Gambie : Réflexion sur l’ère Dawda Jawara et la trahison des promesses du continent

L'auteur décrit la rencontre avec une Afrique qui contraste fortement avec les gros titres actuels sur les coups d'État, la corruption et le chaos. Sous Jawara (qui a dirigé le pays de 1970 à 1994), la Gambie était un petit pays fonctionnel, un véritable phare.

Dans un essai profondément réfléchi et mélancolique publié par Standard.gm, l’auteur emmène les lecteurs dans un voyage personnel et politique à travers la Gambie sous le leadership de Sir Dawda Kairaba Jawara, le premier président du pays. Ce qui commence comme une recollection nostalgique d’une époque et d’un lieu spécifiques se transforme rapidement en une accusation cinglante de la gouvernance africaine contemporaine. La thèse centrale est d’une simplicité poignante : l’Afrique qui aurait pu exister – pacifique, démocratique et digne – n’a pas été seulement volée par le colonialisme ou le néocolonialisme, mais activement trahie par ses propres dirigeants et citoyens de l’après-indépendance.

L’auteur décrit la rencontre avec une Afrique qui contraste fortement avec les gros titres actuels sur les coups d’État, la corruption et le chaos. Sous Jawara (qui a dirigé le pays de 1970 à 1994), la Gambie était un petit pays fonctionnel, un véritable phare. L’essai met en lumière plusieurs piliers essentiels de cette époque :

-Malgré ses limites, le gouvernement Jawara a maintenu un système multipartite, des élections régulières et une liberté de la presse étonnante pour l’époque. L’État de droit était prévisible, bien qu’imparfait.

-Dans une région souvent fracturée selon ces lignes, Jawara – musulman – a présidé un État laïc où les communautés chrétiennes, les animistes et les différents groupes ethniques coexistaient sans violence d’État. L’auteur présente cela non pas comme un miracle, mais comme un choix politique conscient.

-Contrairement aux hommes forts mégalomanes qui allaient suivre sur le continent, le style de Jawara était discret, voire modeste. L’« Afrique » rencontrée par l’auteur n’était pas faite de palais présidentiels somptueux ou de parades militaristes, mais de marchés locaux fonctionnels, de services postaux opérationnels et d’un sens civique où l’État existait pour servir, non pour piller.

Cependant, l’essai n’est pas une simple hagiographie de Jawara. Il utilise plutôt sa Gambie comme un miroir fantomatique pour poser une question douloureuse : Pourquoi avons-nous laissé tomber tout cela ?

La « trahison » dont parle l’auteur est multidimensionnelle :

-L’article suggère implicitement que le coup d’État de Yahya Jammeh qui a renversé Jawara n’est pas une exception, mais le point d’aboutissement logique d’un virage à l’échelle du continent vers une politique autoritaire d’« hommes forts ». Le régime de terreur de Jammeh – 22 ans marqués par des chasses aux sorcières, la torture et la ruine économique – est présenté comme l’exact opposé de l’ère Jawara, et pourtant comme son successeur.

-La trahison la plus douloureuse, suggère l’auteur, est interne. Les Africains eux-mêmes, lassés de la lenteur des progrès démocratiques et séduits par la promesse d’une efficacité autoritaire ou d’une pureté ethnique, ont souvent applaudi à leurs propres chaînes. L’article déplore la rapidité avec laquelle le souvenir d’un État fonctionnel et pacifique a été effacé au profit de l’adrénaline de la dictature.

-Tout en se concentrant sur les échecs internes, l’article ne laisse pas les acteurs externes hors de cause. Il note que les mêmes puissances occidentales qui font aujourd’hui la leçon à l’Afrique sur la démocratie étaient souvent heureuses de faire des affaires avec les Jammeh et leurs équivalents sur le continent, ignorant les coups d’État et les violations des droits humains tant que leurs intérêts stratégiques étaient servis.

Finalement, l’essai est un avertissement contre l’amnésie historique. L’auteur soutient que « l’Afrique que nous n’arrêtons pas de trahir » n’est pas une utopie mythique mais une réalité prouvée : un endroit où un docteur (Jawara était vétérinaire) pouvait diriger avec humilité, où un transfert pacifique des idées était possible, et où l’identité nationale ne se forgeait pas dans le sang.

« Dans cette vieille Gambie, je n’ai vu aucun trésor d’or ni de pétrole. J’ai vu quelque chose de bien plus rare : l’ordinaire, la modeste mécanique d’un pays qui croyait appartenir à son peuple. Voilà l’Afrique que nous n’avons pas perdue à cause des étrangers. C’est l’Afrique que nous avons nous-mêmes incendiée. »

Ce communiqué sert à la fois d’épitaphe pour une époque révolue et de manifeste à contre-cœur. Il demande aux lecteurs, en particulier aux jeunes Africains, de regarder en arrière non pas avec nostalgie pour un leader en particulier, mais avec colère face à la paresse politique qui a permis que les réalisations modestes de Jawara soient balayées. La « trahison » est toujours en cours, prévient l’auteur, chaque fois qu’un citoyen acclame une junte militaire, excuse un fonctionnaire corrompu ou oublie qu’une Afrique fonctionnelle n’est pas un rêve – elle était déjà là, ne serait-ce qu’un instant, dans le petit pays stable de Dawda Jawara.

Source : Standard.gm

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