Washington ignore l’Algérie dans ses rapports sur la menace terroriste

Alors que les textes évoquent le Sahel comme une zone de résurgence djihadiste, ils ne mentionnent ni Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), ni le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), ni l'État islamique au Grand Sahara. Une omission qui contraste avec la réalité sécuritaire du terrain, où ces organisations demeurent parmi les principales menaces.

Les récents documents stratégiques publiés par les États-Unis sur la lutte contre le terrorisme révèlent une évolution profonde de la perception américaine des menaces sécuritaires mondiales. Cependant, vus depuis le Maghreb et le Sahel, ces textes soulèvent de nombreuses interrogations quant à leur lecture de la réalité régionale.

Deux documents sont particulièrement au cœur du débat : l’évaluation annuelle des menaces de la communauté du renseignement américain publiée en mars 2026 et la nouvelle stratégie antiterroriste de la Maison-Blanche dévoilée en mai. Malgré des styles très différents, l’un analytique et prudent, l’autre offensif et politique, ils convergent sur un point majeur : la place centrale accordée aux Frères musulmans dans l’analyse des menaces islamistes contemporaines.

Une absence remarquée : l’Algérie

L’un des éléments les plus frappants relevés par les observateurs régionaux est l’absence totale de l’Algérie dans ces documents. Pourtant, le pays possède une longue expérience de la lutte contre le terrorisme après la décennie noire et demeure un acteur majeur de la sécurité sahélienne.

Alors que les textes évoquent le Sahel comme une zone de résurgence djihadiste, ils ne mentionnent ni Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), ni le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), ni l’État islamique au Grand Sahara. Une omission qui contraste avec la réalité sécuritaire du terrain, où ces organisations demeurent parmi les principales menaces.

Les Frères musulmans au cœur de la doctrine américaine

La stratégie de la Maison-Blanche présente les Frères musulmans comme la matrice idéologique commune des principaux mouvements djihadistes modernes, allant d’Al-Qaïda à l’État islamique. Cette approche est contestée par de nombreux spécialistes qui rappellent les profondes divergences historiques et doctrinales entre la confrérie et les mouvements salafistes-djihadistes.

Les groupes affiliés à Al-Qaïda ou à l’État islamique ont en effet souvent considéré la participation politique et électorale, pratiquée par plusieurs branches des Frères musulmans, comme contraire à leur vision du djihad.

Le grand absent : le salafisme

Autre constat majeur : les termes « salafisme », « salafisme-djihadiste » ou « wahhabisme » sont quasiment absents des documents américains. Pourtant, ces courants idéologiques sont fréquemment cités par les experts comme les principales références doctrinales des organisations terroristes opérant au Sahel, au Moyen-Orient ou en Afghanistan.

Pour certains analystes, cette omission reflète une volonté politique d’éviter toute remise en question directe des doctrines religieuses associées à certains alliés stratégiques des États-Unis dans le Golfe.

Une influence des alliés régionaux ?

L’analyse développée par MENADEFENSE souligne également la convergence entre les priorités américaines et celles de plusieurs partenaires régionaux, notamment les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et Israël.

Depuis plus d’une décennie, ces pays considèrent les Frères musulmans comme une menace stratégique majeure. Les Émirats arabes unis ont notamment multiplié les campagnes diplomatiques en faveur de leur désignation comme organisation terroriste à l’échelle internationale, tandis qu’Israël associe directement le Hamas à l’héritage politique de la confrérie.

Sans constituer une preuve d’influence directe, cette convergence nourrit les interrogations sur les facteurs ayant contribué à façonner la nouvelle doctrine américaine.

Une hiérarchie des menaces redéfinie

La stratégie américaine de 2026 marque également un changement notable dans l’ordre des priorités sécuritaires de Washington.

La première menace identifiée n’est plus le terrorisme islamiste mais les cartels de la drogue et les organisations criminelles opérant dans l’hémisphère occidental. Les groupes djihadistes ne viennent qu’en deuxième position, principalement en fonction de leur capacité à frapper directement le territoire américain.

Cette approche relègue mécaniquement les crises du Sahel et du Maghreb à un niveau secondaire, malgré leur impact majeur sur la stabilité régionale.

Par ailleurs, le document introduit une nouvelle catégorie de menaces intérieures liées à certains mouvements extrémistes d’extrême gauche, illustrant l’importance croissante des enjeux de politique intérieure dans la stratégie sécuritaire américaine.

Quels impacts pour le Maghreb ?

Pour les pays d’Afrique du Nord, cette évolution doctrinale pourrait avoir des conséquences concrètes. En privilégiant certaines catégories d’acteurs politiques ou idéologiques au détriment des groupes armés les plus actifs sur le terrain, les documents américains risquent d’influencer les politiques de sécurité de partenaires européens et régionaux.

La principale inquiétude réside dans le décalage entre les priorités définies à Washington et la réalité sécuritaire vécue dans l’espace maghrébo-sahélien. Alors que les groupes salafistes armés continuent d’étendre leur influence dans plusieurs zones du Sahel, le débat stratégique américain semble davantage centré sur des enjeux géopolitiques et idéologiques plus larges.

Au-delà de la question terroriste, ces documents illustrent ainsi la manière dont les grandes puissances construisent leurs propres cartes des menaces, parfois éloignées des réalités locales. Pour les États du Maghreb, l’enjeu reste de faire entendre leur lecture du terrain dans un environnement stratégique de plus en plus marqué par les priorités des acteurs extérieurs.

Article rédigé à partir d’une analyse publiée par MENADEFENSE.

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