dans la falsification de documents ».

Une gouvernance sous le feu des critiques

L’affaire soulève également des questions sur le contrôle exercé par les autorités régionales. Bien que les AIS bénéficient d’importantes subventions publiques, la Région ne dispose pas d’un contrôle permanent sur leur gestion quotidienne.

Dès 2020, un projet de réforme prévoyait pourtant la présence d’un représentant régional au sein des comités d’attribution des logements. Cette mesure n’a jamais été appliquée. Les autorités régionales ont invoqué un manque d’effectifs et les conséquences d’un moratoire sur les embauches pour justifier cette absence.

L’AIS de Saint-Josse entretenait par ailleurs des liens étroits avec les autorités communales. Jusqu’en 2023, son conseil d’administration était présidé par Christian Boïketé, ancien collaborateur du bourgmestre Emir Kir et frère de Philippe Boïketé, alors échevin du Logement. Il a ensuite été remplacé par Luc Frémal, proche du bourgmestre et président du CPAS de Saint-Josse.

Des appels à la transparence

À la suite des révélations, plusieurs responsables politiques réclament désormais la publication intégrale du rapport d’audit et l’établissement des responsabilités. L’opposition écologiste estime que les signaux d’alerte existaient depuis plusieurs années et dénonce un manque de transparence dans la gestion du dossier.

Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte de forte tension sur le marché du logement à Bruxelles, où les logements sociaux constituent un outil essentiel pour les ménages les plus précaires. Les révélations concernant l’AIS de Saint-Josse risquent de relancer le débat sur le contrôle des organismes de logement social et sur les mécanismes de prévention de la fraude au sein des structures bénéficiant de financements publics.

Avec L’Avenir (Le titre est de Maghreb Online)

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