Maroc – Algérie : La presse du pouvoir et le syndrome Cembrero

Les critiques adressées à Ignacio Cembrero interviennent après plusieurs années de tensions entre le journaliste et les autorités marocaines. Au fil du temps, celles-ci ont tenté différentes approches : accès privilégié à certaines personnalités du pouvoir, procédures judiciaires ou contestation publique de ses enquêtes. Malgré ces pressions, le journaliste espagnol a poursuivi ses publications sur les questions sensibles concernant le Maroc.

Une nouvelle attaque médiatique visant le journaliste espagnol Ignacio Cembrero relance le débat sur la place de la presse critique dans les régimes où le pouvoir politique demeure largement à l’abri de la contestation médiatique.

Connu pour ses analyses régulières sur le Maroc, l’Espagne et le Maghreb, Ignacio Cembrero fait l’objet d’une campagne de dénigrement dans certains médias marocains proches du pouvoir. Le site Le360, souvent présenté comme proche du Palais royal, lui a récemment consacré un article particulièrement virulent intitulé « Ignacio Cembrero, l’homme qui se rêvait journaliste ».

Dans ce texte, le journaliste espagnol est accusé d’entretenir une obsession anti-marocaine et de manquer d’objectivité dans son traitement de l’actualité du Royaume. Selon Le360, Cembrero ferait preuve d’une sévérité systématique à l’égard du Maroc tout en adoptant une attitude plus indulgente envers l’Algérie.

L’argument n’est toutefois pas inédit. En septembre dernier, lorsque Cembrero avait révélé la fuite vers l’Espagne d’Abdelkader Haddad, ancien responsable des services de renseignement algériens connu sous le nom de « Nacer El Djinn », le quotidien algérien El Khabar l’avait alors accusé de relayer les thèses du « Makhzen » marocain et de participer à des campagnes médiatiques hostiles à l’Algérie.

Cette situation soulève une question paradoxale : comment le même journaliste peut-il être présenté, selon les circonstances, comme un porte-voix du pouvoir marocain par la presse algérienne, puis comme un adversaire acharné du Maroc par des médias marocains ?

Pour certains observateurs, cette contradiction illustre un phénomène bien connu en psychologie : la projection. Les médias fortement alignés sur les intérêts des pouvoirs politiques auraient tendance à considérer comme suspect tout journaliste indépendant échappant aux logiques d’allégeance. Dès lors, la critique du pouvoir est perçue non comme l’expression normale du travail journalistique, mais comme la preuve d’un engagement au service d’un camp adverse.

Le débat renvoie également à une question plus large : celle du rôle de la presse dans les sociétés contemporaines. Là où les autorités reprochent souvent aux journalistes de ne voir que « le verre à moitié vide », de nombreux professionnels de l’information revendiquent au contraire une mission de vigilance. Leur travail consiste précisément à mettre en lumière les dysfonctionnements, les abus ou les promesses non tenues, plutôt qu’à célébrer l’action des gouvernants.

Les critiques adressées à Ignacio Cembrero interviennent après plusieurs années de tensions entre le journaliste et les autorités marocaines. Au fil du temps, celles-ci ont tenté différentes approches : accès privilégié à certaines personnalités du pouvoir, procédures judiciaires ou contestation publique de ses enquêtes. Malgré ces pressions, le journaliste espagnol a poursuivi ses publications sur les questions sensibles concernant le Maroc.

Pour ses défenseurs, les attaques actuelles relèvent moins d’un débat sur le contenu de ses enquêtes que d’une tentative de fragiliser sa crédibilité auprès de l’opinion publique. Ils rappellent que le rôle du journalisme indépendant consiste précisément à exercer un regard critique sur les pouvoirs, qu’ils soient marocains, algériens, espagnols ou autres.

Comme l’écrivait le poète indien Rabindranath Tagore : « Le fleuve se soucie-t-il de son écume ? » Une citation qui résume, pour certains, la manière dont un journaliste devrait répondre aux campagnes visant à discréditer son travail.

D’après un commentaire du journaliste Souliman Raïssouni

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