Iyad ag Ghali aux portes de Bamako : le piège se referme au Mali

La junte malienne, bien que fragilisée, reste déterminée à se défendre militairement. La diplomatie semble impuissante : l’avenir proche du Mali sera écrit par les armes.

Assimi Goïta et la coalition d’Iyad ag Ghali jouent leurs dernières cartes avant l’ultime bataille

Après l’offensive du 25 avril menée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et son allié le Front de libération de l’Azawad (FLA), la guerre au Mali entre dans une nouvelle phase. La trêve de l’Aïd a offert un répit temporaire aux deux camps, qui en profitent pour renforcer leurs positions militaires et diplomatiques.

Impact de l’offensive du 25 avril

L’attaque, menée jusqu’à Kati (cœur du dispositif militaire malien) et dans plusieurs secteurs de Bamako, a gravement fragilisé le pouvoir du général Assimi Goïta :

  • Le ministre de la défense, Sadio Camara, a été tué.
  • Le chef des services de renseignement (Anse), Modibo Koné, a été grièvement blessé.
  • Assimi Goïta a dû quitter Kati pour se réfugier à Bamako, avant de reprendre la main sur les opérations.

Position de la junte

Goïta refuse toute négociation avec les insurgés et privilégie une réponse militaire. Il bénéficie du soutien accru de la Russie (livraisons d’équipements via la Libye, appui d’Africa Corps) et du Togo (renseignement). En revanche, l’Alliance des États du Sahel (AES) ne lui apporte qu’un soutien limité, et le Maroc reste en retrait.

Stratégie militaire

  • Gao est considéré comme un verrou stratégique. Sa perte réduirait drastiquement la capacité de projection des Forces armées maliennes (FAMA).
  • Les FAMA multiplient les frappes aériennes, y compris à Kidal et Mopti, avec des bombes à sous-munitions (interdites par le traité d’Oslo).
  • Africa Corps (successeur de Wagner) est mis à l’épreuve au Mali, son efficacité étant jugée inférieure à celle de Wagner.

Côté rebelle : GSIM et FLA

  • Le GSIM, dirigé par Iyad ag Ghali, coordonne toutes les opérations. Le FLA est militairement à sa solde.
  • Le GSIM a étoffé son arsenal (drones, rockets, pick-up, etc.) grâce à des trafiquants libyens et tchadiens, et au financement obtenu lors de la libération d’un otage émirati.
  • Un blocus économique et psychologique est maintenu sur Bamako.
  • Le GSIM utilise un porte-parole bambara (Abou Hudheifah al-Bambari) pour ancrer le groupe dans le centre et le sud du Mali.

Isolement et craintes d’Assimi Goïta

  • Il craint l’influence de l’Algérie, où réside l’imam Mahmoud Dicko (figure politique de la coalition rebelle via la CFR).
  • Il accuse la Mauritanie de servir de « base arrière » au FLA et au GSIM.
  • Un rapport russe (SVR) accuse la Mauritanie et évoque la présence d’instructeurs ukrainiens du GUR (renseignement militaire ukrainien) formant des rebelles touaregs, y compris à l’usage de drones. Nouakchott rejette ces accusations.

Diplomatie parallèle

  • Le FLA tente de se légitimer auprès des pays ouest-africains en affirmant son attachement à l’unité du Mali et en proposant un « conseil de la refondation » (approche non sécessionniste).
  • Des émissaires du FLA ont rencontré des responsables en Côte d’Ivoire et au Togo.
  • Brazzaville (Denis Sassou-Nguesso) montre un intérêt croissant pour la crise malienne et a approché Lomé et Alger.

Conclusion

La junte malienne, bien que fragilisée, reste déterminée à se défendre militairement. La diplomatie semble impuissante : l’avenir proche du Mali sera écrit par les armes.

Auteurs : Pierre-Elie de Rohan Chabot, Paul Deutschmann, Joan Tilouine
Source : Africa Intelligence

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